Le 4 juin, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez signait à Nîmes (Gard), lors de l’ouverture de la campagne contre les feux de forêt, une commande de deux Canadair DHC-515 supplémentaires auprès du fabricant canadien De Havilland, qui devraient être livrés en 2032 ou 2033. Un investissement de près de 200 millions d’euros pour l’État français. À terme, la flotte de la Sécurité Civile doit comprendre 16 avions bombardiers d’eau amphibies.
Disponible dès 2029
La start-up toulousaine Positive Aviation, de son côté, promet d’apporter une solution d’avions écopeurs, souveraine et supérieure, avec le FF72-S, le premier avion bombardier d’eau amphibie conçu et assemblé en France, qui sera disponible dès la saison des feux de 2029. Selon Laurent Schmitt, son dirigeant, la question n’est plus « Comment concevoir un nouvel avion dans 15 ans ? » mais bien « Quel avion souverain peut être disponible avant 2030 pour répondre aux besoins et garantir notre indépendance opérationnelle ? ».
Or, poursuit cet ancien ingénieur en chef d’Airbus, « Positive Aviation ne se contente pas d’offrir une alternative, il surpasse les standards actuels : une capacité accrue de 8 000 litres d’eau, soit 30 % de plus (qu’un Canadair, NDLR), tout en divisant le coût d’achat par deux (entre 30 et 35 M€ par appareil) et en réduisant les coûts opérationnels de plus de 50 %, pour répondre aux contraintes budgétaires des États et des contribuables. »
Créée en 2024 par six anciens ingénieurs d’Airbus autour de Laurent Schmitt, la start-up a imaginé la conception et la fabrication du FF72-S comme dérivé de l’ATR 72-600. Cette dérivation consiste à remplacer les trains d’atterrissage par deux flotteurs, eux-mêmes équipés de trains d’atterrissage et d’écopes. Ils confèrent à l’avion la capacité d’écoper sur les plans d’eau pour remplir en douze secondes 8 000 litres d’eau dans des réservoirs installés dans le fuselage qui peuvent être ensuite largués sur des feux en environ 1 seconde.
Commande ferme de 10 appareils
Au-delà de la performance technique, Positive Aviation contribue à recréer une filière industrielle européenne de l’hydraviation, un secteur délaissé sur le continent depuis la Seconde Guerre mondiale, en mobilisant déjà plus de 150 professionnels, principalement en France. Face aux mégafeux, les besoins mondiaux sont estimés à plus de 400 avions écopeurs supplémentaires dans les prochaines décennies. Positive Aviation a déjà enregistré une commande ferme de 10 appareils de la part de la société américaine Bridger Aerospace, premier opérateur de Canadair aux États-Unis.
La campagne d’essai du FF72-S doit commencer à l’automne prochain et durer jusqu’au printemps 2027. La route est tracée : Positive Aviation se chargera elle-même de la conversion des ATR dans une usine de 7 000 m2 qui doit éclore non loin de l’aéroport de Toulouse-Blagnac et du Hangar 16 où elle est aujourd’hui installée. La start-up envisage par ailleurs de se doter de sa propre usine de fabrication de flotteurs à Vannes (Morbihan). Après avoir réussi une levée de fonds de 8 millions d’euros en juin 2025, elle travaille à une nouvelle opération d’un montant environ sept fois supérieur, afin d’avancer vers l’industrialisation de son bombardier d’eau.