Président et fondateur de la start-up industrielle Replace, Laurent Villemin sait qu’il y a un risque de se faire doubler : "Nos produits sont validés, nos matières sont validées, notre process est validé. Mais maintenant, il faut être capable de mettre tout en place", déroule le dirigeant. Basée à Metz, Replace exploite actuellement une unité de production installée à Vienne-le-Château, dans la Marne, composée de trois lignes capable de traiter des déchets plastiques mélangés pour produire des pièces en matière recyclée. Une innovation de rupture qui pourrait éviter l’enfouissement de plusieurs millions de tonnes de déchets à l’échelle de l’Europe.
Une unité au plus près des gisements de déchets
Entre 2022 et 2023, l’entreprise a vendu plus de 3 millions de tuteurs de vigne, pour près d’un million d’euros de chiffre d’affaires, réalisé avec 14 salariés. Aujourd’hui, Replace est à un tournant de son développement. La start-up industrielle s’apprête en effet à déployer deux nouvelles usines dans le Grand Est, en suivant un modèle alternatif aux grandes unités de recyclage qui fleurissent dans la région, à l’image de Loop ou de Carbios. "Nous pensons que pour limiter au maximum l’impact carbone des déchets plastique, il faut les recycler puis les valoriser au plus près des gisements, en limitant notamment l’impact dû au transport", estime Laurent Villemin.
3 000 tonnes pour être rentable
Concrètement, pour chaque nouvelle usine de valorisation, le dirigeant de Replace va devoir mobiliser un minimum de 4 millions d’euros, afin de se doter des équipements nécessaires au traitement de 3 000 tonnes de déchets plastique. "C’est la taille minimum pour être rentable", précise le dirigeant de Replace. Avec son procédé, Laurent Villemin a déjà fait la preuve de sa capacité à mobiliser des fonds.
Après le démarrage, qui a nécessité de mobiliser 1,4 million d’euros, Replace a bouclé un premier tour de table en 2022, pour un total de 4 millions d’euros, faisant entrer au capital le réseau de business angels Yeast, le fonds d’investissement régional ILP mais aussi l’entreprise suisse Aisa, fabricante de machines spéciales. Et demain ? "Il est trop tôt pour être précis sur le financement de l’opération", regrette Laurent Villemin, sans écarter aucune piste : dette bancaire, augmentation de capital ou association stratégique avec une entreprise du secteur.
Des gammes de produits en matière recyclée
Une piste qui a déjà permis à Replace d’élargir la gamme de ses produits. Au simple tuteur de vigne, la start-up maîtrise désormais la production de planches en plastique recyclé, qui vont lui permettre d’adresser d''autres usages. Avec le groupe Larbaletier (CA : 18 M€) de Fontaine-les-Grès, dans l’Aube, fabricant de mobilier urbain, Replace a développé une gamme de mobilier urbain, qui sera présentée le 26 octobre à l’Élysée, dans le cadre de l’Exposition du fabriqué en France. Autre partenariat, celui noué avec la société mosellane Sodilor pour mettre au point une gamme d’éléments de signalétique en matière recyclée.
Cap sur les 50 millions d'euros de chiffre d'affaires
"Pour l’exercice 2024, ce sont encore les tuteurs de vigne qui vont représenter l’essentiel de notre chiffre d’affaires, mais cela va changer", assure Laurent Villemin. Le dirigeant de Replace estime qu’il lui faudra un total de cinq unités de recyclage et de production pour couvrir la France. Un objectif à horizon 2030, date à laquelle Replace devra être capable de produire 40 000 tonnes de matières à partir de déchets plastiques. "Cette capacité nous permettra alors d’atteindre les 50 millions d’euros de chiffre d’affaires", anticipe Laurent Villemin. En appelant de ces vœux une réglementation plus stricte sur le bilan carbone des produits achetés par les collectivités : "L’analyse du cycle de vie de nos produits montre que notre solution émet 30 fois moins de CO2 que la simple incinération", souligne le dirigeant.