Tournages : Des retombées réelles mais une filière encore balbutiante

Tournages : Des retombées réelles mais une filière encore balbutiante

Une étude publiée le mois dernier évalue à près de 190 M€ les retombées annuelles directes et indirectes des tournages en Paca. Des sommes qui ne bénéficient pourtant qu'à la marge à une filière audiovisuelle locale jugée encore balbutiante. Une enquête de Didier Gazanhes et Alexandre Léoty

Le message est inlassablement martelé depuis des années: Paca est la deuxième région de France en matière de tournages. Ce sont en effet entre 500 et 600 productions qui sont tournées chaque année dans un territoire plebiscité pour ses extérieurs variés et sa lumière. Des films qui, pour certains, bénéficient d'une ligne budgétaire de 3 M€ accordée par le Conseil régional. Pourtant, si l'importance économique et symbolique de ces tournages a toujours fait consensus, jusqu'à présent, aucun chiffre concret ne venait étayer cette intuition. Ce manque a été comblé avec la publication, fin avril, d'une "Étude des retombées économiques et touristiques des tournages audiovisuels et cinématographiques en Paca".




Télé ou cinéma ?

Un document qui démontre que les tournages subventionnés ont généré en 2009 plus de 21M€ de retombées directes et entre 117 et 168M€ de retombées indirectes (déplacements, hébergement, restauration...). Des chiffres spectaculaires auxquels il conviendrait d'ajouter, selon cette étude, l'image touristique positive de la région que véhiculent les films. Les tournages seraient-ils ainsi devenus des produits d'investissement ultra-rentables pour le territoire, susceptibles de faire vivre à temps plein une véritable filière audiovisuelle locale? Pas si sûr. La grande majorité des retombées économiques concerne en effet des secteurs non directement liés au monde de l'audiovisuel. Quant à l'existence d'une filière structurée et pérenne, elle reste sujette à questionnement, l'écosystème audiovisuel local étant encore majoritairement peuplé d'intermittents du spectacle. Seules quelques rares PME ont fait le choix de se positionner sur ce marché, bien qu'en la matière, Paca soit plutôt bien placée par rapport à d'autres régions de France. «Nous bénéficions ici d'un vivier de techniciens qualifiés et expérimentés, de prestataires de services, mais aussi de tout le matériel adéquat, ce qui n'est pas le cas ailleurs, mis à part, bien entendu, à Paris», explique-t-on à la Commission régionale du film. Pourtant, ce sont encore principalement les fictions TV qui portent cette filière naissante et qui génèrent le plus de retombées (17,5 € pour 1 € investi par la Région). Les producteurs de longs métrages de cinéma se déplacent en effet davantage avec leurs propres équipes. «Ils tentent de se rassurer car ils sont dans une région qu'ils ne connaissent pas», analyse-t-on à la Commission régionale du film. Ainsi, pour développer durablement la filière audiovisuelle locale, certains estiment que l'idéal serait de booster les initiatives de producteurs purement régionaux. Mais rares sont ceux qui ont choisi de relever ce pari risqué. «Le développement de la production 100% locale est très lent, confirme Emmanuel Soler, directeur de Film Avenir. Car la concurrence est énorme. Il faut se faire une place. Difficile quand on est basé à Marseille...» Un fait confirmé par la Commission régionale du film: «Tout se passe à Paris. C'est à la fois une question de connexions et de surface financière. C'est un vrai métier de réseau».




Studios ou pas studios?

Pour certains, le développement de la filière locale pourrait également passer par la création de nouveaux studios. C'est notamment le cheval de bataille d'Éliane Zayan, conseillère municipale déléguée au cinéma à Marseille, qui a initié la transformation de 2.500m² de l'ancienne maternité de la Belle-de-Mai en «studios flottants», utilisés par des séries TV: «La demande en lieux de tournage intérieurs existe. Pour le moment, c'est le système D qui prime. Il faut développer notre offre en structurant des studios pérennes». Un avis que ne partage pas Paul Saadoun, président du Prides Image: «Je ne crois pas aux studios. On pourrait multiplier par quatre le nombre de studios en région, cela n'apporterait rien de plus à la filière. Même les studios parisiens ne fonctionnent pas à plein...» Même son de cloche du côté d'Emmanuel Soler, pour qui «il y a des moyens d'improviser des intérieurs sans construire de studios», et pour Pierre Gallo, qui pense que «le besoin n'est pas là » et que « de tels équipements ne seraient pas viables». Pourtant, de son côté, le réalisateur Patrick Malakian, fils d'Henri Verneuil, estime qu'«implanter des studios à Marseille serait une démarche productive». Et d'ajouter qu'il faudrait «aller plus loin et y associer une école de cinéma. Adosser une école à un plateau de tournage, cela ne s'est jamais fait. Cela pourrait avoir d'importantes retombées...» Une nouvelle école des métiers du cinéma dans la région? L'idée séduit également Éliane Zayan, qui imagine déjà la création d'un ambitieux "Pôle des arts". Un rêve que tous les professionnels ne partagent pas. «Il existe déjà des écoles dans la région. En créer d'autres serait superflu», estime Pierre Gallo, pour qui, au-delà des débats liés à l'avenir de la filière locale, l'étude dévoilée le mois dernier «aura au moins eu un mérite: prouver que financer des films en Paca, ce n'est pas jeter de l'argent par les fenêtres». Et de conclure: «Si on aidait davantage les productions, on pourrait tourner deux ou trois fois plus. Ici, ça devrait grouiller: c'est la Californie française!»