La discrétion est l'arme des forts. Alain le Roch vient encore une fois de le prouver. L'invisible patron rennais vient tout simplement de créer la surprise en cédant au groupe lyonnais bioMérieux la pépite qu'il a progressivement construite au fil des ans: AES Laboratoire, à Bruz, Combourg et Saint-Brieuc. Une société spécialisée dans le contrôle microbiologique qu'il détenait encore (30%) aux côtés de partenaires financiers, suite à un LBO en 2003.
Quatre prétendants
«On avait entamé un processus de cession en fin d'année dernière, explique Alain Le Roch. Nous étions en contact avec plusieurs entreprises, de taille très importante.» Et pour cause, le lauréat bioMérieux était le plus petit prétendant avec 1,5 Mds d'euros de CA. Tandis que le plus gros affichait 14milliards... «Nous avons été courtisés par quatre sociétés. Trois Américaines et une Française.» Et c'est finalement celle-ci qui a remporté la mise pour la bagatelle de 183M€. Le prix à payer au regard des investissements déjà opérés si l'on en croit Alain Le Roch. «On a développé une technologie qui nous a coûté plusieurs dizaines de millions d'euros de développement», explique celui-ci.
Aucun licenciement
Reste que si bioMérieux a aligné les zéros, c'est aussi parce que la PME de 400 salariés et 76M€ de CA affiche un Ebitda supérieur à 20%! En patron soucieux de la pérennité de son entreprise, Alain Le Roch n'a toutefois pas choisi le mieux disant. «Nous avons eu de très belles offres financières, plus importantes que chez bioMérieux.» Pourquoi alors choisir celui-ci? «C'est l'entreprise qui offrait la meilleure garantie sociale, avec la conservation des sites. L'une des conditions était aussi qu'il n'y ait aucun licenciement. Même s'il peut y avoir quelques doublons», souligne le Pdg d'AES. Et d'affirmer avoir un courrier du président de bioMérieux allant dans ce sens. Quant à l'explication de cette vente, «on ne peut pas consacrer 8% de son chiffre d'affaires à la R& D, dégager de la rentabilité tout en faisant de la croissance à l'international», justifie Alain Le Roch. Car le marché d'AES est aujourd'hui mondial. «Et à un moment donné, quand vous avez une technologie unique, il faut la développer le plus rapidement possible. BioMérieux a cette capacité à mettre notre technologie sur le marché mondial.C'est ce coup de fouet que nous attendions.»
Nouvelle branche tournée vers l'industrie
En reprenant AES Laboratoire, le groupe lyonnais constitue en réalité une nouvelle branche d'activité tournée vers le secteur industriel alors qu'il est historiquement ancré dans le domaine de la santé. Il est en effet le numéro un mondial des analyses microbiologiques cliniques. Fort de l'acquisition d'AES, bioMérieux va ainsi développer les analyses pour des clients de l'agroalimentaire, la cosmétique ou encore la pharmacie. Avec l'objectif d'aller plus loin qu'aujourd'hui. «On ne va plus vendre seulement des produits, mais un concept industriel, explique Alain Le Roch. Avec des appareils de traitement d'échantillons, des "analyseuses", du conseil et des services.» Avec 1.000 personnes pour un chiffre d'affaires de 300M€, la nouvelle branche de bioMérieux se trouve désormais à la place de numéro un mondial du secteur. Pour ce qui est de la gouvernance de l'entreprise, à 65 ans, Alain Le Roch ne compte pas quitter le navire dans l'immédiat. «Le président de bioMérieux a souhaité m'intégrer dans la gouvernance du projet. Ce sera donc un pilotage bicéphale», indique le dirigeant, qui s'est engagé à rester pendant deux ans.
Cession d'Agrobio il y a quelques semaines
La vente d'AES intervient après celle d'Agrobio (200 salariés, 10M€ de CA), également propriété d'Alain Le Roch, et finalisée il y a quelques semaines. Le groupe de laboratoires à Rennes (Nutrinov), Alençon, Pau et Bar-le-Duc, a en effet été cédé à IFBM Qualitech (54), nous confie par ailleurs le Pdg. Après Agrobio, c'est donc désormais au tour d'AES de vivre ce tournant. «Un choix difficile», concède Alain Le Roch. Le Rennais confie toutefois avoir «un engagement personnel de M.Mérieux pour qu'AES continue de se développer en Bretagne». De quoi rassurer un vendeur viscéralement attaché à sa région.
Alain Le Roch organise la cession de son entreprise depuis plusieurs mois. Un processus qui s'achèvera officiellement à l'été avec la vente d'AES Laboratoire au groupe lyonnais bioMérieux.