La société Api Distribution (130 salariés), fondée en 2021 en Charente-Maritime et créatrice de supérettes autonomes en libre-service (156 à date), vient de dévoiler un premier rapport mesurant l’impact de ses supérettes dans les villages ruraux d’au moins 700 habitants où elle s’implante. Il est basé sur ses propres données recueillies auprès de 1 400 clients et de 82 communes et sur des sources extérieures (Insee, guide France Ruralité, baromètres des territoires ou de la proximité rurale…).
Des économies réelles
Api revendique aujourd’hui 250 000 clients. Sur les 1 400 interrogés dans l’étude, 30 % y viennent "lorsqu’un autre commerce de proximité n’est pas ouvert ailleurs". 48 % annoncent un impact positif sur leur budget alimentaire, ce chiffre montant à 58 % pour les clients réguliers (au moins une visite hebdomadaire). 78 % déclarent gagner du temps (42 heures par an en moyenne) et 74 % avoir réduit leur trajet pour aller faire leurs courses (18 % d’émissions carbone évitées), avec une économie annuelle moyenne de carburant comprise entre 60 euros pour les visiteurs mensuels 936 euros pour les plus assidus.
"On constate une augmentation du taux d’attachement à la commune et de son attractivité. On a vu des exemples de réouverture de restaurants, boutiques ou marchés après celle de la supérette"
97,5 % des mairies "constatent une amélioration du quotidien des habitants", révèle encore le panel, réunissant 57 % de clients entre 40 et 64 ans et 39 % de foyers avec enfant. "On constate aussi une augmentation du taux d’attachement à la commune et de son niveau de dynamisme et d’attractivité. On a vu des exemples de réouverture de restaurants, boutiques ou marchés après celle de la supérette", continue Lucie Chaplin. Les producteurs locaux (430 à date), eux, représentent 8 % du chiffre d’affaires.
Modèle hybride
Comparant les modèles des différents acteurs de la distribution rurale (le bordelais Ouidrop qui a levé 7 M€, le Casier Français…), la société confirme apporter "une réponse hybride" (une épicerie sans épicier, en somme), ouverte 126 heures par semaine.
"Chacun a sa place. L’avis des clients dans ce rapport peut venir tuer ce que certains détracteurs nous opposent, à savoir un côté un peu déshumanisant. Même si on est loin de l’image d’Épinal de l’épicerie d’antan, ces avis nous confortent sur notre modèle", assure Lucie Chaplain, responsable RSE de l’enseigne, dont le siège est aujourd’hui bordelais.
Des limites visibles
Une réponse, aussi, à la désertification rurale. "Certains maires nous disent qu’ils n’ont pas l’énergie de monter une épicerie solidaire, ils ont connu plusieurs échecs. Quand on arrive avec une solution comme la nôtre, on répond à ce besoin", ajoute Lucie Chaplin.
L’étude montre également que la fréquence d’usage est très hétérogène : 24 % utilisent ces magasins pour les courses du quotidien (au moins deux fois par semaine), 34 % pour une consommation régulière (deux à quatre fois par mois), 19 % au moins une fois par semaine et 23 % en dépannage (une fois par mois).
Enfin, le panel révèle aussi les limites encore existantes de ce modèle en libre-service, même si la majorité des répondants (94,5 %) n’y voient aucun effet négatif. On peut notamment citer des ruptures de stocks et des rayons vides (40 %), des vols et incivilités (15 %), l’obligation de payer en carte bleue et le stationnement.
En revanche, Api ne mesure pas encore l’impact de ses magasins "sur l’attractivité résidentielle ("46% des mairies commencent à le mesurer", précise-t-elle tout de même), le maintien des populations fragiles dans les villages et le tissu économique local".
Vers la rentabilité
Si Api a atteint 9,1 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024 (contre 1,9 M€ en 2023), son modèle économique est encore loin d’être rentable. "La rentabilité s’atteint à partir d’un nombre critique de magasins, ce volume nous ayant poussés à en ouvrir beaucoup assez vite pour couvrir nos coûts, continue la responsable RSE. On a du mal à estimer à quel moment on l’atteindra mais on vise toujours 1 000 magasins à horizon 2030."
Expansion territoriale
Cinquante-cinq magasins ont été installés l’an dernier, une quarantaine devrait l’être cette année. Présente dans 21 départements sur quatre régions (Normandie, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire et Nouvelle-Aquitaine) l’entreprise veut s’étendre à l’Occitanie, le Grand Est, la Bourgogne-Franche-Comté ou l’Auvergne-Rhône-Alpes, ce qui devrait la pousser à réaccélérer le rythme des ouvertures dans les prochaines années. Les habitants de Vimartin-sur-Orthe (Mayenne) n’auront pas à attendre aussi longtemps : une supérette sera chez eux dès juillet prochain.