Arkopharma (932 collaborateurs, CA 2024 : 202,3 M€), laboratoire pharmaceutique basé à Carros, expert en médicaments à base de plantes et compléments alimentaires, fait partie du consortium Green Impact Index, de quoi s’agit-il ?
Ce consortium regroupe une vingtaine de marques* qui ont développé ce Green Impact Index, un outil pour évaluer l’impact environnemental et sociétal de leurs produits, selon 50 critères. Ceux-ci sont répartis en cinq familles : la formule, dont on évalue l’écotoxicité, la biodégradabilité et la naturalité. On regarde si elle contient, par exemple, des matières controversées, comme certains silicones. Sont également passés au crible, l’emballage, la fabrication, le transport et le volet sociétal qui inclut le commerce équitable, les pratiques agricoles… Il en ressort une note sur 100, traduite en lettres, de A à E. Tout est fait sous l’égide de l’Afnor (l’Association française de normalisation, NDLR) afin d’assurer la neutralité.
Comment ce consortium est-il né ?
L’idée d’un tel outil avait été lancée par les Laboratoires Pierre Fabre avec une méthode beaucoup plus simple, une vingtaine de critères, quatre lettres. Mais ils ont fini par arriver aux limites de cette méthode et par constater qu’ils n’y arriveraient pas tout seuls. Pour l’améliorer, ils préféraient s’appuyer sur les forces d’autres entreprises. Ainsi, nous avons décidé de nous unir plutôt que chacun essaye avec sa propre méthode.
C’est rarissime de se tourner ainsi vers ceux qui sont aussi des concurrents…
J’ai moi-même été bluffée par cette démarche ! Mais sur les sujets environnementaux, il n’y a pas de concurrence, il ne peut y avoir que de l’entraide. Ce collectif est au service non pas de la transition mais de l’action écologique. Ce n’est pas du greenwashing. Il y a vraiment un enjeu de transformation, d'évolution. Pour cela, nous avons décidé aussi de relier tous les acteurs de la chaîne de valeurs : fournisseurs d’ingrédients, d’emballages, fabricants, sous-traitants, façonniers, des distributeurs comme Decathlon qui fabrique aussi… Nous sommes dans un processus d’amélioration continue.
Quelles sont les difficultés quand on veut améliorer son impact environnemental et sociétal ?
On croit bien faire et parfois on se trompe un peu. Comment savoir qu’un produit est mieux éco-socio conçu ? Le flacon en verre apporte-t-il finalement un vrai bénéfice par rapport à celui en plastique, 100 % recyclable, qui incorpore du rPET (polytéréphtalate d’éthylène recyclé, NDLR) qui est plus léger ? Notre emballage est-il tout à fait optimisé ? Ne reste-t-il pas 10 % à utiliser à l’intérieur ? Les ampoules peuvent-elles être recyclées dans les filières du verre en France, en Espagne, en Italie ? On s’est posé beaucoup de questions.
Et en interne, il a fallu se l’approprier, cette méthode, avec nos différents métiers. Il a par exemple fallu former aussi à cette éco-conception les personnes qui font la formule.
Comment avez-vous pu collecter et traiter la masse d’informations et de données issues de ces passages au crible de chaque élément ?
En effet, nous devons collecter énormément d’informations et nous en venons là au data management : Comment les stocker ? Comment les mettre à jour ? Comment sensibiliser nos fournisseurs ? Ceux qui sont dans le consortium, comme DSM Firmenich, le groupe Berkem ou Technicoflor répondent, mais il y a ceux qui ne veulent pas donner de détails sur la manière dont ils fabriquent leurs extraits, par exemple.
Nous formons donc les acteurs de la chaîne qui font partie du consortium : Innov’Alliance, le pôle de compétitivité de la naturalité et des filières du végétal, CosmeBio, association mondiale spécialisée dans la cosmétique naturelle et biologique, l’association Cosmed qui regroupe la filière cosmétique, et le syndicat des compléments alimentaires, Synadiet. Car il faut aussi éduquer et éveiller les consciences. Et ce n’est pas facile, il y a beaucoup de rétention.
En interne, nous analysons le temps passé par machine, la consommation d’énergie, d’électricité, d’eau. Tout est parfaitement monitoré, mais il faut extraire la donnée pour chaque produit, faire des moyennes annuelles, etc. C’est un travail titanesque, mais passionnant et surtout nécessaire.
Nous nous préparons d’ailleurs pour notre audit. Toutes les sociétés du consortium qui commencent à communiquer se font auditer dans les six mois.
Combien de produits avez-vous "scorés" à ce jour ?
Une cinquantaine sur les quelque 350 références qu’Arkopharma compte en France et les 1 500 dans le monde.
Quels ont été les résultats et surtout, qu’en avez-vous fait ?
Les produits sont souvent cotés B, comme en phytothérapie par exemple, si on a une monoplante, que la formule est propre. Pourquoi B et pas A ? Parce que le pilulier est en plastique, et même s’il est 100 % recyclable, on pourrait faire mieux.
Si on prend l'exemple de l’arthagophitum, contre les douleurs articulaires, cette plante vient de Namibie, le transport pèse. Que peut-on alors modifier pour qu’il passe en A ? C’est assez compliqué. Nous avons décidé de changer le packaging pour passer du pilulier en plastique à des sachets éco-conçus, 100 % recyclables et monomatériaux. Mais pour un pharmacien, ce n’est pas facile à accepter. Pour un consommateur non plus, car on casse des habitudes.
Quant à nos nouveautés, il y en a entre 20 et 25 par an, l’éco-socio-design est désormais intégré. Et nous nous interdisons de lancer des produits D ou E.
On imagine que tout cela a un coût…
L’investissement est surtout humain. J’ai vraiment basé le projet sur du volontariat au départ. Donc oui, il y a eu du temps investi mais on croit souvent que l’éco-conception coûte plus cher, or ce n’est pas forcément le cas.
"En tant qu'industriel on ne fait jamais cette pause pour réfléchir sur ce que l'on peut faire de mieux pour l'environnement."
Nous avons commencé par réduire, optimiser nos flacons car nous avions beaucoup de formats différents. En tant qu’industriel on ne fait jamais cette pause pour réfléchir sur ce que l’on peut faire de mieux pour l’environnement. Et cela peut représenter des économies. Nous avions par exemple des capots et flacons bleus, blancs, rose, c'est joli mais catastrophique au niveau environnemental. Et ce n’est pas cohérent : dans nos formules, les colorants sont naturels mais ceux des capots sont artificiels !
On regarde aussi l’équation économique bien sûr. On ne veut pas pénaliser le consommateur. Ce n’est pas à lui de payer pour ces actions écologiques. C’est à nous de trouver la solution.
Avez-vous eu des produits mal notés ?
Nous avons quelques E, avec des ingrédients pas du tout optimisés, des plantes qui viennent de très loin. Il faut alors revoir notre formule pour viser des sourcings plus proches. Nous considérons que A, B ou C, c’est bien. Souvent, les D ou les C sont dus aux emballages, notamment les blisters des comprimés, qui sont en partie en aluminium, en partie en plastique. Aujourd’hui, il n’y a pas d’alternative mais nous y travaillons avec nos fournisseurs.
Notre objectif est de coter pour nous améliorer, c’est d’ailleurs pour cela que ces notes ne figurent pas sur les emballages, pour l’instant. Un produit qui est C aujourd'hui va devenir B, etc. Toutes les sociétés du consortium se sont donc engagées à mettre un QR code permettant d’en savoir plus sur le produit, y compris le score.
Quel est votre objectif pour 2025 ?
J’aimerais que nous doublions le nombre de produits scorés pour arriver à une centaine. Et nous allons coter toutes nos nouveautés de manière systématique.
Quelles sont les ambitions du consortium Green Impact Index ?
L’idée est d’être le plus nombreux possible, de fédérer pour avoir des angles de vue différents, avoir plus d’acteurs dans le secteur de l’emballage serait bien, pour trouver une méthode commune au niveau européen et arriver à en faire une norme. C’est aussi un travail que nous menons avec l’Afnor.
L’idée est que ce soit vertueux pour un maximum d’acteurs, y compris les tout-petits. Nous avons donc besoin de coter un maximum de produits. Je pense que lorsque nous atteindrons un palier autour des 10 000 produits, nous aurons quelque chose de très représentatif. Mais on sait que la méthode n’est pas parfaite. Notre démarche est ultra humble.
*Les membres fondateurs : Arkopharma, Pierre Fabre (A Derma, Arthrodont, Avène, Ducray, Elgydium, Klorane, Eluday, Ladrôme Laboratoire, naturactive, Furterer), Biolane (Havea), BuccoTherm, Castera, Decathlon, Dexeryl, Léa Nature (Jonzac, So’Bio étic, Natessance), Love & Green, Phytema, Groupe Rocher (Yves Rocher, Dr Pierre Ricaud), groupe berkem, CosmeBio, Cosmed, dsm-firmenich, InnovAlliance, Synadiet, Technicoflor
rejoints depuis par Aroma-Zone, NHCO Nutrition, La Phocéenne de Cosmétique (le Petit Olivier, Lovéa, Laboratoires Vendôme), Greentech, et Mulato,