Salaires : Quelle marge de manoeuvre pour les dirigeants?
# Ressources humaines

Salaires : Quelle marge de manoeuvre pour les dirigeants?

Depuis 2009, les salaires ont été gelés ou ont connu des hausses très faibles. Avec une sortie de crise qui pointe, les discussions repartent. Entre hausses collectives, individuelles, et primes, obligatoires ou non, comment se positionnent les PME iséroises?

«Il n'y a pas eu d'augmentation de salaires en 2009 chez C2ei; mais en juillet2010, j'ai octroyé une hausse générale de 3%, malgré la crise, ce qui est significatif», estime Christian Madelon, dirigeant de cette PME de bobinage et transformateurs basé à Claix, qui compte 28 salariés. «Les gens étaient motivés, se sont battus, et il y a l'inflation. Mais dans cette industrie, il y a une tradition de l'augmentation générale, la même pour tous. Je pense qu'il faut aller de plus en plus vers un système d'augmentation générale avec une part individualisée. Il faut tenir compte des marges de progression, y compris à l'atelier. Je suis très content du comportement de certaines personnes, qui sont disponibles, fournissent un travail de qualité, communiquent, forment les jeunes. C'est inestimable, il faut le reconnaître, même si c'est difficile en ce moment. Car si nous sommes en sortie de crise, ce n'est pas encore le nirvana...» Cette fragilité explique en partie pourquoi les PME iséroises hésitent encore à parler de leur politique salariale. À la CGPME, on remarque «une frilosité» des dirigeants à aborder le sujet publiquement. «C'est paradoxal car ils font des efforts. Mais ils ne veulent pas que ce soit pris pour argent comptant, ne veulent pas de revendications...» Les revendications se retrouvent plutôt dans les grands groupes. Des actions ont été menées dernièrement chez STMicroelectronics, Carrefour, Eiffage construction, Yoplait... Mais à la CGPME, on ne relève pas de «conflit dur ni de grève. Il y a une petite tendance, un frémissement de reprise et donc des demandes d'augmentations salariales. Les dirigeants qui le peuvent accordent des hausses générales de l'ordre de 0,5% à 1,5% ou accordent des primes pour reconnaître les salariés qui se sont battus pendant la crise.» Anne-Sophie Girard, dirigeante de Ghume, une TPE de Meylan qui offre du conseil et de l'accompagnement en ressources humaines, reconnaît que «des salariés ont redoublé d'implication pour s'en sortir. Alors maintenant que ça va mieux, ils demandent une augmentation, un retour à la normale. Mais je conseille la prudence aux entreprises. Il faut faire un point avec son comptable, avoir un prévisionnel réaliste pour pouvoir être le plus juste possible face à la demande de son salarié.»




Garder l'esprit d'entreprise

D'autres secteurs d'activité s'en sortent mieux. Ainsi, Christian Balmain, président du groupe informatique Hardis basé à Seyssinet-Pariset, qui compte 550 salariés, n'a «jamais arrêté les hausses de salaires. On a toujours réussi à respecter cette pratique. Pour quelqu'un qui assume son poste et travaille bien, on assure l'augmentation du coût de la vie. Il y a aussi des augmentations individuelles sur des critères de disponibilité et de réussite. La philosophie de la boutique? On avance sereinement, sans exponentiel, ni à la hausse ni à la baisse.» La société Rexor, à Paladru, a dû imposer un gel des salaires pendant deux ans à ses 110salariés. Corinne Heiter, la dirigeante de cette société de production de fils et films techniques, reconnaît que «c'est frustrant quand pendant la crise les salariés font des efforts et qu'il n'y a pas de moyen de les récompenser financièrement. Mais nous avons su garder un fort esprit d'entreprise et maintenant nous pouvons dire merci!» Cette année, Rexor attribue donc une augmentation générale de 2% à laquelle s'ajoutent des augmentations individuelles «pour récompenser les efforts particuliers. Ce n'est pas un rattrapage, mais c'est un signe fort.»




Prime aux salariés

C'est dans ce contexte de reprise fragile, que le gouvernement annonce une prime obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés et versant des dividendes. Quand la CGT Isère dénonce une «mesure électoraliste» qui ne concernerait qu'une minorité de salariés, Philippe Gueydon, président du Medef Isère, parle d'un «projet néfaste pour la compétitivité de nos entreprises, et contraire à une croissance durable du pouvoir d'achat de nos collaborateurs». «Rexor pourrait être concerné. Et c'est bien de pouvoir donner quand l'entreprise fait de bons résultats, estime Corinne Heiter. C'est bien également qu'il y a des mesures pour donner une part variable une fois par an de manière défiscalisée. Mais il faut que ce soit cohérent avec la situation et la politique sociale de l'entreprise. Ce n'est pas au gouvernement de nous dire combien, quand et à qui donner!»

# Ressources humaines