Peut-on réinventer la crème fraîche ? Compliqué parce qu’il s’énonce simplement, ce défi a mobilisé un total de 1,8 million d’euros d’investissement au sein du leader français de la margarine, l’industriel St Hubert (CA : 120 M€ ; 210 salariés), basé à Ludres, en périphérie de Nancy. Concrètement, l’industriel a "réinventé" la crème fraîche en mêlant huiles végétales et produit laitier, au sein d’un produit décliné en deux versions, affichant 15 % et 30 % de matières grasses. "C’est une innovation pensée pour accompagner l’évolution des goûts et des attentes vers une alimentation plus végétale", décrit Jean-Christophe Sibileau, le PDG de St Hubert. En parallèle de cette innovation produit, l’entreprise s’est lancée dans un plan d’investissement de 50 millions d’euros sur 7 ans, visant notamment à réduire de 63 % son empreinte carbone.
Surpris par le démarrage
Filiale du chinois Fosun, la PME agroalimentaire travaille depuis 3 ans sur cette innovation, qui a été mise en rayon début septembre. "Sans communication, nous avons déjà réussi à convaincre les consommateurs", se félicite le directeur industriel de St Hubert. En deux semaines, la PME a mis sur le marché un total de 40 tonnes de ce produit, conditionné en deux formats, soit 190 et 450 grammes. "Nous aurions pu en vendre encore plus, mais nous avons été surpris par la force du démarrage et le retour de nos clients distributeurs", concède Jean-Christophe Sibileau, qui enregistre un démarrage "au-delà de toutes les espérances". "Nous avons vendu deux fois plus que ce qui était prévu".
Une ligne flexible avec des cobots
La nouvelle ligne dédiée à ce nouveau produit, installée au sein du bâtiment industriel de St Hubert, soit 20 000 m2 couvert, a été conçue par ER Ingénierie, PME basée à Custines et pilotée par la famille Faivre. Le chantier, qui a nécessité d’installer la cuverie pour stocker le babeurre, a été réalisé en un temps record : huit mois, de janvier à août 2025, sans arrêter la production par ailleurs. "Nous avons investi dans une ligne flexible, capable de s’adapter aux évolutions du marché", se félicite Jérôme Stein. Après le mélange des ingrédients composant la nouvelle recette, c’est en effet un robot d’assistance de dernière génération, un cobot, qui travaille de concert avec un opérateur pour conditionner les produits. Derrière les opérations de conditionnement, un second bras robotisé est chargé de la mise en palette, sans assistance humaine. "L’intérêt de ces nouveaux robots est leur capacité d’adaptation", insiste Jérôme Stein, en précisant que six emplois ont été créés suite à la mise en service de la nouvelle ligne. "Contrairement à une ligne d’ancienne génération où tout est figé, nous avons la possibilité de déplacer les robots et de leur faire effectuer d’autres tâches à l’avenir."
Vers une production le week-end ?
Dimensionnée pour produire 1,3 tonne à l’heure, la ligne de conditionnement de cette nouvelle crème va évoluer pour faire face au succès : le conditionnement va ainsi bénéficier d’un deuxième robot. "Et nous étudions aussi la possibilité de produire le week-end", confie le directeur industriel de St Hubert. Actuellement, la production de l’ensemble de l’usine est organisée en trois postes de huit heures, cinq jours par semaine.
Quelques fournisseurs de babeurre
Dans un rayon crémerie qui ronronnait, la PME lorraine est venue bousculer les codes en proposant une nouvelle recette, mêlant du babeurre, soit un coproduit de l’industrie laitière issu de la fabrication du beurre, et des matières grasses végétales. "Jusqu’à présent, le babeurre était valorisé soit en méthanisation, soit pour l’alimentation animale", précise Jean-Christophe Sibileau. Discret sur les volumes achetés jusqu’à présent auprès de l’industrie laitière, l’industriel concède qu’il faudra sécuriser l’approvisionnement pour continuer à prendre des parts de marché au rayon crémerie. "Jusqu’à présent, nous avons deux ou trois fournisseurs, en France et en Belgique", dévoile Jérôme Stein, en précisant que St Hubert travaille à la structuration d’une filière pour sécuriser ses approvisionnements en babeurre.
Lutte pour ramener la TVA à 5,5 %
En parallèle, les dirigeants de St Hubert mènent un combat avec le législateur français, pour obtenir le même taux de TVA que l’ensemble des produits alimentaires en France, soit 5,5 %. "Le taux de TVA de la margarine a été fixé dans les années 60 pour protéger les éleveurs laitiers", rappelle Jean-Christophe Sibileau, en soulignant que les seuls produits alimentaires taxés à hauteur de 20 % sont le caviar et la margarine. "Sur une margarine à 2,2 €, le prix pourrait être ramené à 1,7 €", illustre le dirigeant, en rappelant que le poids carbone des matières grasses végétales est trois fois moins élevé que celui issu des produits laitiers.