« Si Saint-Étienne veut être cocue, son maire peut poursuivre sur la voie du rapprochement avec Lyon et l'Aderly ». Jean-Louis Gagnaire, vice-président de la Région en charge des affaires économiques, et député de la Loire, met clairement en garde Gaël Perdriau, maire de Saint-Étienne et président de Saint-Étienne Métropole. Il poursuit sur la métaphore du couple. « Saint-Étienne ne doit pas se jeter dans les bras de son partenaire comme un amoureux éperdu mais doit préserver son jardin secret en jouant sa propre partition. Ensemble, les deux partenaires se renforcent mais seulement s'ils savent conserver chacun leur identité ».
Une seule bannière : OnlyLyon
L'objet de son avertissement : l'annonce courant février du repositionnement de Saint-Étienne, Vienne et Bourgoin-Jaillieu en matière de marketing territorial, et le rapprochement programmé entre les deux agences de développement économique lyonnaise (Aderly) et stéphanoise (Adel42). Les quatre membres du Pôle métropolitain ont ainsi décidé de communiquer à l'international sous la bannière unique d'Onlylyon. Concrètement, cela signifie que sur les salons, les missions de prospection ou les réceptions de délégations étrangères par exemple, les quatre partenaires afficheront désormais la même banderole et le même logo, celui d'OnlyLyon. « Il est évident que Lyon a une visibilité beaucoup plus large que Saint-Étienne. Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt : un Chinois va éventuellement connaître Lyon, mais sûrement pas Saint-Étienne ou Vienne... », assure Gaël Perdriau. Il balaie d'un revers de main les doutes du député stéphanois (PS). « Je préfère un stand, dans un salon, qui attire du monde même s'il est aux couleurs d'OnlyLyon, qu'un stand vide à l'effigie de Saint-Étienne ». Côté Lyonnais, on affiche la même logique de gagnant-gagnant. Grâce à cette alliance avec ses voisines, Lyon se rapprocherait enfin de cette fameuse taille critique nécessaire pour entrer dans le ghota des dix plus grandes agglomérations européennes. Compétences élargies, disponibilités foncières plus vastes..., OnlyLyon nouvelle version se veut encore plus attractive. Ce mariage marketing, pour l'international, entre Lyon, Saint-Étienne, Vienne et Bourgoin est applaudi des deux mains par l'immense majorité des milieux économiques des territoires concernés. « Les frontières administratives doivent exploser. Ce rapprochement est le fruit d'une vision très pragmatique tournée vers l'efficacité au service des entreprises », insiste ainsi le président du Medef Rhône-Alpes, Bernard Gaud. Son homologue de la Loire, Éric le Jaouen, est sur la même ligne : « Je me demande pourquoi cela n'a pas été fait avant ! ». Philippe Eyraud, dirigeant de l'entreprise Mixel à Dardilly dans le Rhône (CA : 7 M€; 48 salariés) et président de la commission internationale à la CCI de Lyon n'y va pas par quatre chemins : « A l'international, Saint-Étienne n'existe pas. C'est au mieux, la banlieue de Lyon. Saint-Étienne va, à l'évidence, profiter de la qualité d'OnlyLyon. Quel est le risque pour Saint-Étienne ? Aucun ! Il n'y a que sur les terrains de foot qu'il y a aujourd'hui une rivalité entre Lyon et Saint-Étienne... ».
Ogre ou partenaire de jeu ?
Mais cet enthousiasme collectif n'empêche pas quelques hoquets. Voire quelques agacements. Dans une métaphore plus enfantine que celle de Jean-Louis Gagnaire, certains s'inquiètent et se demandent si l'ogre ne serait pas enfin parvenu à dévorer le Petit Poucet... Maurice Vincent, prédécesseur de l'actuel maire de Saint-Étienne, en premier lieu : « C'est une faute de Gaël Perdriau, lui qui se disait fervent défenseur de l'image de Saint-Étienne... Désormais, il n'y a plus du tout d'image. Il n'aurait pas dû céder à ce diktat lyonnais ». Michel Thiollière, maire de Saint-Étienne entre 1994 et 2008, est beaucoup plus modéré mais appelle néanmoins à la vigilance : « Cette proximité avec Lyon est une chance mais aussi un vrai risque ». Et de rappeler une mauvaise expérience vécue il y a une dizaine d'années. « J'avais signé une convention avec l'Aderly. Cela n'avait duré que deux ans car concrètement, nous n'avions que les miettes ». Car c'est bien là que le bat blesse ! Au-delà des mécontentements liés au vocable même de la marque OnlyLyon laissant effectivement peu de place aux territoires associés, l'inquiétude se cristallise plutôt sur les retombées attendues. Et ce d'autant plus que, pour l'instant, les règles de gouvernance et de financement ne sont pas fixées. Guillaume Beyens, directeur général d'Adista à Saint-Étienne (opérateur de services internet - 54 M€ de CA en 2014), résume : « Saint-Étienne, Vienne et Bourgoin ne sont pas de taille à concurrencer Lyon, nous ne pouvons être que des partenaires. Les bénéfices peuvent être très importants d'un côté comme de l'autre. Mais il faudra que nous soyons des sparring partners, pas des sleeping partners. Sinon, nous risquons d'être mangés tout crus ». Une crainte que certains, de l'autre côté de Givors semble partager : « J'espère que les Lyonnais ne racontent pas juste de belles histoires ! », glisse ainsi Philippe Cochet, député UMP du Rhône. « Il faudra effectuer des rapports d'étapes pour savoir s'il n'y a pas un gagnant et des gagnants faibles, voire des perdants ».
Saint-Étienne, Vienne, Bourgoin-Jaillieu et Lyon ont décidé d'unir leurs forces à l'international et de communiquer désormais sous la seule banderole OnlyLyon. Un choix de raison applaudi par les milieux économiques mais qui n'est pas sans susciter quelques inquiétudes.