Il avait envie d’une grande aventure au départ de sa maison, à Marseille. Le 16 mars dernier, Thomas Sentis, le cofondateur du cabinet de recrutement Le Mouton à 5 Pattes (LM5P) a tout quitté. Il a délaissé son habituel gilet de berger pour un paquetage de 12 kilogrammes, un vélo et une paire de skis de randonnée. Objectif : passer de 0 à 4 810 mètres d’altitude, de la mer Méditerranée au sommet des Alpes, à la seule force de ses jambes en quatre semaines. "Je suis parti avec un ami, François-Xavier Millet, et ensemble, nous voulions prendre le temps de vivre la chose", raconte Thomas Sentis. Le nom de code de l’expédition : Mer-Cime.
La sauvegarde des glaciers en toile de fond
Le projet s'inscrit dans une démarche engagée, mêlant aventure sportive et cause environnementale. Les deux amis sont partis du marégraphe de Marseille, qui, depuis 1883, détermine l'origine des altitudes pour la France continentale et constitue l'altitude zéro de référence française depuis 1897. Passant par les glaciers alpins, le périple leur a permis de vivre une belle aventure tout en apportant leur pierre à l'édifice d'une cause qui leur tient à cœur : la sauvegarde des glaciers au cours de cette année 2025, déclarée comme l'Année internationale de leur préservation par les Nations Unies. "Cette parenthèse de 4 semaines, je l'ai aussi concrétisée pour soutenir l'association Mountain Wilderness France, qui se bat pour que nos montagnes restent des espaces sauvages et protégés", confie l'entrepreneur, rappelant, qu'il existe 352 glaciers français, dont 130 sont insuffisamment protégés selon l'association.
Une collecte de fonds
"Pour préserver cette masse de glace, qui stocke environ 70 % de l’eau douce mondiale et qui contribue au ralentissement du réchauffement climatique, nous avons collecté 4 000 euros en un mois et je sais déjà que je vais poursuivre le combat en allant parler de l’importance des glaciers dans les classes de mes enfants", ajoute Thomas Sentis.
Seule ombre au tableau de cette belle aventure : les deux aventuriers n’ont pas pu rejoindre le sommet du Mont Blanc, en raison d’une mauvaise météo, mais l’essentiel était ailleurs. Ce sommet, Thomas Sentis l’avait déjà conquis, par le passé, en une journée, partant de Chamonix aux alentours de minuit pour atteindre le sommet 12 heures et 4 000 mètres de dénivelé plus tard. Cette fois, l’enjeu était écologique et collectif. "François-Xavier Millet avait cette idée en tête depuis plusieurs années. En décembre 2024, nous avons décidé d’y aller et nous nous sommes lancés dans la préparation."
Trois mois de préparation
En trois mois, Thomas Sentis a affûté sa condition physique. S’il est habitué à courir, nager en apnée ou pratiquer le wing foil, il avait moins l’habitude de pratiquer le vélo. Il s’y est donc remis, multipliant les allers-retours au sommet de la Bonne Mère, jusqu’à 7 fois par jour.
Pour le matériel, il avoue avoir passé beaucoup de temps au Vieux Campeur, l’adresse des amoureux de la montagne : "Il nous fallait tout le matériel pour évoluer un mois en toute sécurité, tout en limitant au maximum le poids du sac : un piolet de 240 grammes, des cordes pour 660 grammes, mais aussi une pharmacie, des broches à glace, quelques vêtements, une bombonne de gaz et un réchaud. Nous avons tout pesé parce que nous ne pouvions pas nous permettre d’être trop chargés : le poids dans le dos est un ennemi en montée, comme en descente", explique l’entrepreneur.
450 km, 25 000 m de dénivelé
Après trois jours à pédaler à travers les paysages de Provence, la Sainte Victoire, les lavandes du plateau de Valensole, les deux amis ont troqué les roues pour les peaux de phoque, à Allos. S’en est suivie une immersion d’une vingtaine de jours dans le blanc des montagnes : le Mercantour, l’Ubaye, le Queyras et le Briançonnais, le massif des Écrins et la vallée de la Clarée, puis la Savoie, le col du Montet avec vue sur le Mont-Blanc, le glacier des sources de l’Isère, avant l’Italie et Courmayeur, puis l’arrivée à Chamonix, le mardi 8 avril, à 16 heures. "Au cours des 450 kilomètres et 25 000 mètres de dénivelé, la montagne nous a tout donné, des panoramas de rêve et de belles rencontres, un environnement sauvage, la chaleur et le froid, le vent et la neige, des journées immergées de blanc, sans aucune visibilité, des doutes aussi. J’ai aussi mesuré à quel point il est urgent de prendre soin de nos glaciers pour protéger notre futur", confie Thomas Sentis. Le dirigeant voit dans cette expédition de nombreux parallèles avec sa vie professionnelle, à la tête d’un cabinet de recrutement, fondé il y a huit ans.
Un miroir de l’entreprise
"Un projet ne se lance pas sans préparation, sans objectifs clairs. Il faut anticiper les risques, miser sur le collectif, faire preuve de résilience. Au cours de notre aventure, nous avons eu des moments difficiles : une journée dans le blanc le plus complet jusqu’à l’éclaircie, des bobos, du matériel à réparer", raconte Thomas Sentis. Puis, pendant les 4 semaines de son expédition, certes, il a tout quitté, mais il a conservé un lien, virtuel, avec son entreprise. Il a partagé son aventure avec son associé, Nicolas Milou, "sans qui cette aventure n’aurait pas été possible", et avec ses 20 salariés, qui ont pris le relais et dont certains ont gagné en responsabilités. L’arrivée à l’église de Chamonix reste un moment fort pour l’entrepreneur, qui n’a qu’une envie, repartir, relever un autre défi. En attendant, il confie redécouvrir les sons du quotidien et la vie en couleurs. "Nous allons prendre le temps de digérer l’aventure avant de la partager."