Les deux enseignes, Envie 44 et Envie 49, sont présentes respectivement à Nantes et Angers depuis 35 ans. Appartenant à la fédération nationale Envie, mais évoluant de manière indépendante, ces deux entreprises d’insertion viennent de prendre un coup sur la tête, qui pourrait bien les empêcher de continuer à tourner. Spécialisées dans le reconditionnement d’appareils électroménagers, les deux entités viennent de perdre un appel d’offres, qui portait sur la collecte des DEEE, soit les déchets d’équipements électriques et électroniques. Ce qui inclut donc ces appareils électroménagers.
"La mise en concurrence est une bonne chose. Mais la décision a été très brutale"
C’est un prestataire de transport du territoire, Brangeon (255 M€ de CA consolidé en 2023, 1 500 collaborateurs), qui vient de le remporter. "La mise en concurrence est une bonne chose. Mais la décision a été très brutale. Nous sommes historiquement l’acteur qui gère ces gisements de déchets. Cette décision remet en cause l’ensemble de la chaîne de reconditionnement. Il y avait tout un savoir-faire et une chaîne logistique en place", s’agace Dominique Fièvre, directeur général du groupe Estille, auquel appartient Envie 44. En Loire-Atlantique, le réseau représente 130 salariés, dont 70 en insertion, qui sont ainsi en sursis. Du côté d’Envie 49, cette activité de collecte représentait 50 % du chiffre d’affaires, soit 1,5 million d’euros. "Nous allons perdre entre 30 et 50 emplois directs sur un effectif total d’environ 130 personnes", ajoute Fanny Gardie, directrice d’Envie 49 depuis six ans.
Surtout, au-delà de l’activité liée à la gestion de ces déchets, les autres maillons de la chaîne Envie (remise en état de l’électroménager, réparation, vente au public) seront indirectement touchés. Au total, plus de 150 postes pourraient être menacés dans les Pays de la Loire.
"On vient casser des systèmes vertueux qui fonctionnent"
Cet appel d’offres, au centre du débat, a été émis par l’éco-organisme Ecosystem, agréé par l’État, et chargé par les producteurs d’équipements électriques et électroniques, de gérer la collecte et le traitement des déchets (DEEE). En lien avec la loi AGEC, l’éco-organisme portait l’objectif d’atteindre les 2 % de réemploi parmi l’ensemble des volumes de déchets récupérés. Un objectif auquel se pliait le réseau Envie avec l’ensemble de l’écosystème du réemploi. "Nous sommes performants écologiquement, économiquement et socialement, et on vient casser des systèmes vertueux qui fonctionnent. Ecosystem choisit de ne flécher ici que la collecte en oubliant le réemploi, se désole Fanny Gardie. Cela va à l’encontre des objectifs de transition fixés."
Des liens avec l’emploi industriel local
Au-delà de l’aspect écologique, le réseau Envie forme aussi une structure d’insertion, qui accompagne les salariés éloignés de l’emploi vers de nouveaux métiers. "Nous sommes dans une région où le taux de chômage reste bas. Nos salariés en insertion n’ont pas vocation à rester chez nous. Nous avons un lien par exemple avec l’UIMM (l’Union des industries et métiers de la métallurgie, NDLR) afin de les accompagner pour intégrer ensuite un groupe industriel du territoire", note Dominique Fièvre. "Je m’inquiète de l’accompagnement des personnes actuellement en parcours d’insertion", relève de son côté Fanny Gardie.
Des solutions en cours d’études pour l’emploi
En plus des sites nantais et angevin, trois autres antennes Envie seraient en danger à très court terme : Envie 35 (Rennes), Envie Deux-Sèvres (Niort), et Envie Haute Alsace (Mulhouse). Au niveau national, jusqu’à 1 000 postes sont menacés. "Nous poursuivons aujourd’hui les discussions avec l’éco-organisme. L’objectif est d’établir des propositions pour éviter la casse de ces emplois", espère Dominique Fièvre. Conserver des emplois, et une structure viable à long terme, pour espérer être en capacité de répondre à nouveau, dans trois ans, aux prochains appels d’offres.