L'annonce était attendue (notre édition de juillet). Il n'empêche, elle a quand même fait l'effet d'une douche froide en ce début d'été déjà frisquet et grisâtre. 8.000 emplois supprimés en France, dont 1.400 à Rennes: 1.219 en production et 181 en R & D, sur un effectif total de 5.600. «Ce fut une vraie surprise», confie-t-on à la Région Bretagne qui, comme beaucoup, tablait sur 1.000 suppressions. 819M€ de pertes au premier semestre (200M€ aujourd'hui par mois), dégringolade des ventes de voitures en France et en Europe, cours de Bourse qui faisait craindre fin août un retrait du CAC40... Rien ne semble pouvoir arrêter la machine à perdre. Pris dans une spirale infernale, le groupe PSA Peugeot Citroën n'a donc pas fait dans la dentelle. À Rennes, les salariés de La Janais ont bien saisi l'ampleur de la crise. En organisant d'abord un débrayage historique d'une heure. En répondant ensuite présents (plus d'une centaine) à la manifestation parisienne. Une première pour un site industriel breton habitué à encaisser sans broncher.
3.500 salariés en 2016?
Rentrée oblige, on peut donc s'attendre à voir les syndicats - et les élus - battre le pavé dans la capitale bretonne en ce mois de septembre. Mais cela changera-t-il la donne? Si l'on en croit les spécialistes, pas vraiment. «Je pense que la position de Rennes va être très compliquée, confie ce connaisseur du tissu industriel breton. Denis Martin (directeur industriel de PSA, ndlr) a toujours dit qu'une usine PSA ce serait à terme 3.500 personnes. À Rennes, ils y arriveront en 2016, j'en suis convaincu.» Une inquiétude qui rejoint l'interrogation de ce spécialiste rennais du secteur automobile. «Les 1.400 postes, ce sont des ajustements de court terme. C'est adapter ses moyens de production par rapport à un marché à l'instant T.Mais, demain, à moyen terme, quelle est la stratégie?» Et d'évoquer les négociations au niveau mondial entre PSA Peugeot Citroën et General Motors (actionnaire à hauteur de 7%). Des discussions qui s'achèveront fin octobre par des annonces et qui font craindre le pire. Évoquée depuis plusieurs mois, l'hypothèse d'un transfert de X8 (Peugeot 508) en Allemagne, aujourd'hui fabriqué à Rennes, est de plus en plus prise au sérieux. Quant à l'arrivée d'un nouveau modèle à Rennes, annoncée pour 2016, est-elle vraiment dans les cartons ou est-ce un leurre pour gagner du temps? «Dans le contexte actuel, je ne crois pas à cette annonce de nouveau modèle», lâche, dépité, ce conseiller à la Région Bretagne. Il y a bien sûr la reconfiguration industrielle de La Janais, et cette plate-forme BVH2' qui permettrait au site d'accueillir des modèles plus compacts que le haut de gamme, comme à Vigo (Espagne) ou Sochaux. Un faible espoir qui pourrait aussi, au final, se transformer en baiser de la mort pour Rennes.
«Tout est réuni pour que ça aille dans le mur»
Depuis des décennies, tous - élus compris- louent l'excellence du site et son savoir-faire en matière de haut de gamme. Mais si demain La Janais devait accueillir tout type de modèle? «C'est un atout et un inconvénient car cela nous sort de la spécificité de Rennes et nous met en concurrence avec Sochaux et Vigo», décrit ce spécialiste. Et de confier: «Même si j'espère me tromper, tout est réuni pour que ça aille dans le mur...»
Automobile 1.400 postes supprimés sur 5.600. Dans la crise historique traversée par PSA Peugeot Citroën, le site rennais paie un lourd tribut. Et rien ne semble aujourd'hui pouvoir inverser la tendance. Pas même l'arrivée d'un nouveau modèle. Toujours plus hypothétique.