L’avenir des petites lignes ferroviaires se joue-t-il dans le Nord ? C’est en tout cas dans les locaux de Stratiforme Industries (110 salariés, 23 M€ de CA), à Bersée (Nord), que prend vie un nouveau modèle de train léger intelligent, qui pourrait devenir un moyen de transport incontournable dans les années qui viennent. L’Ecotrain, c’est son nom, a été imaginé par le spécialiste nordiste des matériaux composites et ses partenaires industriels et universitaires, réunis au sein d’un consortium. On y retrouve le fabricant Socofer (Indre-et-Loire), en charge des bases roulantes du train ; l’éditeur parisien de logiciels dédiés au ferroviaire Clearsy, ainsi que le toulousain Syntony, qui travaille dans le domaine de la géolocalisation par satellite.
Enfin, l'Institut Mines-Télécom (IMT), au travers deux de ses écoles (IMT Nord Europe et IMT Mines Albi), a mis au point le système de navigation de ces navettes, qui embarquent une bonne dose d’intelligence artificielle. Le consortium est lauréat de l’Ademe dans le cadre de l’appel à projets France 2030, et s’est vu décerner en 2022 une subvention de 4 millions d’euros, sur un total d’investissement d’environ 8 millions d’euros. À l’issue de plusieurs années de recherche, un premier prototype a quitté Bersée en mai 2025, pour être testé en conditions réelles, sur une ligne fermée de plusieurs kilomètres, vers Tours (Indre-et-Loire). Une deuxième campagne d’essais aura lieu en fin d’année.
Redynamiser les petites lignes
Les débouchés sont importants pour la PME et ses partenaires, qui estiment que 10 000 kilomètres de voies au moins pourraient être équipés en Europe dans les 25 ans qui viennent. Car l’Ecotrain répond à un problème largement répandu, celui des petites lignes ferroviaires qui ferment, faute de rentabilité. Et pour cause, pointe Guy Leblon, le dirigeant de Stratiforme Industries : "On fait rouler des trains régionaux de 120 à 400 places, pesant entre 60 et 80 tonnes, pour quelques passagers, à qui on propose en plus une offre très réduite. Ce n’est pas tenable". D’où l’idée de l’Ecotrain, une navette "plus simple et frugale", pour ces petites lignes isolées du réseau, sur lesquelles elle serait la seule à circuler. Rapide et fiable, avec des cadences toutes les demi-heures, voire à la demande, ce train d’un nouveau type pourrait bien dissuader les utilisateurs de prendre leurs voitures pour des trajets d’une trentaine à une cinquantaine de kilomètres. Les petites cabines de 15 tonnes, fabriquées à base de lin et pouvant accueillir une quarantaine de personnes, achemineraient ainsi quelque 500 passagers par jour. Modulables, ces dernières peuvent aussi facilement passer en configuration "micro-fret". Le tout, avec une empreinte carbone en cycle de vie "quasi nulle", souligne l’Ademe, grâce à une alimentation en station, par des panneaux photovoltaïques.
Pour parvenir à ce résultat, les membres du consortium ont additionné leurs savoir-faire pour mettre au point une navette intelligente, équipée de capteurs thermiques et vidéo, et d’un système de navigation lui permettant d’être pilotée à distance. Et peut-être, quand les normes ferroviaires le permettront, d’être autonome. En attendant de voir validés leurs efforts, les industriels se préparent à atteindre rapidement une capacité de production de 3 à 4 lignes par an. Et à embaucher en conséquence.