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Samantha Mane agrandit le terrain de jeu du groupe Mane, fabricant de parfums et arômes
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Samantha Mane agrandit le terrain de jeu du groupe Mane, fabricant de parfums et arômes

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Première entreprise des Alpes-Maritimes, le groupe Mane, installé depuis plus de 150 ans près de Grasse, est le fabricant de parfums et arômes numéro 1 en France, numéro 5 mondial mais premier indépendant. Une indépendance qui fait sa force, préservée avec passion et engagement pour servir une mission : croître et transmettre. Depuis 2025, c’est à Samantha Mane, sa présidente, représentante de la cinquième génération à la suite de son père Jean, d’écrire la suite.

Samantha Mane est la présidente du groupe Mane, leader français de la parfumerie et des arômes et numéro 5 mondial — Photo : Justine Nerini

Si le groupe azuréen Mane, fabricant de parfums et arômes, rejoint un jour le club des Hénokiens, il le devra en partie à Samantha Mane, sa présidente depuis le début d’année 2025, pour un mandat qu’elle veut inscrire dans la continuité familiale, tout en accélérant sur la parfumerie fine et l’international. À l’image de la porcelaine Revol, du groupe Bolloré ou de l’italien Beretta, le club français, très fermé, regroupe des entreprises familiales d’Europe et du Japon, nées il y a plus de 200 ans. Référence faite à Hénoch, patriarche de la Bible qui aurait vécu jusqu’à 365 ans.
L’entreprise azuréenne, elle, a vu le jour en 1871, créée par Victor Mane, cultivateur de plantes à parfum qui lance une petite distillerie. Pas encore bicentenaire donc, mais définitivement sur le bon chemin.

1,9 milliard

Une croissance annuelle à deux chiffres

Depuis sa création, son capital est détenu à 100 % par la famille Mane. "L’indépendance fait partie de nos grands principes dans la famille, confirme Samantha Mane, et de nos grands principes d’un point de vue opérationnel. Nous nous sommes toujours développés ainsi : l’expertise est locale, le réseau est global et l’indépendance non négociable."

Une indépendance chérie et conservée grâce à une croissance "soutenable et durable", à deux chiffres, qui permet au groupe de frôler les 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024. Charge à elle désormais de la renforcer en vue de retransmettre un jour, à son tour, le fleuron.

"C'est véritablement un luxe choisi d'être indépendant financièrement."

"C’est cette croissance qui nous permet d’assurer une indépendance financière. Et c’est ensuite l’indépendance financière qui fait que nous n’avons pas besoin de faire des annonces pour soutenir le niveau d’un cours de Bourse ou de redistribuer énormément de notre free cash flow (flux de trésorerie disponible, NDLR). D’un point de vue très frugal, nous avons cette possibilité de réinvestir dans l’outil de travail qu’est l’entreprise. C’est véritablement un luxe choisi d’être indépendant financièrement."

90 % de son activité à l’international

Continuer de faire briller le flambeau passe par l’international où Mane réalise 90 % de son activité. C’est un des choix stratégiques qui ont, très tôt, fait la force du groupe : être au plus proche des marchés et des besoins des clients. Mane s’est ainsi implanté aux États-Unis et au Japon dès 1956, à peine une décennie après la Deuxième Guerre mondiale.
Il a, depuis, grandement élargi son terrain de jeu en investissant sur la partie ingrédients de son activité, injectant il y a peu 20 millions d’euros dans une usine en Inde (où il est déjà très présent avec sa filiale Mane Kancor, spécialisée dans les épices) pour doubler sa "capacité de production pour toutes nos molécules captives" ou encore dans "une petite" acquisition aux États-Unis fin 2024, "avec des capacités d’extraction et des capacités de biotechnologie".
Le groupe a aussi ouvert en avril un bureau de représentation pour les parfums et les arômes à Dhaka, au Bangladesh. À très court terme, l’Arabie saoudite figure également sur sa feuille de route.

Samantha Mane connaît bien le Moyen Orient, elle était depuis 2016 directrice de la région Europe Moyen-Orient et Afrique (EMEA), la plus importante pour le groupe en termes d’activité, qui a vu son chiffre d’affaires plus que doubler sous sa houlette, et ce malgré le Covid.

"Nous voulons continuer à renforcer nos capacités de production en propre parce qu'on aime bien faire ça chez Mane, on aime bien maîtriser."

Accélérer dans la parfumerie fine

Le fil conducteur de tout cela demeure inchangé, il s’agit de "continuer à renforcer nos capacités de production en propre parce qu’on aime bien faire ça chez Mane, on aime bien maîtriser". Autant de gages d’excellence de la qualité du produit et du service au client. Mane est présent dans 40 pays, au travers de 31 sites de fabrication, 52 centres d’innovation. Le groupe investit plus de 7 % de son chiffre d’affaires dans sa R & D.

Dans cet esprit de continuité et de renforcement de ses atouts, Samantha Mane entend par ailleurs accélérer dans la parfumerie fine. Une dynamique entamée avec l’inauguration de plusieurs centres de création à Shanghai, Milan, Barcelone ou Levallois-Perret près de Paris, et avant la fin 2025 à Dubaï, où le groupe est par ailleurs présent depuis vingt ans. Les travaux d’extension du centre de New York vont quant à eux bientôt s’achever. "La parfumerie fine dans notre métier, c’est un petit peu comme le flagship (le magasin phare d’une marque, NDLR) sur une célèbre grande avenue parisienne par exemple, c’est donc extrêmement important." Mane compte 70 parfumeurs qui créent pour Calvin Klein, Armani, Gucci ou Dolce & Gabbana.

Un engagement environnemental de longue date

Il est un autre domaine dans lequel la présidente ajoutera sa "patte" : la durabilité et l’engagement environnemental, inhérent à l’activité même du groupe depuis ses premiers jours. "Maîtriser notre impact sur l’environnement, ça ne se formulait pas de la même façon, mais cela a toujours été au cœur de nos préoccupations, explique-t-elle. Là d’où on vient, au Bar-sur-Loup, nous sommes fermement installés au milieu d’un écrin de verdure, cela a sans doute joué." Et la quadragénaire de rappeler que Mane, sous la présidence de son père, a été le premier groupe de son secteur d’activité à signer le Pacte mondial des Nations Unies, "à une époque où nous n’étions pas le cinquième acteur mondial".

Le groupe Mane est historiquement implanté au Bar-sur-Loup, près de Grasse dans les Alpes-Maritimes — Photo : DR

"Mon oncle était également allé à la COP à Paris. Tout cela, ce n’est pas pour dire qu’on a ratifié tel ou tel truc en l’affichant sur un mur, mais parce que ça se vit. Nos engagements nous obligent." Ainsi dans les tout premiers jours de ses nouvelles fonctions présidentielles, Samantha Mane a intégré, aux côtés de Malongo, Décathlon ou EDF, le parcours océan de la CEC nationale, la Convention des Entreprises pour le Climat, qui se penche essentiellement sur les impacts, la vulnérabilité et les dépendances des entreprises vis-à-vis des mers et du cycle de l’eau. "Cela me paraissait important, cela me paraissait être un signal fort à envoyer sur cette année de prise de présidence, de réitérer cet engagement de longue date au travers d’un engagement nouveau et différent. Il faut démontrer que nous sommes un groupe engagé, c’est d’autant plus important pour les collaborateurs. Et c’est là-dessus aussi qu’on arrive à faire la différence puisque les gens sont en quête de sens, c’est quelque chose de clé pour le groupe."
Ce parcours s’achèvera en décembre 2025. Samantha Mane y dévoilera, comme tout participant, sa nouvelle feuille de route sur laquelle elle travaille avec Virginie Barbesant, la directrice RSE du groupe.

Une ressource humaine capitale

Au-delà de cette conviction environnementale, d’autant plus importante que les exigences en matière de naturalité augmentent dans les arômes, les parfums et les ingrédients, la RSE au sens large est un sujet prépondérant chez Mane. Ainsi l’entreprise fait des choix d’investissements "comme on dit, en bon père de famille. En tout cas, de manière prudente, afin de s’assurer qu’on ne met pas en péril, la première des pérennités qui est celle de l’emploi. Quand on était gamine et que ma mère n’était pas très contente parce que mon père travaillait beaucoup, il lui disait : "Mais tu ne te rends pas compte, j’ai la responsabilité de 1 100 familles !". À l’époque, nous n’étions pas 8 000. Mon père posait cet exemple de la responsabilité qu’il incarnait et qu’il vivait au quotidien par rapport à sa fonction. Ce n’est jamais quelque chose qu’il a fait à la légère. Ce n’étaient pas la seule question des individus, mais aussi de leur famille. Je crois que ça, c’est un des grands éléments de différenciation vis-à-vis d’une entreprise lambda."

Un vrai choix et une candidature

Sur les huit membres que compte la cinquième génération, cinq travaillent dans le groupe. Samantha Mane l’a intégré il y a 18 ans, sans "jamais avoir été forcée", précise spontanément celle qui, enfant, aimait faire du vélo autour du parc à fûts quand son père venait travailler le dimanche. Elle est l’aînée des trois filles de Jean Mane, président à partir de 1995. En 2023, celui-ci, avec les autres membres de la quatrième génération, adresse une lettre à la génération suivante, annonçant leur intention de passer le relais et interrogeant chacun sur sa volonté de poursuivre, ou non, l’aventure familiale. Sur les huit membres qui composent cette cinquième génération, cinq évoluent dans l’entreprise qui porte leur nom et leur réponse est un grand oui.

En avril dernier, dans l'Ohio, aux États-Unis, Samantha et Jean Mane inauguraient la nouvelle usine ultramoderne du groupe — Photo : Mane

Alors directrice de la région EMEA, Samantha Mane se porte candidate au poste de présidente. Adoubée par sa sœur et ses cousins, elle succède donc à son père, resté président du directoire de Mane Investissements et toujours très engagé dans le tissu économique maralpin. "Selon ma mère, j’aurais dit à mon père lorsque j’étais enfant : "Si tu es sage, un jour je viendrai travailler avec toi !", sourit-elle. Mais il est certain que de près ou de loin, je voulais avoir quelque chose à voir avec l’entreprise familiale, elle me fascinait."

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