« Cela n'intéresse pas les Français d'acheter français, mais ça pourrait changer ! » John Persanda en fait le pari : convaincre les consommateurs de l'Hexagone d'adopter les codes d'un patriotisme économique aux racines anglo-saxonnes. Passé par le commissariat à l'énergie atomique, John Persanda a démarré l'aventure SPhere en Haute-Normandie à la fin de la décennie soixante-dix après onze années passées au sein du groupe Shell, « qui était encore une entreprise familiale à l'époque ! », souligne l'homme d'affaires.
Opportunisme ou stratégie industrielle ?
Aujourd'hui il règne sur un groupe qui emploie 1.300 salariés à travers treize usines en Europe dont six en France qui assurent près de 70 % de sa production totale. Producteur à façon de sacs et de films plastiques pour des marques distributeurs, le groupe est aussi connu en France à travers sa marque propre, Alfapac. En s'affichant en janvier dernier dans les médias en marinière, le patron de SPhere a fait un clin d'oeil à l'histoire d'un groupe fondé sur des « relocalisations ». Opportunisme ou véritable stratégie industrielle ? « Notre usine au Danemark était trop petite » ; les installations seront rapatriées en France. « En République Tchèque ? Il était impossible de faire évoluer le site avec ceux qui étaient là », estime le P-dg, invoquant des blocages idéologiques. Quant à l'Italie du sud, « on ne pouvait pas contrôler l'usine... » Résultat des courses, le groupe emploie aujourd'hui 700 personnes en France : 240 en Haute-Normandie, 100 dans le Pas-de-Calais (Jet'Sac), 200 en Meurthe et Moselle (Schweitzer) et une centaine en Haute-Loire répartie sur deux sites. Le groupe, « leader en Europe », revendique jusqu'à 60 % de parts de marché en France, pays qui assure 70 % de sa production européenne . Mais alors, pourquoi produire en France quand l'essentiel de ses concurrents se sont tournés vers l'Asie ? « Le 1 e r atout, c'est la possibilité d'un amortissement dégressif à 100 % sur trois ans ! », explique John Persanda. Ensuite, c'est la qualité des personnels que loue le chef d'entreprise : « la technicité de nos employés ainsi que leur volonté de se mettre au niveau explique notre succès ». Essentiel pour un groupe qui fonde sa réussite sur l'innovation, comme avec les sacs poubelles à liens coulissants (1987), les sacs congélation à fermeture pression (1988) ou encore les sacs biodégradables et compostables à partir de 2005, date charnière dans l'histoire du groupe qui coïncide avec le rachat de l'Allemand Biotech et de son portefeuille de près de 200 brevets.
100 % de biodégradable à l'horizon 2020
En France, c'est en Haute-Normandie à Ouville-la-Rivière près de Dieppe que se développe la R & D du groupe. « Ce sont nos deux plus anciennes usines », explique le dirigeant. Sur le site PTL (Plastique et Tissage de Luneray), le groupe produit notamment des sacs de nouvelle génération à base de composants végétaux, essentiellement des fécules de pomme de terre (3.000 tonnes traitées chaque année) et demain de la canne à sucre. « Mais la transformation en bioplastiques est très complexe », rappelle John Persanda. « Biotech le faisait depuis quinze ans et n'avait pas vendu un gramme lorsque nous les avons rachetés en 2005 ! » La gamme « Vegetal origin » de SPhere, qui compte aujourd'hui pour 15 % du chiffre d'affaires du groupe, représente néanmoins l'avenir, estime son P-dg qui vise « les 100 % d'ici 2020 ». La production est tellement spécifique que le groupe met au point ses propres machines. PTL teste actuellement en Haute-Normandie une extrudeuse expérimentale qui vise à termes « à s'affranchir du polyéthylène et de tout additif issu du pétrole », explique son directeur général, Benoît Alaux. « Et aujourd'hui, nous sommes les seuls à travailler là-dessus », assure le dirigeant.
Guillaume Ducable
emballage. En posant dans les médias en marinière, façon Arnaud Montebourg, le P-dg de SPhere John Persanda a rappelé que l'on pouvait produire en France et rester compétitif sur son marché.