«C'est la première fois que je suis impliqué dans un projet de construction ex-nihilo. C'est assez stressant mais le résultat est à la hauteur.» Verbe ensoleillé, Pierre Lapoujade est le P-dg et fondateur de Nutritis SA, une entreprise née d'un projet surgi en 2004: la mise au point d'un procédé d'extraction et de valorisation de sucres naturels à partir de fruits déclassés. La start-up dépose un brevet en 2007 et se lance dans le développement commercial. Avec d'emblée une volonté de création d'un site de production. «C'était un choix stratégique. Entre la vente du brevet, des accords de licence ou l'industrialisation, nous avons opté pour la dernière solution pour trois raisons: l'ancrage local, la création d'emplois et la volonté de prouver notre réalité industrielle», explique Pierre Lapoujade. Innovation, développement durable et ancrage territorial sont les trois valeurs portées par l'entreprise. Dans l'euphorie de l'époque, l'inventeur monte un dossier portant sur 15millions d'euros d'investissements. À l'été 2008, le monde de la finance explose. «Il n'eut pas été raisonnable de poursuivre», admet le P-dg qui recherche alors des synergies avec des partenaires potentiels. Ce sera Grap Sud, union de sept distilleries coopératives de raisin implantée en France, en Espagne et en Argentine.
«Ce n'est pas le métier d'un chef d'entreprise»
Après plus d'un an de mise au point, la production commence sur le site de Grap Sud à Cruviers-Lascours avec au passage l'ouverture du capital. Le projet immobilier refait surface en 2010 et porte sur un bâtiment existant et une construction neuve. L'ouverture du capital et un investissement réduit de moitié - 7,5M€ pour le matériel, 1,5M€ pour le bâtiment -, permet de boucler le dossier financement avec des partenaires bancaires privés, la garantie d'Oséo et l'intervention d'aides publiques: département et région qui mobilise des fonds européens Feder et Feader. «Pour la maîtrise d'ouvrage, nous nous sommes appuyés sur le cabinet d'ingénierie ECS et nous nous en félicitons car il fallait faire cohabiter beaucoup d'acteurs avec des problèmes techniques lourds», raconte Pierre Lapoujade. Pour limiter l'emprise au sol, le choix est fait d'une construction en hauteur sur trois niveaux, avec des questions de répartition des charges pour des cuves de 150t et des densités qui peuvent passer de la tonne au double en fonction de l'étape du processus. «Les difficultés surgissent aux interstices entre les différents corps de métier. Franchement, ce n'est pas le métier d'un chef d'entreprise d'être tous les jours sur le chantier, les plans à la main», concède Pierre Lapoujade.
14001 mais pas HQE
Si Nutritis est en cours de normalisation 14001, la société n'a pas cherché à courir après le label HQE. «Cela ne nous apportait pas grand-chose. Nous avons préféré travailler sur des points clefs: les décisions prises en terme d'écologie doivent aussi se traduire par un gain économique, ce qui est presque toujours le cas.» Sur un site où Grap Sud a déjà beaucoup travaillé sur la biomasse et le retraitement 100% naturel des effluents, l'équipe Nutritis a optimisé la consommation d'énergie, de vapeur ou d'eau en investissant par exemple sur des variateurs de pompes ou le calorifugeage des cinq kilomètres de conduits.
Nutritis SA, inventeur d'un procédé d'extraction des sucres issus de fruits déclassés, vient de construire une unité de production à Cruviers-Lascours, dans le Gard, un site du groupe Grap Sud. L'aboutissement d'un projet de quatre ans. Témoignage.