La loi Macron marque-t-elle des avancées ?
Oui, cette loi marque des avancées pour les entreprises. Toutefois, on a du mal à trouver une stratégie forte et il faut rappeler qu'elle a été longue à mettre en place avec neuf mois de discussions. Parmi les points a retenir, on peut noter que la loi a voulu redonner un peu de flexibilité pour le travail du dimanche. Elle permet également de mieux récompenser l'entrepreneur sur le fruit de la cession de son entreprise. Elle donne aussi de la flexibilité en mettant en place un barème pour les conseils de prud'hommes. Beaucoup de sujets on été ouverts mais ça ne va pas assez loin. Si le Gouvernement considère qu'avec cette loi il a fait le choc de simplification et le choc de mesures attendu par les entreprises, je pense qu'il se trompe et qu'il faudrait une dizaine de loi comme celle-ci pour arriver à bout des réformes.
Quelle est la situation des TPE/PME ?
D'un point de vue purement macro-économique, les indicateurs sont plutôt positifs depuis le début de l'année. Sur le premier trimestre, on a une amélioration des marges des entreprises de l'ordre de quatre points. Et ce n'est pas directement lié à l'effet du CICE ou du pacte de responsabilité. Ce qui nous situe autour de 32 points de marge là où l'Allemagne est encore à 43. L'autre point positif, c'est la stabilité de la consommation. On est à 1,6 point de consommation, un indicateur important pour les TPE/PME quand on sait leur dépendance à la consommation des Français, beaucoup ayant un volet d'exportation faible. Là dessus, on a une stabilité des prix du pétrole, et il n'y a pas d'envolée des taux d'intérêts. On note aussi une stabilité parité dollar/pétrole qui fait que pour le moment c'est plutôt profitable pour l'exportation. Mais, pour les TPE/PME la situation est tendue. On voit réapparaitre des tensions fortes, à la fois des tensions de trésorerie et des tensions de BFR qui portent à la fois sur le financement de l'activité au sens large et à la fois sur du rebond. Certaines entreprises ont des rebonds de croissance mais ont des difficultés à financer ce rebond parce que les bilans se sont dégradés depuis 2008.
Comment passer ce cap tendu pour les TPE/PME ?
Les entreprises ont des encours limités, elles doivent renégocier à la hausse ce qui est compliqué quand vous avez 1,5 point de croissance attendu en France dans le meilleur cas et que vous avez une entreprise qui a des bilans dégradés depuis 2008. Les banques doivent être mieux préparées et associées à ce rebond et financer ce retournement progressif de l'économie. Une entreprise de taille intermédiaire qui reprend le chemin de la croissance n'a quasiment aucune difficulté à retrouver du financement. Il y a un surcroit de liquidités avéré de toutes les banques, elles sont même plutôt à batailler pour récupérer les dossiers des ETI. Quand vous êtes une PME, que vous avez une situation qui s'est dégradée et que vous êtes en train de repartir, il y a des devoirs d'explication qui prennent du temps. Autre situation récurrente en France, celle des délais de paiement, avec 15 milliards de délais de paiement en souffrance et là, les grandes entreprises, comme les collectivités locales, territoriales, les services de l'Etat, doivent faire attention car elles ont une responsabilité forte dans la destruction d'entreprises. D'ailleurs, quand vous comparez les courbes de destructions d'entreprises et l'augmentation des délais de paiement, c'est tout à fait linéaire.
Entretien S.C
Le vice-président du Medef en charge des TPE-PME et de l'entrepreneuriat, reconnaît des avancées avec la loi Macron mais ne voit pas de choc de simplification.