Oseriez-vous réserver un billet pour la Corse cet été sur les lignes de la SNCM ? L'annonce le 12 mai dernier du débarquement de Marc Dufour, président du directoire, a fait l'effet d'une bombe. Le jour même, les réservations de la compagnie desservant la Corse s'effondraient de 60 % ! Menaces de redressement judiciaire, voire de liquidation... L'insubmersible SNCM pourrait couler cette fois-ci sous les torpilles de Transdev, son actionnaire majoritaire. Explications... Une amende colossale de 440 millions d'euros pourrait bien entraîner la SNCM par grands fonds. Par deux fois, en 2013, Bruxelles a tiré sur la SNCM. En mai, l'Europe a sanctionné les aides perçues par la compagnie publique lors de sa privatisation en 2006 au titre de la recapitalisation. Puis, en novembre, une deuxième salve européenne a été lancée. Bruxelles exigeant le remboursement de 220 M€ d'aides perçues par la compagnie au titre d'un service complémentaire... pourtant effectué. Comment sortir la SNCM de cette mauvaise passe ? Transdev, actionnaire majoritaire avec 66 % des parts (détenues à parité par Véolia et la Caisse des dépôts et Consignation), propose une solution radicale : tirer le rideau.
Dépôt de bilan ?
Le P-dg de Veolia, Antoine Frérot, a tout simplement préconisé le dépôt de bilan. Il suffit que Transdev inscrive cette provision au bilan de la SNCM pour que l'entreprise se retrouve aussitôt en cessation des paiements et la future délégation de service public suspendue de fait. « En aucun cas nous ne saurions accepter le scenario destructeur du P-dg de Véolia et peut-être déjà en préparation par le groupe Transdev. Seule la mise en "procédure collective de sauvegarde" correspond à leur demande cynique de "mise sous protection du tribunal de commerce », commente le syndicat CFE-CGC de la SNCM. Dans une lettre ouverte au secrétaire d'État aux Transport datée du 23 mai, le syndicat des cadres demande si Transdev n'a pas entrepris des démarches concrètes en préparation d'un démantèlement de la SNCM. « L'actionnaire majoritaire a eu des mots durs vis-à-vis de la SNCM mais il fallait régler un mode de fonctionnement assez baroque », commente-t-on en "off" dans l'entourage du secrétaire d'État au Transport, Frédéric Cuvillier, quelques jours après sa rencontre le 16 mai avec le commissaire européen à la Concurrence, Joaquin Almunia. De cette visite à Bruxelles, rien de concret n'est ressorti. « Il faudra attendre la décision des recours engagés par l'État français », précise le secrétariat d'État aux Transports. Visiblement, Bruxelles ne transige pas. Face au désaccord grandissant entre l'équipe dirigeante et la stratégie de l'actionnaire, Transdev a décidé de mettre un terme au mandat de l'équipe en place sous le regard impassible des représentants de l'État qui se sont abstenus lors du vote au Conseil de surveillance du 12 mai. « Il ne s'agit ni d'un vote de défiance ni d'un vote d'indifférence à l'égard du directoire, mais il était important de mettre un terme à la quasi-paralysie qui menaçait la société », s'est défendu le secrétariat d'État aux Transports. Encore actionnaire à hauteur de 25 % de la compagnie, l'État assure « tout mettre en oeuvre depuis deux ans pour régler les problèmes de trésorerie et trouver une solution d'avenir » pour les 2.500 salariés de la SNCM. Toujours est-il qu'au lendemain de la mise à l'écart de Marc Dufour, le groupe norvégien Siem qui s'intéressait depuis plusieurs mois à la compagnie a jeté l'éponge.
Arrivée de "Véoliens"
Un nouvel épisode de cette histoire à rebondissements devrait s'écrire le 28 mai prochain avec la nomination d'une nouvelle gouvernance et l'arrivée de vrais "Véoliens" censés présenter une "énième" stratégie. Un plan à long terme reposant sur la commande de quatre cargos mixtes à propulsion GNL. Par quel coup de baguette magique une compagnie au bord du dépôt de bilan peut-elle acheter des navires neufs ? En début d'année, l'État s'est engagé à trouver une solution pour financer les deux navires (et deux options) dont la valeur unitaire avoisine les 170 M?. Puis une lettre d'intention a été signée en mars dernier entre la SNCM et le chantier STX à Saint-Nazaire. Le montage financier devait être présenté au plus tard en avril. Malgré ce retard, le gouvernement assure que « le rapport de la Caisse des dépôts de la Bpi devrait être rendu dans quelques semaines ». Si la commande des deux premiers navires n'intervient pas fin juin, la saison risque fort d'être compromise. La patience des syndicats a ses limites. Finalement, une seule chose semble acquise, à savoir le pacte social accepté en décembre 2013 par les salariés et prévoyant le départ de 500 personnes. D'ores et déjà, des salariés ont posé sac à terre. La CFE-CGC voudrait avoir l'assurance de la part de l'État qu'il n'y aura pas de départs contraints et le maintien des lignes vers la Corse au départ de Nice Marseille et Toulon et le Maghreb avec une flotte à huit navires.
Après le débarquement de son président Marc Dufour, quelles chances reste-il à la SNCM de rester à flots ? L'Europe lui réclame des centaines de millions d'euros et l'entreprise est menacée de redressement judiciaire.