«Nous regrettons vraiment de ne pas avoir réussi à revendre Gad.» Ce constat d'échec, c'est Alain Morice, le président du groupe Cecab qui le formule. Car Gad, dont on croyait la cession inéluctable, est traîné aujourd'hui comme un boulet par le groupe Cecab. Amené à en rester président encore deux ans, Alain Morice pourrait quitter plus tôt son poste, d'ici un an. Il a récemment cédé la présidence d'UFM, une des trois coopératives du groupe, à Serge Le Bartz. Le problème de la Cecab, aujourd'hui, c'est le porc. Pourtant, le cours du cadran connaît actuellement des sommets. Il a récemment enregistré des progressions de près de 15%. Mais ces valorisations sont très difficiles à faire accepter à la grande distribution. Surtout quand, dans le même temps, la consommation de viande porcine recule de 3% en France. Et l'export, quoique dynamique, ne compense pas. Gad a en effet abattu plus de 2,5millions de porcs charcutiers l'an dernier pour un chiffre d'affaires de 459millions d'euros. Ce qui correspond à un recul de 5%. Les nouvelles réglementations européennes bien être effectives début 2013 placent un couteau sous la gorge de la filière porcine. «Les éleveurs s'y seraient mis plus tôt si les cours avaient été bons et les revenus corrects», explique Thierry Coué, producteur à Tréal et responsable de la commission porcs à la chambre d'agriculture du Morbihan. «L'enveloppe nécessaire pourra aller jusqu'à 250.000euros pour un naisseur engraisseur moyen breton de 200 truies. C'est un investissement improductif et tout le monde ne trouvera pas les banques pour le suivre.»
Marges faibles
Or, en aval, les structures de production sont aujourd'hui "à l'os", avec des salariés faiblement rémunérés et des marges très faibles qui obligent à de gros volumes. «Nous pouvons de moins en moins lutter face à des exploitations allemandes qui pratiquent le dumping social en recourant à de la main-d'oeuvre étrangère», ajoute Alain Morice. Thierry Coué ajoute qu'«en Allemagne, le coût de la main-d'oeuvre en abattage est de 7euros de l'heure alors que nous sommes plutôt à 18euros en France. En plus, le porc est une viande très transformée qui nécessite plus d'opérations et donc plus de main-d'oeuvre.» Autre facteur aggravant, l'explosion du prix de l'aliment, liée à la flambée des cours des céréales, en partie liée à la sécheresse aux États-Unis et en Europe de l'Est. «Le coût de l'alimentation est passé de 60% à 70% du coût de production», explique Thierry Coué. Entre juin et juillet, les prix mondiaux du maïs et des graines de soja ont respectivement bondi de 25% et 17%. Avec une main-d'oeuvre chère, des aliments qui flambent, des mises aux normes coûteuses, la production ne peut que baisser, un reflux d'environ 3% en Bretagne. La moindre variation de ces fragiles équilibres coûte tout de suite cher. Se pose alors la question du correct dimensionnement des capacités d'abattage bretonnes.
Restructuration
Côté Gad, le plan de retournement programmé de 2012 à 2014 vire en tout cas à la restructuration. Avec tout d'abord la suppression de 150 postes d'intérimaires au sein des deux sites Gad de Lampol-Guimiliau (29) et Josselin. Établi sur 17 hectares, en activité depuis 22 ans, l'abattoir de Josselin emploie aujourd'hui 700 personnes. «Il y a un abattoir de trop en Bretagne», confirme un fin connaisseur du monde agricole breton. «Nous avons de bons outils d'abattage mais ils sont trop nombreux. Du coup, chaque abattoir réduit un peu sa voilure et préfère ne pas tourner à plein pour trouver une bonne rentabilité. La deuxième option pour la filière, c'est d'en faire disparaître un. Mais les abattoirs ont toujours été un mal nécessaire. Ce qui est important, c'est le dynamisme à l'aval de l'abattoir. Ce sont ceux qui ne sont pas suffisamment développés sur la découpe et la première transformation qui risquent le plus d'être en difficulté.»
ABATTAGE Après le poulet, c'est l'heure des comptes pour le porc breton, pour qui il est estimé de longue date qu'il y a un abattoir de trop en Bretagne. Production et consommation baissent, avec en amont des aliments et des mises aux normes coûteuses pour les éleveurs.