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Repris par l’américain Blue Wolf, le français Synerlab veut doubler son site bas-rhinois
Bas-Rhin # Pharmacie # Fusion-acquisition

Repris par l’américain Blue Wolf, le français Synerlab veut doubler son site bas-rhinois

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En plein assemblage d’une nouvelle ligne de production de flacons de collyre qui doit lui permettre d’accompagner la croissance de sa filiale Pharmaster, le groupe de sous-traitance pharmaceutique alsacien Synerlab vient de finaliser son rachat par le fonds américain Blue Wolf. Celui-ci devrait se concrétiser par un investissement de plus de 60 millions d’euros sur le site d’Erstein (Bas-Rhin).

La nouvelle ligne de production permettra dès 2025 à Pharmaster, filiale de Synerlab, de produire 20 millions de flacons multidose de collyre par an et de soutenir sa croissance, notamment à l’export — Photo : Pascale Schaeffer

L'opération a été actée la semaine dernière. Le fonds new-yorkais Blue Wolf spécialisé dans les investissements dans les entreprises du marché intermédiaire de l'industrie et la santé (2,5 milliards de fonds levés depuis sa création en 2005) vient de reprendre le sous-traitant pharmaceutique français Synerlab (1 300 salariés, 150 M€ de CA 2024), implanté à proximité de Strasbourg. Un rachat réalisé auprès de ses anciens actionnaires 21 Centrale Partners et Ardian qui détenaient à eux deux plus de 90 % des parts.

Synerlab après Recipharm

Les sites alsaciens de Synerlab, BTT et Pharmaster, sont donc concernés par ce rachat, ainsi que ses filiales Sophartex (Vernouillet), Lyofal (Salon-de-Provence), Synerlab Développement (Orléans) et celui de l’espagnol Alcala Farma (Madrid).

Dans un contexte de concentration dans l’industrie pharmaceutique, Blue Wolf vient également de conclure le rachat de sept entités de Recipharm. La holding de l’ensemble qui comporte 13 sites (2 000 collaborateurs, CA non communiqué), dont le nom n'a pas encore été dévoilé, sera basée au Royaume-Uni et sera pilotée par l’actuel directeur général de Synerlab depuis 2019 Bruce Vielle. Avec cette acquisition, Blue Wolf renforce significativement sa position dans le secteur des CDMO (organisations de développement et fabrication sous contrat).

Claire Klopfenstein est directrice générale de Pharmaster depuis 2003 — Photo : Pascale Schaeffer

Pour la filiale Pharmaster (210 collaborateurs; près de 40 millions d'euros de CA en 2023) basée à Erstein au sud de la capitale alsacienne, cette reprise intervient dans un contexte de croissance. Spécialisé dans la production et le conditionnement de liquides stériles non injectables, sans conservateurs, tels que les collyres oculaires, sprays nasaux et auriculaires, la filiale de Synerlab clôturera l’exercice sur un chiffre d’affaires annoncé à 43 millions d’euros, en hausse de près de 10 % sur un an après une baisse liée au surstockage des clients durant la crise du Covid, et en progression de 100 % sur 10 ans.

"Nous sommes sur un marché de niche (les flacons multidoses sans conservateurs, NDLR), avec 4 ou 5 acteurs en Europe. Et la dynamique est soutenue : le marché européen du collyre progresse de 20 % par an, celui du spray nasal de 10 %. Ce sont les effets conjugués du vieillissement de la population, de l’allongement des temps d’écran et de la hausse des allergies au sein de la population", commente Claire Klopfenstein, DG de la filiale Pharmaster.

Un marché en croissance sur tous les fronts

Les indicateurs à l’export (Pharmaster y réalise 70 % de son chiffre, NDLR) sont également au vert. L’entreprise amorce sa percée sur les marchés asiatiques et les USA. "Les États-Unis sont aujourd’hui plus sensibles aux produits sans conservateurs", explique la directrice générale. Enfin, les perspectives de croissance proviendront également des ruptures technologiques. "La voie nasale est une voie d’avenir dans l’administration de certains vaccins et des traitements de maladies comme Parkinson ou Alzheimer", projette la dirigeante.

Une nouvelle ligne pour produire 20 millions de flacons de collyre par an

Afin d’augmenter ses capacités industrielles, Pharmaster est en train d’assembler sur son site sa cinquième ligne de production et de conditionnement de collyre. Elle y a investi 8,7 millions d’euros, avec un retard sur son calendrier imputable au Covid. Pour cela, elle a été soutenue à hauteur de 500 000 euros par le plan France Relance.

"Cette nouvelle ligne va nous permettre de produire 20 millions de flacons par an et de doubler notre production de collyre", explique Claire Klopfenstein. Elle répondra également aux dernières normes en matière d’asepsie. Pharmaster produit également 22 millions de sprays nasaux et 5 millions de solutions auriculaires par an destinés aux acteurs pharmaceutiques (dont BioSynex, basé à côté de Strasbourg).

Pharmaster recrute. Ses collaborateurs amenés à travailler en milieu stérile seront formés à l'EASE d’Illkirch, spécialisé dans les formations dédiées au travail en milieu stérile — Photo : Pascale Schaeffer

Avec la mise en service de son nouvel outil, Pharmaster s’apprête à recruter une vingtaine de personnes, notamment des conducteurs de ligne et opérateurs pour le bloc stérile, mais aussi dans les fonctions support.

Entre 60 et 100 millions d’euros d’investissement à venir

Grâce au démarrage de sa dernière ligne prévu pour le début d’année 2025, Pharmaster a donc pu établir un business plan ambitieux. Il projette de faire progresser son chiffre d’affaires à 55 millions d’euros dès 2028. Mais le site d’Erstein arrive à saturation. Afin de soutenir la croissance, un projet d’extension et de doublement d'ici 2029-2030 des surfaces de production, actuellement réparties sur 4 000 m2, est donc dans les cartons. Pharmaster dispose sur son site de l’emprise foncière requise. "Le projet est en cours de chiffrage, il devrait atteindre 60 à100 millions d’euros d’investissement. Le sujet a été abordé avec le nouvel actionnaire. Et il est pressé", sourit Claire Klopfenstein.

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