La transmission a été officiellement signée le 19 décembre dernier mais la nouvelle n’a été dévoilée qu’en ce début d’année 2025. Figure énergique bien connue à Nice, Valérie Ammirati cède le cabinet Skynet Expertise & Conseil (CA : NC) qu’elle a fondé en 2001, rejointe ensuite par son associée Christine Boutin.
Le duo a confié la place à un autre duo, féminin lui aussi, composé d’Elfie Menu et Véronique Blanc-Nannini. Si la direction change, le cap demeure. L’état d’esprit aussi. Car les deux nouvelles dirigeantes connaissent tous les recoins de la maison pour y avoir grandi. Véronique Blanc-Nannini y est entrée en tant qu’apprentie, Elfie Menu comme stagiaire, à seulement 16 ans.
Courtisé par de grands groupes
"Des groupes sont venus me voir pour racheter le cabinet, raconte Valérie Ammirati. Notamment un très gros cabinet de la région lyonnaise qui a les mêmes orientations de service que nous. Mais si on vendait à un groupe, les filles auraient certes plus de moyens mais elles ne seraient pas chez elles. Je savais donc comment cela finirait !"
Car Valérie Ammirati ne garde pas que de bons souvenirs de ses débuts dans de grands cabinets. Ce qui l’a poussé à créer sa propre entreprise, guidée par une vision personnelle du métier au plus près des clients.
Être heureux pour travailler mieux
Cette transmission en interne, elles en discutent toutes les quatre depuis plusieurs années, comme quelque chose de "naturel". Ici, l’intelligence collective est mise au cœur de la gestion humaine alors c’est ensemble que sont prises les décisions, que chacune est impliquée dans la stratégie ou les réflexions à mener sur l’évolution.
"Il faut dire que Valérie leur a fait un cabinet sur-mesure", sourit Christine Boutin faisant allusion à l’ouverture de bureaux à Gilette (village du Haut pays niçois) où habite Véronique Blanc-Nannini, ainsi qu’à Tende, village de montagne près de la frontière italienne, à 80 kilomètres de Nice, où vit Elfie Menu. Chacune peut ainsi y passer 2 à 3 jours par semaine "pour avoir une vie de famille un peu plus cool, selon les mots de la fondatrice. Dans ces villages, les loyers ne sont pas très élevés. Y ouvrir des bureaux ne coûte qu’un petit loyer, une connexion Internet, un peu d’électricité. Au troisième client, on a équilibré les comptes. Pour rendre des gens heureux, ce n’est tout de même pas grand-chose. C’est important que les gens viennent travailler avec le sourire, c’est même essentiel. C’est presque un pari obligatoire pour un chef d’entreprise. Il faut que les gens soient heureux pour bien travailler."
Accompagnement et conseil jusqu’au tribunal
Dans le cabinet qui emploie 15 personnes, aucun homme. "On a essayé mais ils ne restent pas, expliquent-elles. Peut-être y a-t-il un état d’esprit différent. On travaille beaucoup, mais dans le fun, dans la bonne humeur. On ne se prend pas au sérieux."
Autre particularité chez Skynet : l’accompagnement des clients. Ils sont près de 450, essentiellement des TPE, près d’un tiers dans l’immobilier patrimonial, les deux autres tiers étant constitués de commerçants, artisans, indépendants, professions libérales… "qui traversent une période difficile. On ne s’attend pas à arrêter de beaux bilans cette année. Nous avons eu 4 ou 5 liquidations en 2024 alors que nous en avons habituellement un ou deux tous les deux ou trois ans."
Une chose est sûre : elles sont et seront sur le pont pour les soutenir. "D’ailleurs, on ne prend pas de clients qui ne veulent pas être accompagnés, c’est une devise du cabinet. Les gens qui veulent juste une liasse fiscale, on ne les prend pas."
Un accompagnement qui se conçoit aussi jusque dans le soutien psychologique du client et jusqu’au tribunal. "Nous sommes là au jugement de liquidation. On arrête de facturer mais on est là. Une personne qui est cliente depuis des années, on ne va pas l’abandonner au moment où elle va mal." Ainsi l’équipe de Skynet se présente dans sa mission comme étant "la garde rapprochée du chef d’entreprise".
Leur retraite et celle des autres
Pour que la transmission se passe le plus en douceur possible pour chacune et pour le cabinet, Valérie Ammirati et Christine Boutin vont passer encore l’année aux côtés du nouveau duo dirigeant. Elles travaillent ainsi désormais à mi-temps en attendant de pouvoir profiter pleinement de leur retraite. "À voyager, courir les expositions, se reposer". Et toujours et encore, au moins un peu, soutenir et conseiller. Toutes deux ont passé une certification leur permettant de mener des missions d’accompagnement à la retraite dédiées aux chefs d’entreprise. "On pose un diagnostic, on monte une stratégie, on fait la demande de liquidation, on les conseille sur l’achat ou non de trimestres. C’est un marché important car c’est un moment qui terrorise les gens. On pourra peut-être leur proposer des choses comme la retraite progressive, qui est très intéressante pour les chefs d’entreprise. Il faut les aider à sauter le pas, sereinement."