Le lieu est un peu bruyant. Les bras robotiques s’agitent en continu pour découper, déplacer, assembler, ou encore recoller les petits copeaux de fibres de carbone. La start-up industrielle Fairmat a mis au point un procédé de recyclage des fibres de carbone entièrement mécanique. Équipés de lames, les robots découpent de fines briques de quelques centimètres de longueur et largeur, avant de les réassembler pour former une nouvelle matière, qui vise à concurrencer l’aluminium dans de nombreuses applications. Fin 2025, Fairmat avait bouclé un tour de table XXL de 51 millions d’euros pour s’industrialiser. Signe de sa montée en puissance, l’entreprise a transformé 60 tonnes de fibres de carbone en 2025. Cette année, elle devrait atteindre les 500 tonnes. Et ce ne sont pas les débouchés qui semblent manquer pour ce nouveau matériau : depuis plusieurs semaines, Fairmat multiplie les partenariats.
Des partenaires de premier plan
Fairmat doit d’abord veiller à se fournir en fibres de carbone usagées. Pour ce faire, elle se tourne vers l’aéronautique et l’éolien. Elle vient d’ailleurs d’annoncer la semaine dernière un accord avec Airbus. La start-up traite ainsi les panneaux composites provenant de pièces structurelles d’avions, en particulier des éléments d’ailes et de poutres ventrales utilisés sur les long-courriers comme l’A350.
Les fibres de carbone recyclées doivent ensuite trouver de nouveaux marchés. Depuis son lancement, la start-up ne cache pas ses ambitions de s’attaquer au marché du sport. Pas étonnant donc de la voir signer début mars avec la célèbre marque savoyarde d’équipements outdoor, Salomon (1 895 salariés dont 670 à Annecy), afin de créer des skis et snowboards en composites carbone recyclés. Elle a également signé avec la marque lyonnaise Babolat (159 M€ de CA en 2023), qui revendique être le leader mondial des sports de raquette. Une aubaine pour Fairmat, puisque, selon Business Insights, le marché des composites dans le sport, estimé à 4,7 milliards de dollars en 2023, devrait dépasser 8 milliards de dollars d’ici 2032.
"Le sport représente un secteur en croissance. De plus, il s’agit de produits avec un cycle de développement court, et de nouvelles gammes régulières qui permettent d’aller vite sur le marché", analyse Franz de Soete, DRH de Fairmat. La start-up s’est aussi rapprochée de l’américain LaunchPad O & P, afin de concevoir des semelles orthopédiques en composite de carbone.
La construction comme relais de croissance
À plus long terme, Fairmat cible la construction comme marché massif. "C’est un secteur demandeur de plus de quantité. Notre matériau peut servir d’équerre de fixation, ou de rail de placo par exemple", ajoute Franz de Soete. Les fibres de carbone possèdent aussi l’avantage d’être thermiquement isolant par rapport à l’aluminium. "C’est aussi un matériau qui ne rouille pas, ne bouge pas dans le temps, et pèse moins lourd", ajoute Claire Schune, ingénieur produit chez Fairmat.
Pour mieux adresser ce marché, la start-up travaille d’ailleurs sur un second produit, Fairboard, dont les briques élémentaires mesurent plusieurs dizaines de centimètres. "Cela offre un matériau plus robuste", poursuit Claire Schune. Fairmat mise également sur le secteur des batteries automobiles. "Ces produits nécessitent des cycles de développement plus longs", souligne Franz de Soete.
Une troisième usine bientôt opérationnelle
Fairmat dispose aujourd’hui de quatre sites. Outre son siège et laboratoire R & D à Paris, la start-up dispose depuis 2022 d’une usine à Bouguenais près de Nantes. Celle-ci regroupe 54 salariés, soit plus de la moitié des équipes de Fairmat, qui compte au total une centaine de personnes. Depuis, Fairmat a ouvert une seconde usine aux États-Unis, à Salt Lake City, et une autre en Chine. "Cette dernière est encore en rodage. Elle devrait sortir de premiers matériaux d’ici la fin de l’année", appuie Ben Saada. De là à bientôt multiplier les usines à travers le monde ? Ou plutôt à stabiliser le modèle économique de Fairmat autour de ces premiers sites ? Le dirigeant reste évasif. "Une entreprise devrait toujours être rentable, note-t-il. Nous sommes certes dans une phase où nous visons cette rentabilité, mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas sur-investir".