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Midica, le grand bazar toulousain se réinvente depuis 80 ans
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Midica, le grand bazar toulousain se réinvente depuis 80 ans

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Né dans l’immédiat après-guerre, le magasin toulousain Midica, dirigé aujourd’hui par la troisième génération de la famille Garrigou, a survécu à toutes les tempêtes qui s’abattent sur le commerce de centre-ville. Unique en son genre en France, il a su se réinventer au fil des décennies et demeure un phare de la ville rose.

Roland Garrigou entouré de sa fille Sophie Garrigou et son fils Olivier Garrigou — Photo : Gefiroga / Midica

Incontournable commerce du centre-ville de Toulouse, le magasin indépendant Midica (5 000 m2 de surface de vente sur 5 niveaux), propriété de la holding familiale Gefiroga (400 collaborateurs, CA 2025 : 72 M€), basée à Labège (Haute-Garonne) et qui regroupe aussi 9 Intersport, 3 Blackstore et un Intersport Outlet, voit passer quelque 970 000 clients chaque année. Il célèbre ses 80 ans en 2026, une longévité rare pour un établissement de ce type, qui situe la réussite d’une aventure entrepreneuriale familiale perpétuée depuis trois générations.

Très bonne gestion

« Ce n’est pas toujours facile et c’est même une lutte de tous les jours, sourit Sophie Garrigou, directrice générale de Gefiroga et petite-fille du fondateur Marcel Garrigou. Je dirais que les trois clés de la performance sont : une très bonne gestion, une adaptabilité permanente et des choix courageux. » Renoncer à l’e-commerce et soigner l’accueil de proximité par des vendeurs au magasin, par exemple, ou encore demeurer au centre-ville, à contre-courant de la tendance qui a vu la fuite des grands magasins en périphérie des métropoles. « En restant au centre-ville, précise-t-elle, il faut adapter notre gamme de produits aux habitants qui, pour beaucoup, n’ont pas de voiture. Aujourd’hui, viennent chez nous aussi bien des étudiants que des familles ou des seniors. Il y a une époque où les trois-quarts de notre chiffre d’affaires étaient réalisés par des clients qui venaient en voiture. Il doit être tout au plus de 5 % maintenant. »

La façade actuelle de Midica, qui a fait l’objet d’une restructuration en 2019 — Photo : Philippe Kallenbrunn

Ces choix stratégiques se font au prix d'investissements lourds, à l’instar des 4 millions d’euros mobilisés en 2019 pour la restructuration complète et le recentrage de l’offre de Midica autour des univers de la maison, ainsi que l’ouverture audacieuse du restaurant Gigiland, au 4e étage, magnifié par sa terrasse intimiste de 100 m2 donnant sur les toits de Toulouse. Un projet d’ampleur impulsé par Olivier Garrigou, le frère de Sophie, président de Gefiroga depuis 2017, pour lequel il a fallu convaincre les bailleurs du lieu. « Pour nous, Midica est un organisme vivant, poursuit la dirigeante. Un membre de la famille, même, qui se trouvait bien souvent au cœur des discussions lors des repas du dimanche midi chez notre grand-père, autour du poulet haricots verts. Nous l’appelions « Le magasin. »

40 000 références

Dirigé depuis 2022 par Clarisse Berthet, entrée dans le groupe Gefiroga en 2008 en tant qu’animatrice de rayon chez Intersport Albi, Midica emploie 83 collaborateurs et a enregistré, en 2025, un chiffre d’affaires de 12 millions d’euros. Les étapes successives de son développement témoignent des mille vies que ce grand bazar a vécu.

« Il fut un temps où on trouvait des gros équipements comme des toupies à béton au rez-de-chaussée du magasin, illustre Sophie Garrigou. Il y a eu aussi de la découpe de verre et de la découpe de bois. À une époque, nous comptions plus de 80 000 références (40 000 environ aujourd’hui, NDLR) ! Pour mon père, Roland Garrigou, la gestion du back-office devenait très compliquée. Par souci de rationalisation, il s’est adossé à la centrale d’achat du BHV, qui nous a longtemps considérés comme son petit frère toulousain. » Ce temps-là est révolu depuis une quinzaine d’années, lorsque le BHV a changé de stratégie, indique-t-elle. « Nous avons dû trouver de nouveaux fournisseurs partenaires, reprend-elle. Nous travaillons désormais avec plusieurs centrales d’achat et par type de produits et aussi en direct avec des marques françaises comme Cristel ou Le Creuset. »

Marcel Garrigou, le fondateur de Midica — Photo : Gefiroga / Midica

Tout a commencé le 17 octobre 1945, peu après la libération de Toulouse. Ce jour-là, Marcel Garrigou ouvre, au 9 place de la Trinité, une petite boutique de dépôt-vente d’objets en caoutchouc (bottes, gabardines, tuyaux…). Il nomme cette petite enseigne Midi-Caoutchouc, qui rencontre un franc succès au fil des ans. Dix ans plus tard, il déménage son affaire au cœur de la place Esquirol, qu’il rebaptise Midica. Le magasin élargit progressivement son horizon et commence à s’imposer comme une adresse incontournable du centre-ville. Dans les années 1960-1970, Midica accompagne l’essor de la consommation et s’ancre dans le quotidien des Toulousains.

Au mitan des seventies, alors que Midica vient d’intégrer pour la première fois des articles de sport (y compris des skis et des planches à voile !) estampillés La Hutte, Roland Garrigou, l’un des deux fils de Marcel Garrigou, qui fait carrière à Paris comme ingénieur dans la distribution, revient au pays pour prendre la direction du magasin. En 1987, Roland Garrigou fonde le groupe Gefiroga. « Mon père, qui était un visionnaire, finit par sortir le sport de Midica et crée, en 1990, le premier Intersport de France en termes de surface (4 000 m2), à Labège (Haute-Garonne) », rembobine sa fille.

Une filiale énergie

Olivier et Sophie Garrigou perpétuent aujourd’hui la tradition familiale en se répartissant les tâches au sein du groupe Gefiroga. « Olivier s’occupe, avec notre directeur général retail Benoît Barron, de tout le commerce, décrit Sophie Garrigou. Il est par ailleurs administrateur national de la centrale Intersport. Pour ma part, je gère l’immobilier, quand on possède les murs, et la diversification énergétique et environnementale. » Après avoir travaillé pendant 25 ans dans le conseil en stratégie d’entreprise et la politique environnementale des entreprises comme des actions publiques, la dirigeante s’attelle à un nouveau projet pour le groupe.

La superbe terrasse du restaurant Gigiland, au 4e étage de Midica — Photo : Gefiroga / Midica

« Nous réfléchissons à créer une filiale énergie, avec du photovoltaïque, et pas seulement pour nos magasins, révèle-t-elle. Lorsqu’on possède des parkings et du foncier, il devient à la fois obligatoire et intéressant de produire sa propre électricité, de la fournir à ses locataires et même de la revendre, dans ce que l’on appelle des boucles collectives d’autoconsommation. Ce projet concerne aujourd’hui plus particulièrement notre magasin Intersport de Castres (Tarn), que nous allons totalement transformer, et celui de Blagnac (Haute-Garonne), doté d’un parking sur lequel nous pourrions installer une centrale en ombrière. »

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