Le groupe béarnais Essor (250 salariés, 120 M€ de CA en 2023), spécialiste de la construction et du financement de bâtiments à usage professionnel, opérant conjointement à travers 16 implantations en France et en Espagne, a été placé en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Bordeaux le 29 juillet. Quelles sont les raisons qui ont conduit à cette situation ?
La décision n’est pas subie, elle est volontaire. Notre activité de promotion immobilière subit, comme l’ensemble des autres acteurs du métier, la crise profonde de l’immobilier. Pour nous, c’est à contre-courant : nous ne sommes pas dans le logement donc c’est arrivé beaucoup plus tard. Quand vous investissez, sur le marché de la promotion, sur des projets d’envergure six mois avant que la crise financière ne vienne vous impacter, vous avez une difficulté avec des projets ralentis ou qui ne sortent pas. Les investisseurs et les utilisateurs disparaissent et le poids de la dette financière vient largement obérer la rentabilité des projets et pèse sur l’ensemble des activités du groupe.
Partant de là, un certain nombre d’opérations de promotion, de structures dans la foncière ou d’actifs marchands de biens devaient être vendues. Ça a pris du retard, donc les rentrées d’argent ont été décalées. Nous avons été rattrapés par les frais financiers, même si nous avons largement anticipé en travaillant avec l’ensemble de nos partenaires bancaires dès mars 2025 pour trouver des solutions en négociant un rallongement de la dette.
Nous avions vendu en VEFA (vente en l’état futur d’achèvement) il y a un peu plus d’un an trois bâtiments à un investisseur et ce dernier a été défaillant, ce qui a eu un impact très lourd sur les projections de trésorerie. La négociation avec les banques n’a pas abouti à ce stade mais rien ne s’arrête et nous envisageons la restructuration dans un cadre sécurisé.
Quels sont le périmètre et les antennes concernés par ce redressement judiciaire ?
Les structures concernées sont celles sur lesquelles il y a des collaborateurs et l’activité opérationnelle. En plus d’Essor, qui est la holding dans laquelle nous avons toutes les activités des équipes support qui accompagnent l’opérationnel, on retrouve aussi les filiales : Essor Développement, Ingénierie, Clé en Main, AMO (Assistance à Maîtrise d’Ouvrage) et Essor Investissement (marchand de biens et foncière) qui est en procédure de sauvegarde. Les sociétés de projets, qui sont des structures ad hoc sur lesquelles les enjeux de trésorerie ne pèsent pas, ne sont pas concernées.
Quel est l’impact attendu sur les salariés du groupe, comment et dans quel climat le dialogue s’organise-t-il avec eux ?
Sur les effectifs, rien n’est encore statué. Nous travaillons en collaboration avec les CSE et les représentants des salariés. Dans la semaine, le président s’adressera à eux en Codir. Ce lundi, il y a un CSE exceptionnel où tous les patrons de branches répondront aux questions.
Quelles sont les échéances prévues dans les prochaines semaines et mois ?
Nous sommes entrés dans une période d’observation de six mois jusqu’au 29 janvier 2026. Nous pourrions très certainement être amenés à entrer dans une deuxième période d’observation ensuite, qui serait le temps nécessaire à la construction du plan de redressement et de réorganisation du groupe. Nous avons déjà démarré nos réflexions au sein de la direction générale et allons y associer les collaborateurs dès le mois d’octobre.
Les activités se poursuivent-elles ?
D’abord, on travaille à fournir et accompagner les directeurs d’agence dans leur manière de parler à leurs clients et fournisseurs pendant cette période. Les métiers de l’ingénierie poursuivent les contrats en cours et en signent d’autres mais ils ont des clients qui s’interrogent. Sur l’AMO, c’est pareil. Nous organisons un accompagnement avec l’administrateur judiciaire pour évoquer notre capacité à rebondir. L’activité "clé en main" a certains chantiers à l’arrêt, nous échangeons en direct avec les clients et les fournisseurs pour voir si on continue ou non.
Dans quelles mesures la crise du marché de l’immobilier professionnel et les incertitudes politiques vous impactent-elles ?
La situation reste compliquée. Les niveaux de rentabilité ou de rendements attendus par les investisseurs ne sont pas là. Les niveaux de loyers des utilisateurs, du fait de la situation économique, ne permettent pas d’assurer la rentabilité attendue, notamment à cause des taux d’intérêt. Face à cette dégradation de la valeur des actifs, il y a plusieurs solutions à mettre en place. Nous avons longtemps gardé nos actifs au chaud, on continuera à le faire sur des actifs clés. Sur d’autres, on devra envisager de s’en séparer, avec parfois des niveaux de moins-value importants.
La réorganisation des structures et la situation du microcosme de l’immobilier sont très liées à un environnement politique totalement instable. Nous allons continuer à construire sur nos fondamentaux. Pour nous, ce redressement judiciaire est l’occasion de réinventer le groupe, de stabiliser les métiers et de prendre les décisions en se projetant sur l’avenir. C’est l’occasion de construire un plan stratégique Essor 2030 tenant compte de nos contraintes. Nous sommes repartis et en ordre de marche. Personnellement, je suis confiante.