Les élections régionales passionnent-elles les chefs d'entreprise? Les dirigeants ne semblent pas impliqués et concernés par cette échéance démocratique. «Les entreprises sont aux abonnés absents pour les élections régionales, mais comme la population en règle générale. Il y a un manque de lisibilité évident dans ces élections», considère Bruno Bonduelle, actuel président de la CCI Grand Lille. Ce dernier ne cache cependant pas que les relations entre le milieu politique et les instances économiques ont bien changé depuis quelques années.
«Enfin» «La Région s'intéresse enfin à l'économie. En ce qui concerne les chefs d'entreprise, ils ont le nez dans le guidon, ils pensent export et oublient de s'intéresser à ces échéances électorales, sourit-il. Nous ne sommes pas au niveau de l'Allemagne ou de la Belgique en ce qui concerne les pouvoirs locaux au niveau économique. Dans la tête du chef d'entreprise c'est encore l'État qui chapeaute tout.» Mais Bruno Bonduelle attend, lui, beaucoup des politiques. «Je souhaite que le conseil régional s'intéresse encore davantage à la formation, à booster la recherche et qu'il investisse dans les infrastructures notamment ferroviaires. Je voudrais aussi qu'il opère la métropolisation du bassin minier car ce territoire a un potentiel de développement important mais il doit être rattaché à Lille.»
«Liens ténus» Dirigeant de la société Ariane-SETP d'une dizaine de salariés à Valenciennes et administrateur de la CGPME, Jean-Michel Pottier ne pense pas non plus que les élections sont la préoccupation première des entreprises en ce moment. Pourtant, depuis 14ans qu'il siège au CESR, il a un autre regard sur l'impact de la Région: «Les chefs d'entreprise ont eu tort de ne pas s'y intéresser. Avant la réforme de la TP, ils étaient les premiers contributeurs régionaux. Les rapports entre les deux sont encore importants. Peut-être est-ce d'ailleurs un enjeu politique de ces élections que de renforcer ces liens ténus», lance-t-il. Jean-Michel Pottier identifie au moins deux centres d'intérêt pour l'entreprise: l'action économique et la formation professionnelle. «La région en est l'un des animateurs actifs, même si le budget n'est pas à la hauteur de l'enjeu régional», tempère-t-il.
«Il faut un décodeur» Il pousse même jusqu'à la critique: «La part dédiée à l'action économique reste faible et les systèmes d'interventions complexes, dissuasifs et éloignés des TPE-PME. Il faut un décodeur que l'on trouve généralement à travers les structures patronales et consulaires.» Jean-Michel Pottier reconnaît néanmoins des efforts, «un virage politique», notamment en matière de création-reprise, d'innovation et de recherche. «La Région a pris conscience que ce sont les emplois de demain. En terme de formation professionnelle, elle s'intéresse un peu plus aux entreprises et aux salariés.» La vision se fait à plus long terme, en rupture avec un calendrier électoral forçément court-termiste selon Jean-Michel Pottier. Pour lui, il y a encore des efforts à fournir en terme d'esprit entrepreneurial: «Il faut un coup de pouce aux formations qui mènent à l'entrepreneuriat.»