Pour Alain Di Crescenzo, président de CCI France, "nous devons réenchanter la vie économique"
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Pour Alain Di Crescenzo, président de CCI France, "nous devons réenchanter la vie économique"

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Instabilité politique, croissance atone, marges sous tension, hausse des défaillances d’entreprises : lors de sa conférence de rentrée, le président de CCI France Alain Di Crescenzo a livré un diagnostic sans concession de la conjoncture économique. Alertant sur les risques qui pèsent sur l’investissement, l’emploi et la compétitivité, il appelle à des choix économiques clairs pour éviter un décrochage durable du tissu productif.

Alain Di Crescenzo, président CCI France : "Nous devons réenchanter la vie économique pour que nos entrepreneurs aient confiance et puissent se projeter dans le futur". — Photo : DR

Inquiet de l’instabilité politique, qui pèse sur la consommation et l’investissement, et d’une croissance inférieure à 1 %, Alain Di Crescenzo, président de CCI France, alerte sur la dégradation de la conjoncture.

Lors de sa conférence de rentrée, le patron de CCI France a mis en garde contre la baisse des investissements, rappelant que leurs effets ne sont jamais immédiats et que les réduire revient à compromettre l’avenir à moyen terme. "En baissant les investissements, on grille les cartes pour les trois à cinq prochaines années", indique-t-il. Et on expose le pays à une dégradation accrue de sa compétitivité, sous l’effet d’un déficit d’investissement et d’innovation face à la concurrence internationale.

Des indicateurs macro-économiques qui inquiètent

Sur le plan macro-économique, certains indicateurs inquiètent. Le taux de chômage français (7,7 % au quatrième trimestre 2025) est supérieur à celui de la zone euro (6,4 %). Les défaillances d’entreprises – près de 70 000 en 2025 – atteignent des niveaux records. Les tensions de trésorerie sont persistantes, 30 % des TPE-PME déclarant en rencontrer. Alain Di Crescenzo rappelle en outre que les marges des entreprises françaises sont loin de la marge moyenne des entreprises européennes.

Si 65 % des dirigeants se disent confiants pour l’avenir de leur entreprise à douze mois, ils ne sont en revanche que 12 % à faire confiance à l’économie française, révèle l’enquête de conjoncture de CCI France. "Nous devons réenchanter la vie économique pour que nos entrepreneurs aient confiance et puissent se projeter dans le futur", a insisté Alain Di Crescenzo.

Un contexte géopolitique instable

La tâche ne sera pas aisée à cause d’un contexte géopolitique de plus en plus instable : "On vit dans un monde de conflits. Il y a un an, on ne parlait que de l’Ukraine et du conflit israélo-palestinien. Aujourd’hui, on évoque l’Iran et le Venezuela. Et cela va continuer. Nous sommes très inquiets de ce qui pourrait se passer à Taïwan, très inquiets également pour le Groenland. À cela s’ajoutent des conflits économiques majeurs", indique le patron de CCI France. Et de rappeler comment ces conflits pèsent sur l’économie française, et notamment sur les grandes entreprises. "Si jusqu’alors on croyait que nos grandes entreprises, qui ont des déploiements internationaux, étaient plus à l’abri que nos PME, ce n’est plus le cas : entre la parité au dollar et les droits de droit de douane américains, les entreprises françaises ont perdu 20 % de compétitivité. Les grands groupes souffrent et vont mettre un peu plus de pression sur les TPE-PME", prévient-il.

L’enjeu de souveraineté économique

Alain Di Crescenzo a également mis en garde contre le dumping lié aux importations chinoises, qui se traduit par un recul des ventes de produits français et une pression accrue sur l’ensemble des secteurs d’activité. Dans le même temps, le président de CCI France a alerté sur la dépendance de l’Europe en matière de matières premières. "Près de 80 % des terres rares, indispensables à la fabrication des batteries mais aussi de composants utilisés dans l’aéronautique ou le secteur militaire, sont aujourd’hui contrôlées par les États-Unis et la Chine. Dans la stratégie industrielle européenne, il est impératif de disposer de solutions de repli. Créer des gigafactories est une chose, mais sans accès sécurisé aux matières premières, les usines s’arrêtent. Il s’agit d’un véritable enjeu de souveraineté et de dépendance, sur lequel nous n’avons pas suffisamment travaillé par le passé", a-t-il encore averti.

IA, luxe, international... : les raisons d’espérer

Alain Di Crescenzo a assuré que notre pays reste la 7e puissance mondiale, et qu’il "peut et doit rebondir". Égrenant les nombreuses raisons d’espérer un sursaut, il a notamment énuméré les totems de réussite de la France, ces secteurs où le pays excelle, comme le luxe, le tourisme, l’aéronautique, le nucléaire, le traitement de l’eau et des déchets. Il a enfin souligné les marges de productivité encore mobilisables, notamment via la simplification, l’intelligence artificielle, la transition écologique et les transformations RH, capables, selon lui, de générer des gains significatifs de performance et de compétitivité pour les entreprises.

Autre levier de croissance mis en avant, l’international. On peut gagner "40 % de business" à l’extérieur des frontières françaises, soit "trois fois plus de dynamique de croissance". Eu égard à la menace de Trump d’imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et spiritueux français, le président de CCI France a notamment plaidé pour un recentrage sur l’espace européen. Sans aller jusqu’à préconiser un abandon du marché américain, il suggère néanmoins d’y ralentir quelque peu les efforts.

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