Une ferme au carré à l'esprit loft perdue à la frontière belge... L'endroit se veut discret. Volontairement. Seule une rangée de véhicules trahit le fait qu'il s'y passe forcément quelque chose ce soir-là. Difficile d'imaginer qu'ici se croisent les plus grands chanteurs. Et pourtant... Cock Robin a joué la première partition en novembre 2011. Suivi de Calogero, Bertignac, Aaron, Nadeah... Nous sommes au domicile de Cédric Pollet, un industriel nordiste qui a réussi dans les affaires et consacre désormais une partie de son temps à une passion commune avec sa femme : la musique.
Une centaine de convives
Le maître des lieux se fait aussi maître de cérémonie. Huit fois par an, il organise un concert privé pour une centaine de convives triés sur le volet, des entrepreneurs de tous horizons : chefs d'entreprise, cadres, médecins, chirurgiens, mélomanes avertis, etc. Le concert a lieu chez un membre ayant l'espace pour recevoir ce public et la technique digne d'un Zénith. Pour faire partie du réseau baptisé « The show must go Home », il faut montrer patte blanche, être coopté, verser une cotisation annuelle de 50 euros et contribuer à hauteur de 120 à 180 euros par soirée, cocktail dînatoire inclus. Ils sont actuellement 600 membres. « C'est un Facebook pas virtuel qui ne dépassera pas les 800 membres. » Le réseau reste donc ouvert. « Ces concerts privés ne sont pas réservés aux oligarques russes ni à une élite. Je veux qu'ils restent abordables », confie notre hôte. Lui-même fan de Michel Berger, Cédric Pollet aime aussi accueillir des fans de la première heure de tous ces artistes. « Le jour de mes 39 ans, j'ai eu envie d'offrir un moment privilégié à mes amis. » Ainsi a commencé l'idée. Sur scène, ce soir-là, Michel Delpech, en première partie, suivi de Murray Head sont très attendus. Au piano, c'est Alain Lanty. Les groupies se tiennent prêts. The show must go on ! C'est parti pour trois heures de folie. Les artistes décontractés viennent ici se faire plaisir, loin des codes des concerts conventionnels. « C'est un peu leur récréation. Certains viennent en résidence au vert ou tester leurs nouvelles chansons », explique un initié.
Connexions Pause. Dans la salle, chacun discute librement. On se retrouve sans barrière à échanger avec le directeur de l'Olympia, Arnaud Delbarre dont le fils Jules vient de reprendre le Splendid de Lille. L'ambiance est décontractée aussi, les gens avenants. La plupart sont des habitués, mais un tiers ne se connaissent pas en général. « L'objectif principal est la musique, le partage. Il y a un vrai brassage. Personne n'est là pour le business », souligne Cédric Pollet qui, indirectement, facilite les connexions. Ce réseau-là, qui restera informel, existe déjà à Barcelone et donnera naissance à d'autres initiatives en régions à commencer par Nice en 2013. « C'est un modèle économique qui génère du plaisir. » Et aussi parfois caritatif. Lors du concert de Louis Bertignac, une oeuvre a été vendue aux enchères au profit de la fondation Digest Science, partenaire du réseau. Prochain concert : Charlie Winston le 23 mars.
G. Bertrande et S. Mahias
Ce réseau-là n'est pas dans les annuaires. Hors des sentiers battus, il réunit pourtant des centaines d'entrepreneurs autour d'un concept inédit : le concert privé à domicile.