«Tous les matins, un salarié sort de sa boîte - entendez de son domicile - pour se rendre dans une autre boîte - là où il travaille. Et le soir rebelote», observe Lionel Roche, avocat associé au cabinet Aklea (Paris, Lyon et Aix-en-Provence). À l'entendre, il n'y a pas de secret: pour motiver ses salariés, il faut justement les sortir de ces ?boîtes?. «Les gens se démotivent parce qu'ils ne trouvent plus de sens à leur métier. Ils font le grand écart entre ce qui les occupe à leur bureau et ce qui les intéresse chez eux.» C'est encore plus vrai des jeunes générations, nourries au biberon du développement durable, qui attendent d'une entreprise qu'elle développe une démarche citoyenne. Pour motiver ses troupes, une PME a donc intérêt à se brancher sur des canaux non-marchands, comme ceux des associations, réservoirs d'initiatives par nature porteuses de sens pour l'homme.
Mécénat de compétences
Simple et pratique, le mécénat de compétences permet par exemple à un P-dg de détacher ponctuellement des salariés auprès d'associations. «Cela prend encore plus de sens lorsqu'ils sont mobilisés dans leurs domaines de compétences. Ils se sentent alors vraiment utiles à la société», souligne François Rabasse, directeur du cabinet SENSE, spécialisé dans la RSE. Autre outil à disposition des patrons, la jeune norme ISO 26.000 évalue l'avancement en matière de RSE et permet de s'engager dans une démarche globale d'amélioration de sa performance. Pour un chef d'entreprise, c'est sans doute le meilleur moyen de montrer à ses équipes qu'il est à leur écoute. «Concrètement, cela nécessite de passer à la loupe tous les étages de l'entreprise, prévient Antoine de Gabrielli, fondateur de Companieros. Sur le plan social, il faut s'intéresser à la qualité et à la diversité des recrutements, mais aussi à la grille des salaires.» Plus généralement, de l'avis des experts, il ne faut pas oublier de communiquer régulièrement avec ses salariés, parler des objectifs comme des échecs, de façon à mieux les associer à la vie de l'entreprise. À la laiterie de Saint-Denis de l'Hôtel, près d'Orléans, la communication est reine et les leviers de motivation, multiples. «Pour moi, la rémunération n'est pas le premier facteur de motivation au travail, analyse Emmanuel Vasseneix, le P-dg. La qualité des liens entre les collaborateurs est tout aussi importante.» En vertu de cette philosophie, il redistribue par ailleurs 20 à 25% des richesses produites à ses salariés. Ces derniers reçoivent aussi une formation en économie: comment tourne l'entreprise, où est la valeur, ce qu'est une perte matière, comment l'éviter.
L'humanitaire comme outil de motivation
À la périphérie de la RSE, l'action humanitaire, souvent citée comme outil de motivation, peut dynamiser ponctuellement les équipes, selon les experts. Thierry Klein, P-dg de Speechi (logiciels éducatifs, Lille), est allé très loin dans le soutien apporté à une ONG. En 2007, il a fait don de 10% de son capital à IGPC, qui milite pour sauver les gorilles au Rwanda. «Je voulais un projet fort qui ne pénalise pas notre activité. Chaque année 10% de nos bénéfices sont reversés à IGPC, ce qui veut dire que 10% de notre temps de travail est hors économie classique. Au quotidien, ça motive!»
Face à des salariés démotivés, le chef d'entreprise peut trouver dans le développement durable un potentiel d'initiatives porteuses de sens.