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Si j'étais président.. : Les mesures clés de trois dirigeants azuréens
Alpes-Maritimes # Politique économique

Si j'étais président.. : Les mesures clés de trois dirigeants azuréens

Pierre Ippolito d'Azur Trucks, Philippe Berodias de Bougie et Senteur et Matthieu Vergé-Salamon d'ASM ont accepté de s'imaginer quelques instants dans le fauteuil du président de la République et de livrer les mesures phares de leur programme en faveur de l'économie et des entreprises.

Moins d'impôt pour les PME

Pierre Ippolito est le dirigeant du groupe familial Azur Trucks (Villeneuve-Loubet), spécialisé dans la vente, la location et la maintenance de poids lourds et véhicules utilitaires (400 personnes / 90 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2016)

Flexibilité du droit du travail : « Nous sommes dans une activité de prestation de services qui suppose beaucoup de main-d’œuvre. Or lorsqu’un collaborateur ne donne pas satisfaction, il reste difficile de s’en séparer. En cause, les lourdeurs administratives et les risques encourus si l’on passe devant les Prud’hommes. Car même si l’employé est en tort, il a de grandes chances de gagner grâce à un vice de procédure quelconque. Il serait temps qu’on se concentre un peu plus sur le fond que sur la forme et qu’un plafonnement des indemnités en cas de licenciement avec un baromètre précis soit enfin arrêté. L’employeur est aujourd’hui dans le flou, il ne peut pas provisionner faute de jurisprudence claire sur le sujet. »

Défiscalisation des heures supplémentaires : « C’était une bonne mesure qui permettait, en fonction de la saisonnalité, de gagner en flexibilité. L’employé défiscalisait, donc ne rechignait pas à faire des heures supplémentaires. L’employeur, lui, les revendait aux clients. On était dans un processus gagnant-gagnant. Ce n’est plus le cas. »

Réduction de l’impôt sur les sociétés (IS) si le résultat est réinvesti dans l’entreprise : « En tant que PME familiale, Azur Trucks ne reverse pas ou peu de dividende, le résultat étant réinvesti dans l’outil de travail. Beaucoup de PME adoptent ce système-là, vertueux et qui crée de la richesse. Pourtant, toutes payent un IS fort, alors que les grands groupes, parce qu’ils optimisent, payent un IS plus faible. Réduire cet impôt quand le résultat est réinvesti dans l’entreprise rendrait les PME plus compétitives et leur permettrait peut-être de se transformer plus facilement en ETI. »

Réduire la voilure

Matthieu Vergé-Salamon a repris en 2010 le bureau d’études sophipolitain ASM, spécialiste de la conception de machines spéciales industrielles (25 personnes/ 3,8 millions d'euros de CA en 2016)

Réduire le poids de l’Etat dans l’économie : « En France, 57% de l’économie est gérée par l’Etat qui n’est pas le meilleur gestionnaire qui soit. Au contraire. La première chose à faire est, selon moi, de réduire la voilure, et donc la fonction publique. Il y en a trop, et cela mène à des inepties. Par exemple, lorsque nous avons déposé il y a trois ans notre permis de construire, nous avons vu 43 personnes différentes, et ce pour construire 800 m² sur un terrain de 5.000 m² à Sophia. Nous ne sommes pas Seveso, ni même considérés comme industriels. C’est totalement délirant. »

Un contrat de travail unique : « J’ai dernièrement embauché trois apprentis pour mes deux sociétés. Aucun des trois n’a le même salaire, ni le même modèle de charges. Où est la cohérence, la simplification ? Il faudrait mettre un grand coup de balai dans ce système et faire un contrat de travail unique, englobant le public comme le privé et avec le même taux de charges ».

Pousser l’économie à l’école : « Quand je vois le niveau moyen des lycéens en économie, qui ne savent même pas ce qu’est une société ou la différence entre le chiffre d’affaires et la marge, je me dis qu’il serait temps de revoir les programmes, rendre certaines matières optionnelles pour forcer l’économie. La finalité des études, c’est quand même d’avoir un métier ».

La CFE pénalise l'industrie

Philippe Berodias est le dirigeant-fondateur en 2000 de Bougie et Senteur à Grasse, spécialisée dans la production à façon de bougies parfumées (9 personnes/ 1,9 millions de chiffre d'affaires en 2016)

Revoir la Contribution foncière des entreprises (CFE) : « C’est un sujet peu connu des chefs d’entreprise, je l’ai moi-même découvert suite à une erreur de l’administration. Lorsque l’entreprise a emménagé sur la zone AromaGrasse, elle a été enregistrée dans la catégorie négociant. J’ai donc payé la CFE sur cette base. Un an plus tard, j’ai démarré des travaux de rénovation et donc déclaré une activité industrielle. J’ai alors payé une CFE 2,3 fois plus élevée que l’année précédente. Pour le même bâtiment ! Ce qui revient à dire qu’un commerçant qui vend des bougies made in China paye moins qu’un industriel qui fabrique ici et crée de l’emploi. Cherchez l’erreur ! Le calcul de la CFE est d’une opacité pas possible. Il faudrait supprimer cet impôt ou, à minima, l’uniformiser et pourquoi pas le calculer sur la valeur ajoutée. Faire quelque chose de simple, calculable et équitable pour tous. Car, aujourd’hui, il pénalise l’avenir des industriels en freinant les investissements. »

Le doublement des effets de seuil : « Dans ma vie de banquier puis de chef d’entreprise, j’ai vu un nombre incommensurable d’entreprises de 49 salariés. Ce n’est pas un hasard, la marche à franchir est trop haute, trop contraignante, alors on la contourne en créant des filiales, en embauchant des apprentis, des intérimaires... Le jour où j’embaucherais un salarié supplémentaire, mon besoin en fonds de roulement augmentera de 20.000 euros sur l’année car je serais dans l’obligation de payer les charges tous les mois et non plus tous les trimestres. C’est un exemple anecdotique, qui ne prend pas en compte la mise en place des délégués du personnel etc., mais qui illustre pourquoi les entreprises françaises ne grandissent pas. »

Un décret français ne peut être plus fort qu’une norme européenne : « Dans le domaine des bougies parfumées, l’Europe préconise un certain nombre de normes comme l’affichage de picto sur les packaging des produits. A l’industriel de choisir de les appliquer ou pas. C’est de sa responsabilité. Mais, que fait le gouvernement français ? Il fait passer ces normes facultatives obligatoires. Et après on crie à l’ingérence européenne ? Ici, en l’occurrence, c’est la France qui veut laver plus blanc que blanc. Et c’est comme ça dans le bâtiment, l’agriculture, les services... Sous prétexte de vouloir montrer l’exemple, on nous handicape. On en fait trop. La réglementation est devenue un poste insupportable et incohérent. »

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