La fermeture de la raffinerie de Reichstett mi-2011 aurait pu avoir des conséquences désastreuses sur la pérennité de l'usine Soprema, au Port du Rhin, à Strasbourg. Le spécialiste de l'étanchéité (parmi les trois leaders mondiaux de son secteur) perdait là sa principale source d'approvisionnement en bitume, matière première des membranes d'étanchéité produites sur le site. 100 emplois directs et 200 indirects étaient en sursis. Pourtant, au lieu de baisser les bras ou d'envisager une délocalisation de la production, le président du groupe familial, Pierre-Étienne Bindschedler, a retroussé ses manches pour résoudre cette problématique.
« Notre accès au fleuve nous a sauvé »
La solution est venue du fleuve. Le nouveau poste de dépotage, opérationnel depuis fin 2012 et que l'entreprise a inauguré début juin, lui permet désormais de faire venir le bitume de zones géographiques beaucoup plus éloignées, depuis la raffinerie de Godorf en Allemagne notamment. Soprema est ainsi la première usine en Europe à transporter son bitume par barge pour alimenter directement ses installations. « Mon grand père avait été bien avisé de choisir ce site pour implanter l'usine, en 1968. Sa multimodalité, avec le branchement ferroviaire, l'accès routier et fluvial lui avait plu. Cela nous a sauvés », souligne Pierre-Étienne Bindschedler, qui salue la mobilisation conjointe de l'ensemble des acteurs socio-économiques et des pouvoirs publics régionaux dans ce projet dénommé Calypso. « Grâce à leur action concertée, l'affaire a pu être bouclée en moins de deux ans », se félicite le président.
Un chantier à 2,1 M€
L'investissement total s'élève à 2,1 M€. Maître d'ouvrage de ce chantier, le Port autonome de Strasbourg en a financé plus de la moitié. Le solde a été financé grâce aux subventions allouées par la Cus, le Conseil général du Bas-Rhin et le Conseil régional d'Alsace. L'ouvrage est donc mis à disposition de Soprema qui versera au Port autonome une redevance d'1,2 M€ répartie sur trois ans correspondant au montant investi. L'outil pourra, au besoin, être utilisé par d'autres usagers du port. Ces travaux ont considérablement modifié le paysage de l'usine qui a dû mettre en place un système de tuyauterie imposant afin d'acheminer le bitume chaud déversé par les barges vers une cuve de stockage d'une capacité de 2.000 m³. La modification des sources d'approvisionnement a également imposé à l'équipe de R & D (50 personnes dont 25 au siège) de revoir la formulation des produits pour garantir une constance dans la qualité malgré des bitumes différents.
Une alternative durable
L'opération a enfin un impact environnemental fort. 24.000 tonnes de bitumes transiteront désormais par barges jusqu'à l'usine, remplaçant les quelque 1.200 camions-citerne qui approvisionnaient le site à l'année. Cela permet à l'usine de diviser quasi par deux ses émissions de gaz à effet de serre et de réduire quasi de moitié son impact carbone. Une satisfaction pour Soprema qui fait du développement durable un atout différenciateur sur son marché. L'entreprise cherche aujourd'hui à s'émanciper des énergies fossiles. Un vaste programme entamé il y a deux ans vise à faire passer de 90 % à 65 % la part de produits pétrosourcés dans ses solutions. 20 M€ sont investis pour y parvenir, d'ici à 2015. « Nous lançons un premier produit dont le liant est végétal. Ses performances semblent sans commune mesure avec nos solutions existantes. Sa longévité est exceptionnelle », s'enthousiasme Pierre-Étienne Bindschedler, qui espère que ses concurrents travaillent aussi sur la question. Une filière est à créer, des volumes doivent être atteints pour que ces technologies d'avenir, très chères, soient un jour accessible au plus grand nombre.
Soprema
(Strasbourg) Président : Pierre-Étienne Bindschedler 5.100 personnes dont 400 personnes à Strasbourg 25 sites de production CA 2012 : 1,482 Md€ 03 88 79 84 00