À Nancy, Prothérium annonce avoir finalisé la levée de fonds indispensable au financement de son projet de production industrielle de radiomédicaments, des molécules dotées d’un atome radioactif capables d’administrer une radiothérapie directement à une tumeur en passant par la voie veineuse.
La société innovante, cofondée en juillet 2025 par Gilles Karcher, professeur de médecine nucléaire au CHRU de Nancy, Richard Zimmermann, expert en médecine nucléaire et Jean-Bernard Deloye, radiopharmacien, a réuni l’enveloppe de 12,5 millions d’euros nécessaire au projet présenté il y a un an.
Intérêt des acteurs nord-américains, asiatiques et australiens
Dans le détail, 3,5 millions d’euros seront versés via le plan France 2030 : 2,45 millions sous forme de subventions, 1,05 million sous forme d’avance remboursable. Des partenaires bancaires se sont engagés par ailleurs à hauteur de 5 millions d’euros dont 1,5 million d’euros apporté par Bpifrance. Enfin, 4 millions d’euros ont été obtenus auprès d’investisseurs privés parmi lesquels les porteurs du projet, le fond régional Groupe ILP, ainsi qu’un industriel de la santé.
"Les PME innovantes nord-américaines, asiatiques et australiennes qui souhaitent mettre leurs radiomédicaments sur le marché européen, vont rechercher des moyens de production locaux, après validation de leurs essais cliniques. Avec Prothérium, nous voulons leur offrir une solution clé en main, afin qu’elles puissent produire les 50 à 200 doses par jour dont elles auront besoin pendant les premières années de commercialisation", souligne Gilles Karcher. Prothérium fonctionnera selon le modèle d’un CMO (Contract manufacturing organization), le client conservant les droits sur la molécule.
Acquisition d’une ancienne surface commerciale
Le plan d’investissement va permettre l’acquisition courant avril des 7 200 m² d'une ancienne surface commerciale à Gondreville (Meurthe-et-Moselle), à l’ouest de Nancy. Prothérium va y démarrer dans la foulée les travaux destinés à installer deux premiers modules de production de radiomédicaments en vue d’une mise en service début 2027. L’un est destiné à la production de molécules pour la recherche-et-développement et les essais cliniques, l’autre à un client.
Appliqué depuis plusieurs années aux cancers de la thyroïde et de la prostate, ce traitement s’ouvre depuis peu à d’autres types de cancers. Le groupe d’intérêt économique public-privé Nancyclotep cofondé par Gilles Karcher réalise au CHRU de Nancy des recherches et premiers essais cliniques sur l’homme de ces nouvelles générations de radiomédicaments. Il a débouché sur la création de la société nancéienne Posifit, pour la production de petites quantités de radiomédicaments à Strasbourg et depuis peu au CHRU de Nancy. Si le marché pesait moins de 9 milliards de dollars en 2023, les projections montrent que l’activité mondiale liée à la médecine nucléaire devrait dégager près de 40 milliards de dollars en 2033.
Dupliquer le projet ailleurs en Europe
La situation géographique de Gondreville permettrait de desservir une partie de l’Europe de l’ouest, ces molécules à visée thérapeutique pouvant être distribuées dans un rayon maximum de 2 000 km autour du lieu de production, contre 300 kilomètres pour les molécules destinées à l’imagerie médicale. Prothérium annonce avoir déjà identifié des sites en Espagne, Belgique, Suède, Allemagne et Grande-Bretagne où il pourrait dupliquer son modèle lorrain.