Au bord de la fermeture en 2006, date de sa reprise par l'allemand WeylChem (entité d'International chemical investors group qui emploie 2.200 personnes pour un chiffre d'affaires de 670 M?), l'usine PPC de Thann a renoué avec la rentabilité grâce à une réorganisation complète qui vient de s'achever. Elle lui vaut de figurer cette année parmi les lauréats nationaux du concours Performance Commerciale et Management organisé par le réseau des Dirigeants commerciaux de France (DCF). Les résultats sont éloquents: le chiffre d'affaires du site est passé de 74 millions d'euros à 106 millions d'euros en huit ans et le résultat d'exploitation de 14 millions d'euros de pertes en 2007 à 4 millions d'euros de bénéfices en 2014. 53 millions d'euros ont été investis depuis mi-2013 par le repreneur pour mener à bien ce projet industriel visant à assurer la pérennité d'une des plus anciennes usines chimiques françaises, dont l'activité se répartie en chimie de base (produits potassiques et chlorés) et chimie fine, pour une clientèle dans l'agrochimie, l'industrie pétrolière, la pharmacie, l'agroalimentaire ou encore le verre. L'investissement a été financé par prêt bancaire auprès de la Commerzbank allemande (avec une aide de l'Agence de l'eau Rhin Meuse et u ne augmentation de capital financée par WeylChem), aucune banque française n'ayant accepté de financer le projet.
Réorganisée comme une PME
Plusieurs chantiers ont été menés de front pour «remettre à flot financièrement l'usine, qui emploie 210 personnes, et poursuivre une aventure industrielle de 200 ans en adaptant PPC à son époque, résume son président, Philippe Robin. Nous sommes partis d'une feuille blanche, ajoute-t-il. Auparavant établissement purement productif, nous avons intégré toutes les fonctions supports afin de pouvoir être plus autonomes, plus flexibles et compétitifs, sur le modèle d'une PME ». Le redimensionnement a cependant entraîné une vingtaine de départs de salariés, « majoritairement sur la base de départs volontaires », précise le président. L'usine a fait appel à un cabinet extérieur ? la société d'ingénierie allemande CAC - pour l'aider à mener ce vaste chantier concernant tous les services du site et à définir un nouveau plan stratégique.
Nouveau process de fabrication
Une réflexion qui a mené le groupe à lancer en 2013 ce vaste plan d'investissement visant principalement à moderniser l'outil de production.
C'est l'activité « chimie de base » qui a subit la plus profonde transformation. Celle-ci (qui représente un peu plus de 60% du chiffre d'affaires du site) utilisait un process qui a été complétement modifié. L'unité d'électrolyse à cathode de mercure a été remplacée par une unité de production fondée sur une technologie membranes, opérationnelle depuis octobre, qui est « plus automatisée et plus compacte, pour une capacité identique de 42.000 tonnes de chlore », indique Philippe Robin. Trois gros modules viennent ainsi remplacer 60 cellules à mercure. Cette évolution était incontournable pour s'adapter à la législation, qui interdira à partir de janvier 2020 les technologies basées sur l'utilisation du mercure. Pour améliorer encore son bilan environnemental, PPP planche actuellement sur une meilleure valorisation de l'hydrogène libéré lors du process. « Trois quart de la production d'hydrogène est déjà réutilisé. Nous souhaitons commercialiser le quart restant à destination du marché des piles à combustibles pour l'automobile », précise le président.
Changement de président
Cet axe de développement vers une chimie plus « verte » a aussi dicté des modifications concernant l'activité chimie fine : pour limiter les achats de brome, molécule intermédiaire de production utilisée par le site, PPP met actuellement en place un circuit de récupération des effluents de brome chez ses clients ou auprès de tout entreprise en utilisant. « Nous voulons récupérer et traiter ces effluents pour en extraire le brome et le réutiliser dans nos process, explique Philippe Robin. L'objectif est d'atteindre 50% de notre consommation de
brome via cette filière de recyclage ». Un chantier que devra mener son successeur. Celui-ci vient en effet de quitter le site pour prendre la tête d'une autre usine du groupe aux Etats-Unis. Depuis ce mois-ci, il est remplacé par Gilles Zuberbuhler, déjà président de l'usine Weylchem de Lamotte, l'autre usine française du groupe.
Adelise Foucault
PPC
(Thann) Président: Gilles Zuberbuhler CA 2014: 106 millions d'euros 210 salariés www.ppchemicals.com/fr 03 89 38 46 00