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Resideva : Le palace brestois dans l'impasse ?
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Resideva : Le palace brestois dans l'impasse ?

Exclusif. Jean-Pierre Hébert, le promoteur à l'origine du projet de palace cinq étoiles sur la Marina du Château, à Brest, ne décolère pas et compte le faire savoir. Son dossier a reçu la bénédiction des élus. L'architecte des Bâtiments de France, lui, ne le voit pas de cet oeil.

Jean-Pierre Hébert, vous êtes à la tête du groupe de promotion immobilière Résideva, spécialisé dans la résidence hôtelière et de vacances. Pourquoi avoir choisi Brest pour ce projet de palace ?
Nous travaillons généralement dans les grands centres : Brest ayant décroché le statut de métropole, on a commencé à s'y intéresser. J'ai eu la chance de découvrir cet emplacement sur le Quai Malbert, qui abrite notamment le Tex-Mex, par le biais d'un notaire. Le bâtiment étant trop vétuste, il fallait le démolir. Nous avons trouvé des solutions de relogement pour tous les locataires et commencé à travailler, dès avril dernier, sur un projet d'immeuble de cinq étages comprenant 1.300m² de magasins, 4.000m² de bureaux, de salles de réunion ou de séminaire, ainsi que 1.700m² d'appartements avec jardins suspendus.
Après en avoir discuté avec la collectivité, et à sa demande, on s'est dit qu'il serait quand même intéressant de faire un projet plus ambitieux, vu l'emplacement unique du terrain qui constitue une sorte d'articulation de la Marina. Brest a été labellisée " Commune Touristique ", et elle a sa carte à jouer. On parle par exemple des épreuves de voile des JO de 2024 : il faudra bien loger les gens. On sait aussi que de grosses structures comme Thalès ou DCNS ont parfois du mal à loger leurs délégations étrangères. Avec notre architecte du cabinet Gérard Hypolite, nous avons donc proposé de construire un hôtel cinq étoiles de cent chambres, au-dessus du projet initial. Il y a un vrai manque de ce genre d'hôtel à Brest, qui pourrait constituer une vitrine stratégique de la métropole et permettre la continuité de son rayonnement.

Comment avez-vous imaginé cet hôtel?
Il s'agirait de deux étages surplombant les cinq étages du projet initial. Il comprendrait une centaine de chambres cinq étoiles, le reste en quatre étoiles, pour un prix moyen de 130€ la nuit. Il comporterait également un restaurant panoramique avec une vue sur la rade et sur le Château, ainsi qu'un spa et une piscine. Nous sommes en contact avec la meilleure gouvernante de France, qui est elle aussi finistérienne et pourrait être intéressée pour en prendre les rênes. Côté marque, nous sommes également en contact avec Hilton et Ritz. Nous avons estimé l'ensemble, à 30M€, dont la moitié autofinancés en prévente. Au total, le projet générerait une centaine d'emplois directs. Les opérations devaient être lancées début 2016, pour une livraison fin 2017.

Ce projet est aujourd'hui au point mort ?
Malheureusement oui. Étant donné qu'il s'agissait d'un projet économique majeur métropolitain, il a bénéficié d'une " procédure d'intégration pour l'immobilier d'entreprise " (PIIE), régie par une loi récente qui permet notamment de modifier les documents d'urbanisme : PLU et Zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager (ZPPAUP). La collectivité y est favorable puisqu'elle nous a remis un calendrier de mise en oeuvre de cette PIIE. Elle a bien compris que ce projet permettrait d'injecter plusieurs millions d'euros dans l'économie locale et de créer de nombreux emplois, tant pour sa réalisation que pour son exploitation. Sans compter 5 à 6 millions d'euros en TVA et impôts sur les sociétés, ainsi que d'importantes taxes locales pour la collectivité. Nous avons ensuite présenté le projet à l'architecte des Bâtiments de France : il nous a opposé un refus catégorique car il estime que le projet, qui s'élèverait sur sept étages, serait trop haut vis-à-vis de la réglementation ZPPAUP qui impose que l'immeuble ne dépasse pas la hauteur des bâtiments voisins.

Quelles sont vos options ?
J'en fais une affaire personnelle, mais aussi une affaire d'État. Évidemment qu'il faut préserver le patrimoine culturel, mais je trouve déplorable qu'une seule personne puisse scléroser l'économie locale. J'ai écrit à Manuel Valls, ainsi qu'à Laurent Fabius, Emmanuel Macron, Ségolène Royal, Fleur Pellerin et Sylvia Pinel. Je suis confiant, car cela pourrait être un signal fort pour les entreprises qui veulent s'installer à Brest. Je construis actuellement 66 logements place de Strasbourg et quatre bâtiments industriels zone de Lavallot (respectivement douze et un millions d'euros d'investissement, NDLR). Au pire, je pourrais toujours faire un immeuble de cinq étages, sans hôtel et sans restaurant panoramique, voire même le faire ailleurs... Mais je trouverais ça véritablement triste pour Brest.

Résideva (Guipavas)
Dirigeants : Jean-Pierre et Nadine Hébert
4 salariés
15 M€ de CA
Tél. : 02 98 28 63 90

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