Qu'ont démontré les experts judiciaires?
# Conjoncture

Qu'ont démontré les experts judiciaires?

Michel Lefebvre, ingénieur chimiste spécialiste de la détonique cité par la défense s'est employé à démontrer que les experts judiciaires n'ont justement rien démontré et «le tir 24» censé reproduire l'explosion du box 221 n'est selon lui «pas crédible». Les travaux d'Henri Noël Presle, chercheur au CNRS, auront ouvert une piste inattendue: le mélange DCCNa/Nitrate additionné d'un tout petit peu d'eau, détonne à tous les coups même avec un confinement faible et le muret projeté par l'explosion sur le tas de nitrates (comme dans le bâtiment 221) peut mettre celui-ci en détonation. Total ne lui ayant pas renouvelé son contrat, le chercheur attend publication de ses travaux actuellement soumis à la clause de confidentialité... Quant au DCCNa incriminé, nul ne sait à ce jour s'il a existé ou non. Malgré 382 prélèvements effectués, pas de trace du produit «ni avant ni après l'explosion». On est donc, après plus de trois mois de débats, dans une hypothèse surréaliste où l'on ne peut apporter la preuve de l'existence d'un produit supposé être à l'origine de l'explosion.




Le tri des déchets, clé de l'explosion?

Outre le mystère du DCCNa et les trous de l'enquête avec son cortège d'oublis et négligences pendant des années, les experts judiciaires se trompent avec des conséquences pour le moins dommageables. Des 500kg de DCCNa de départ, on en arrive aujourd'hui à «quelques balayures». L'un des experts confond le nitrate (explosif) avec l'urée (biodégradable, non explosif) et mettra des mois à reconnaître son erreur mais ses conclusions erronées entraîneront la mise en examen de 13 personnes. L'usine moderne au top niveau européen avec label Iso et personnel efficace sera abusivement qualifiée «d'usine poubelle» mais on ne peut ignorer aussi quelques installations «qui datent». Une usine où la sécurité est la priorité mais où il y a eu des négligences et beaucoup de sous-traitance avec des incidences que l'on retrouve dans le nucléaire où 80% d'accidents graves sont subis par les sous-traitants. Sans doute le tri des déchets est-il l'une des clés de l'explosion et dans une benne où les déchets devaient être triés, il y avait parfois «mélange de déchets banals, ce qui transcrivait un défaut d'organisation» selon un audit d'environnement. Le recyclage des déchets reste un problème d'actualité car après AZF, le Parlement européen a demandé de publier la liste des sites dangereux mais «on attend toujours».

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