Président pour 2017 du GIE portuaire Haropa, le directeur du port du Havre Hervé Martel ne veut pas « céder à la déprime générale ». Certes, les résultats sont en net recul sur l'année écoulée (-4,8% tous trafics cumulés à 87,1 millions de tonnes), mais les raisons d'être optimiste sont là, estime le dirigeant.
En 2016, Haropa a "cumulé les handicaps"
En 2016, explique Hervé Martel, les ports de l'Axe Seine ont « cumulé les handicaps ». Au premier rang des accusés, une conjoncture internationale défavorable avec des taux de croissance plus faibles, mêmes sur les marchés émergents. « Les échanges croissent aujourd'hui moins vite que le PIB, alors que dans les années 90, il progressaient deux fois plus vite ! », rappelle le président du GIE. Sans compter le mouvement de reconfiguration des alliances entre grands armateurs qui a inévitablement créé de l'incertitude.
L'impact de la météo sur les trafics céréaliers
S'ajoute à cela l'aléa météorologique qui a fortement impacté la dernière campagne céréalière, et donc les résultats du port de Rouen, premier port céréalier d'Europe sur l'export. Après une première partie de campagne 2015/2016 excellente, de l'aveu même de Nicolas Occis, le directeur du port de Rouen, le second semestre a été "désastreux" avec une baisse de la qualité des blés cumulée avec une chute de -17% des tonnages enregistrés (6,8 Mt). Malgré tout, l'autorité portuaire veut croire à un "trou d'air conjoncturel" qui n'entame pas la compétitivité du port de Rouen dans ce domaine. « Les fondamentaux sont là, rappelle Nicolas Occis. Mais faute de volumes, nous n'arrivons pas à activer cette compétitivité ».
Quand les "privés" investissent
A Rouen, toujours, les bonnes nouvelles viennent plutôt des « autres vracs agroalimentaires » qui progressent de +11% ainsi que des engrais (+10%) qui font de Rouen le 1er port français d'importation dans ce domaine. Une position renforcée par l'implantation en 2016 du groupe Belge Tessenderlo tout près de son compatriote Borealis. Un signe que « le port continue d'être attractif », se félicite Nicolas Occis. « Les investissements privés sont le meilleur signe qu'il se passe quelque chose ». Quant aux vracs liquides, la reprise par Bolloré Energy des cuves de stockage de l'ex-raffinerie Petroplus constitue là encore une bonne nouvelle.
Moins de "boites" au Havre...en attendant le terminal multimodal
Au Havre, premier port français pour le trafic conteneurs, on enregistre en 2016 une baisse de 2% tirée par la conjoncture internationale et la baisse des transbordements (environ 60.000 "boites" de moins sur un an)...sans oublier les mouvements sociaux du printemps dernier qui ont fait perdre entre 10 000 et 20 000 conteneurs au port. Le point positif, c'est la progression de +0,4% des trafics vers l'hinterland, à savoir le bassin de l'Ile-de-France et ses 25 millions de consommateurs. Le signe, estime Hervé Martel, que le Havre « regagne des parts de marchés par rapport à ses concurrents ». Même si la marche qui les sépare reste encore haute au regard des performances affichées par Rotterdam (30% de parts de marchés), Anvers (24,5%), Hambourg (21,8%) et même Bremerhaven (13,6%).
Le terminal multimodal sur la bonne voie
L'autre satisfaction, c'est la relance du terminal multimodal qui semble enfin près à prendre sa vitesse de croisière. Placée en redressement judiciaire, la société d'exploitation du terminal, dont le port du Havre est devenu l'actionnaire majoritaire, devrait poursuivre son activité pour atteindre rapidement l'équilibre financier, assure Hervé Martel. En 2017, 80 000 conteneurs pourraient y être traités. Une nouvelle ligne de fret ferroviaire en direction de l'Allemagne est opérationnelle depuis peu et une seconde vers la Suisse devrait à son tour ouvrir dans les semaines qui viennent.
Les politiques s'interrogent sur la gouvernance d'Haropa
Quant à la question récurrente de l'évolution de la gouvernance du GIE portuaire Haropa qui fête cette année ses cinq ans d'existence, son président botte en touche en rappelant que si évolution il doit y avoir, « ce sont des décisions politiques qui ne relèvent pas de nous ». La région Normandie et la région Ile-de-France souhaitent engager une étude sur le sujet. Hervé Morin et Valérie Pécresse l'ont évoqué à l'occasion d'une conférence de presse commune qui s'est tenue début janvier.