«J'étais hier en Tunisie et je serai la semaine prochaine en Algérie.» Richard Michel ne part pas très souvent en vacances... Ses déplacements, il les fait au titre de gérant du groupe familial Sico. «Nous voulons augmenter la part d'export pour les produits que nous vendons sous nos propres marques via l'entité Guisarme.» L'export représente aujourd'hui près de 13% du chiffre d'affaires du groupe et il voudrait l'amener à40% dans les cinq ans. Déjà présente à Madagascar, en Belgique, Suisse, Turquie, Pologne et au Maghreb, Sico vise le Moyen-Orient et va créer de nouvelles gammes pour ces pays. Sico, ce sont deux entités principales. Guisarme fabrique des produits clés en main sous les marques Puck, King et U2 pour des grossistes qui revendent aux collectivités, hôpitaux, cafés-hôtels-restaurants,etc. Sur ces marchés, Guisarme est le leader des aérosols d'entretien. L'autre entité, Ucra, qui représente 60% du chiffre d'affaires du groupe, fabrique en marque blanche des aérosols et liquides pour des industriels de la cosmétique, de l'entretien, de l'automobile,etc. Dans le catalogue de Sico, on trouve: des nettoyants de moquettes ou pour Inox, des lubrifiants, décapants, dégraissants, des peintures, des imperméabilisants, des insecticides, des regonfle-pneus, des désinfectants bactéricides, des déodorants corporels, des mousses à raser, des shampoings pour animaux, des répulsifs... Sico ne fabrique ni la matière première ni les emballages. Par contre, c'est elle qui élabore les formulations et qui conditionne les produits.
Contraintes réglementaires
L'entreprise compte notamment un service de quatre personnes pour le suivi des réglementations. Richard Michel se dit très attaché à suivre les législations, quitte à perdre des marchés face à des concurrents moins scrupuleux. La réglementation Reach notamment ne semble pas appliquée, selon lui, aussi méticuleusement dans d'autres pays européens. Les réglementations européennes concernant les biocides, incluant notamment les pesticides et les désinfectants, sont devenues tellement strictes que Richard Michel envisage de se regrouper avec des clients, voire avec des concurrents, pour défendre des formules sur le plan réglementaire. Et Sico est toujours à l'affût de solutions. «Nous avons fait un énorme travail d'adaptation sur les biocides. C'est très contraignant car tous les produits ont été surclassés, de normal à nocif, et de nocif à toxique. On fait un effort pour suivre les réglementations pointues. Nous assurons d'ailleurs à nos collaborateurs et clients une formation régulière sur ces sujets.» La diversité des secteurs sur lesquels Sico est présente lui permet de compenser les surcoûts engendrés.
Rester maître du marché
Sico a d'ailleurs toujours su évoluer malgré les difficultés. Quand le père a voulu acheter une licence pour développer le pesticide DDT après la Seconde Guerre mondiale, il se l'est vu refuser en France. Il est alors parti acheter une sous-licence aux États-Unis... Puis l'entreprise se lance dans la droguerie, mais le secteur s'est effondré. Elle s'est alors tournée vers les collectivités pour vendre ses désherbants et insecticides. Quand son frère meurt dans un accident d'avion, son père est effondré. Richard Michel n'a que vingt ans mais laisse tomber ses études et reprend les rênes de l'entreprise. En 1974, il rachète dans le Calvados la société Dexico, la redresse, puis la revend car la partie commerciale avait été vendue à part. Il mettra sept ans à payer ses dettes et avoue «avoir appris une leçon»... C'est pour ça que dans les années 80, il a trouvé un marché pour vendre ses produits sous ses propres marques et directement, sans être en concurrence avec ses clients. Et il a pour règles de ne jamais avoir un client qui représente plus de 10% de son chiffre d'affaires, «sinon on n'est plus maître du marché». C'est aussi cet esprit d'entreprise qui a poussé Richard Michel à construire son troisième site de production dans l'Ain, où «les demandes d'autorisation Seveso avancent plus vite qu'en Isère»... Savoir rebondir, c'est aussi ce que l'entreprise a prouvé en 2002 quand son usine de Saint-Égrève a partiellement brûlé. «C'était peu de temps après l'accident d'AZF à Toulouse... Tout le monde était très prudent, il nous a fallus 18 mois pour obtenir l'accord de redémarrage. Mais nos clients, fournisseurs et banquiers nous ont soutenus. Nous sommes une entreprise solide, avec 400.000€ de bénéfices, dont les trois quarts réinvestis depuis quinze ans. Il n'y a pas de secret...»
Entreprise familiale et septuagénaire, Sico formule et conditionne des produits liquides et aérosols pour l'industrie. Ayant su évoluer au fil des réglementations et des marchés, elle continue à innover et à investir, notamment avec la construction d'une nouvelle usine dans l'Ain. Anne-Gaëlle Metzger