Basée à Eguelshardt (Moselle), avec un bureau à Montpellier (Hérault), la société Cyclamen (CA 2024 : 23 M€, 55 collaborateurs), spécialisée dans le recyclage des matériaux non ferreux, va ouvrir son deuxième site de France sur le parc d’activités Millau Viaduc 2 (Aveyron). Ce projet nécessitera un investissement de 25 millions d’euros, financé par la dette et les fonds propres. D’une surface de 32 000 m², dont 10 000 m2 de bâtiments, "ce site permettra la création d’au moins 60 emplois d’ici trois ans", explique Arnaud Chaulet, cofondateur de Cyclamen et futur directeur du site millavois. Les dernières étapes administratives sont en cours et devraient aboutir à la pose de la première pierre au printemps 2026 pour un démarrage progressif de l’activité dès la fin 2026.
Champion de la croissance
Cyclamen affiche une croissance de 400 % de son chiffre d’affaires ces trois dernières années, toujours en croissance organique. L’entreprise figure dans le récent classement 2026 du Financial Times des entreprises à plus forte croissance (2e française et 13e européenne).
La bonne santé de la PME tient à son expertise et au positionnement original qu’elle a développé pour trier et transformer les métaux non ferreux en matière première de haute qualité (aluminium principalement) directement utilisable par l’industrie. Le mâchefer (cendres) issu de l’incinération n’était pas trié, et partait à l’enfouissement. Épuré du fer et des métaux non ferreux, il est valorisable comme substitut de gravats. "Non seulement, nous recyclons un déchet, d’un métal polluant à produire, mais nous fournissons à l’industrie, notamment de la défense, une matière première pure, qui ne vient pas d’Asie", apprécie le dirigeant.
Accélération à l’international
Le choix de Millau répond à la nécessité de trouver un site dans le sud de la France pour les activités française et espagnole amenées à poursuivre leur essor. Le site mosellan ne peut absorber cette croissance à lui seul. "Nous avons repris une friche industrielle qui est limitée pour s’agrandir", explique le dirigeant. Eguelshardt a une capacité de traitement 40 000 tonnes par an (avec une autorisation de 30 000 tonnes actuellement) quand celle de Millau pourra atteindre 70 000 tonnes. Les activités seront similaires sur les deux sites ; celui du Grand Est est amené à être saturé par le voisin allemand, dont les entreprises enverront leurs métaux non ferreux. Ce marché potentiel avait guidé l’implantation en Moselle fin 2019, mais est resté peu développé jusqu’à maintenant. Présent en Suisse, Cyclamen entend désormais amplifier son activité en Allemagne et en Espagne.
Bon accueil à Millau
Deux critères ont pesé pour Millau. D’abord, la dynamique positive du territoire : "Nous avons rencontré des élus qui avaient envie qu’on s’implante. Cela met de l’huile dans les rouages, fait gagner du temps", commente Arnaud Chaulet. Par ailleurs, il s’agit d’une zone d’activités dédiée à l’accueil d’entreprises. Pour les trois cofondateurs, cela représente aussi un retour aux sources, puisqu’ils sont originaires de la région.
L’entreprise a pivoté trois fois
Ce succès n’était pas acquis. "[En décembre 2012], nous avons d’abord créé l’entreprise dans le but de lutter contre le réchauffement climatique, avant de savoir quoi faire", raconte son dirigeant. Arnaud Chaulet, Adrien Antenen et Michel Delain, les trois cofondateurs, ont pivoté trois fois de métier avant de trouver le bon filon. Cyclamen a d’abord élaboré un procédé pour recycler les terres rares, puis s’est essayé au recyclage de cartes électroniques avant de se lancer, à cours de fonds, dans le négoce de métaux. C’est là que la carence de solution pour les métaux non ferreux issus de l’incinération est apparue, donnant naissance à cette dernière activité.
"Nous voulons éviter l’émission de 500 000 tonnes de CO2 par an en 2030."
Comme il est inconcevable de transporter des millions de tonnes de résidus pour en trier 1 à 2 %, les associés ont développé à partir de 2015 des installations de tri mobiles, nécessitant tout de même 4 à 5 camions d’équipement. Cyclamen en possède aujourd’hui trois, d’une capacité de tri de 100 000 tonnes annuelles, qui s’installent chez les clients pour 2 à 6 semaines. Cette activité représente 10 % du chiffre d’affaires. Les déchets triés alimentent l’usine (bientôt, les deux usines), qui reçoit par ailleurs de la matière directement des grands faiseurs (Veolia, etc.).
Cyclamen prévoit d’atteindre 45 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2026. Fidèle à ce qui l’anime, Arnaud Chaulet insiste : "Nous voulons éviter l’émission de 500 000 t de CO2 par an en 2030."