Sinay poursuit son offensive dans la donnée maritime. Après Open Ocean et Safecube, la société caennaise vient de finaliser sa troisième acquisition en trois ans avec le rachat du britannique Maritrace, basé à Londres. L’entreprise, qui emploie cinq salariés, est spécialisée dans le tracking de navires et dispose d’un portefeuille d’environ 80 clients répartis dans une vingtaine de pays. Pour Sinay, cette opération vient compléter une plateforme construite en plusieurs étages. L’entreprise agrège des données maritimes publiques et privées - météo, position des navires, biodiversité, qualité de l’eau ou données acoustiques - avant de les traiter pour les rendre exploitables par ses clients.
"La donnée brute en soi ne vaut pas grand-chose. Il faut la transformer avec des modèles en informations utiles", résume Yanis Souami, dirigeant fondateur de Sinay. "Notre objectif est de construire une plateforme maritime de bout en bout pour les opérateurs en mer capable d’adresser tous les marchés sur les aspects environnementaux et opérationnels", explique le fondateur.
L’acquisition de Maritrace apporte une brique supplémentaire
Maritrace apporte à Sinay une expertise plus poussée dans le suivi des navires, notamment auprès d’armateurs, de sociétés de sécurité et d’assureurs. L’entreprise britannique s’est aussi positionnée sur des sujets devenus très sensibles, comme les risques de piraterie ou de guerre. Une clientèle nouvelle pour Sinay, notamment du côté de l’assurance.
Depuis 2022, le volume de données collectées et agrégées par Sinay a été multiplié par quatre, passant d’environ 295 à 1 200 téraoctets. Avec Maritrace, Sinay renforce aussi son internationalisation. L’acquisition permet de conserver une équipe basée au Royaume-Uni, tout en travaillant sur les synergies commerciales et technologiques avec la plateforme Sinay.
Objectif : 50 millions d’euros de chiffre d’affaires
Fondée à Caen en 2008, Sinay emploie aujourd’hui environ 120 salariés, compte plus de 200 clients dans une vingtaine de pays et réalise près de 11 millions d’euros de chiffre d’affaires. La société, accompagnée par des fonds d’investissement spécialisés dans l’impact et la technologie des océans basés en France, aux États-Unis et à Singapour se positionne sur un marché encore très fragmenté. Selon Yanis Souami, les trois secteurs ciblés par Sinay - la pêche, le fret maritime et la construction offshore - représentent environ 75 milliards de dollars.
"Pour atteindre une certaine taille critique, il faut agréger un certain nombre d’acteurs qui se sont spécialisés sur un domaine particulier", estime-t-il. C’est tout le sens de la stratégie d’acquisitions engagée par Sinay. "On pense que sur un marché fragmenté, c’est une bonne manière de consolider. Or nous avons cette capacité à devenir l’acteur qui consolide l’écosystème", affirme Yanis Souami.
L’entreprise indique que d’autres cibles potentielles sont à l’étude, sans en dévoiler davantage. Sinay envisage entre cinq et huit acquisitions dans les cinq prochaines années. À moyen terme, la société veut changer d’échelle. "Demain, on pense pouvoir atteindre 20 puis 50 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec de la croissance organique et internationale, et des acquisitions", avance Yanis Souami, qui vise cet objectif d’ici cinq ans.