Suite à une plainte de riverains, le tribunal administratif de Rennes à suspendu les travaux de votre station à Saint-Pol de Léon. Que s'est-il passédepuis? Nous attendons une date pour l'audience de fond. On espère que ce sera rapide et positif. Nous en appelons aussi à la responsabilité des gens qui ont déposé la plainte pour qu'il la retire. Il y a beaucoup d'enjeu, beaucoup de conséquences économiques majeures. Derrière ce dossier, beaucoup d'emplois ne se voient pas.
C'est-à-dire?
Avec cette station de conditionnement et celle, prévue avec une construction en décalé, de Plouescat, nous revoyons tout notre mode de fonctionnement: informatique, puces RFID, normes de traçabilité. Des sociétés d'informatiques travaillent depuis un an et demi sur le sujet. D'autres mettent au point la technologie RFID depuis un an. Tout ce travail fait en amont avait pour objectif d'être opérationnel à la mise en route des stations, fin 2012, début 2013. Que devient tout ce travail d'innovation, de nouvelles technologies, si la station ne se fait pas? Il y avait des commandes concrètes à passer qui sont suspendues. Pour certaines des entreprises du bâtiment, entre les deux stations, l'agrandissement de la partie salade à Kerisnel, le site de Plouénan et le pôle multimodal à Morlaix, c'était quatre ans de travail. Le chantier s'arrêtant, les gens viennent de découvrir qu'il y avait quand même 200 personnes à travailler dessus. Au total, c'est une dizaine de sociétés qui est concernée.
Vous dites qu'il y a un effet domino sur les autres investissements prévus, pourquoi?
Si on nous attaque sur la loi littorale sur la station de Saint-Pol. On se pose des questions sur la loi littorale sur la deuxième, à Plouescat. C'est un coup d'arrêt au maillon essentiel du projet logistique. Ça hypothèque tout le reste. Si on ne peut rationaliser la jonction entre nos stations et la plateforme multimodale de Morlaix, on ne va pas valoriser tout le travail que l'on fait. C'est parce qu'il y a les stations que le flux de marchandises est optimisé. La pertinence économique du projet (l'investissement de 100M€ sur trois ans, NDLR), c'est tout ça consolidé. Par ricochet, l'agrandissement de la partie salade à Kerisnel est aussi compromis, comme le déménagement des artichauts et donc celui d'Agrival à Plouénan pour la valorisation des coproduits. Il y a des conséquences lourdes et compliquées qu'on n'est pas capable de mesurer aujourd'hui.
Pourquoi ne pas faire cette station à Landivisiau?
La majorité des agriculteurs livrent en tracteurs! En Bretagne, ma zone de production est la zone littorale. Il est évident qu'il faut faire les stations en zone de production. Toute cette évolution logistique, ce n'est pas pour en arriver à faire les stations à Landivisiau. Il n'y a pas de pertinence économique. Les producteurs ont déjà consenti à des efforts pour livrer un peu plus loin. Ce n'est pas simple de trouver un terrain qui soit assez central et de 20ha!
C'est justement la loi littoral qui pose problème. Auriez-vous pu faire différemment?
Notre dossier est pertinent. D'ailleurs personne ne vient nous dire que c'est un mauvais projet. Pas même les opposants. Nous sommes dans la loi. Après, on se trouve en zone interprétative de la loi littoral. Une loi faite pour protéger les agriculteurs. Si on en arrive à geler leur avenir en empêchant de construire leur propre entité agricole, on est dans l'absurdité la plus totale.
Et les riverains?
Il y a eu des rencontres, des discussions, un accord pour que le propriétaire récupère des terres autour. On nous a reproché de ne pas avoir expliqué les dossiers. Mais on a rencontré les maires avant, vu les journalistes, évoquer le projet en assemblée générale... Cela a été mis sur la place publique. Je pense que l'opinion publique ne mesure les conséquences économiques qu'après-coup, quand on perd le dynamisme sur le territoire. Quand on explique, ça ne crée pas beaucoup de débat. Et après, quand on le fait, on nous dit qu'on fait du chantage. Il ne s'agit pas de laisser faire n'importe quoi, les règles et les lois doivent être respectées. Mais décourager les entrepreneurs de mettre en oeuvre des projets, c'est dangereux. Car si nous n'évoluons pas, à terme, nous sommes condamnés.
Production agricole. Les travaux de la nouvelle station de la Sica de Saint-Pol ont été suspendus par référé du tribunal administratif. Une catastrophe pour l'économie locale, selon Jean-François Jacob, secrétaire général de la coopérative. Entretien.