L’économie sociale et solidaire face à un "plan social à bas bruit"
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L’économie sociale et solidaire face à un "plan social à bas bruit"

L’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes) dénonce les coupes budgétaires drastiques de l’État et des collectivités locales. Elle compte organiser une table ronde avec l’ensemble de ses interlocuteurs publics pour atténuer, ou du moins accompagner, les effets redoutés. 186 000 emplois sont menacés.

"De nombreux PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) s’annoncent", alerte David Cluzeau, président de l’UDES — Photo : UDES

L’État et les collectivités vont réduire drastiquement leurs subventions au secteur de l’économie sociale et solidaire. L’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes) pointe notamment la baisse de 4 milliards d’euros, dans le budget 2025, à la mission Travail Emploi, mais tous les secteurs seront touchés. "Dans l’animation, 4 % des structures prévoient une liquidation judiciaire prochainement, soit 1 000 entreprises, accueils de loisirs, écoles de musique, etc. Nous sommes persuadés qu’il va y avoir des dégâts importants. De nombreux PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) s’annoncent. Nous nous mobilisons pour éviter un plan social d’envergure, à bas bruit puisqu’il concernera beaucoup de TPE, au second semestre 2025 et en 2026", expose David Cluzeau, le président de l’Udes. Selon l’organisation patronale, 186 000 emplois sont menacés.

Conséquences en cascade

Car ces réductions de financements de l’État entraînent des conséquences en cascade. Les structures mêmes se trouvent affaiblies par la perte des emplois, "cela réduit nos capacités à aller chercher des cofinancements. La baisse ne sera pas d’un euro, mais de trois ou quatre selon les territoires". David Cluzeau cite en particulier la répercussion de la baisse des dotations globales de fonctionnement (DGF) aux collectivités locales, qui, en conséquence, ont restreint leur propre budget.

En Pays de la Loire, des décisions "sans concertation"

L’exemple le plus emblématique a été celui du Conseil régional des Pays de la Loire qui a diminué ses subventions de 66 % aux associations culturelles et sportives, et aux associations à vocation sociale. Les effets se font déjà sentir : entre autres, Mobilis, pôle régional du livre, va fermer ses portes, licenciant ses cinq salariés. Plus important, 60 emplois sur 700 sont susceptibles de disparaître dans les missions locales, dont les financements régionaux sont supprimés intégralement.

"Ces décisions ont été prises sans concertation, malgré l’avis négatif du Ceser (Conseil économique, social et environnemental). Les Villes et les Départements n’ont pas été consultés. Cette brutalité a provoqué un choc auprès des collectivités et des structures concernées", rapporte Corinne Langlais, déléguée régionale adjointe de l’Udes Pays de la Loire. "Au-delà de la révision espérée de ce budget, nous souhaitons parvenir à renouer le dialogue avec les décideurs."

Corinne Langlais, déléguée régionale adjointe Pays de la Loire UDES — Photo : UDES

Une table ronde avec tous les acteurs

C’est le combat du moment pour l’Udes qui tente d’organiser un tour de table avec tous les interlocuteurs de l’ESS, à commencer par la ministre déléguée Véronique Louwagie. L’Udes a adressé un courrier d’invitation le 21 février aux collectivités (aux présidents de l’Association des maires de France, Intercommunalités de France, France Urbaine, Assemblée des départements de France, Régions de France). "Nous voulons avoir une discussion croisée et examiner notre co-responsabilité, identifier ensemble des solutions de financement pour éviter une crise sociale majeure. Nous devons parvenir à organiser, à accompagner les structures en péril, et parfois voir comment reprendre les services perdus par ces acteurs", expose David Cluzeau. Car certains touchent au service public : la petite enfance, la formation, etc. "Nous pointons un paradoxe de l’État qui demande aux missions locales d’être un acteur fort sur l’emploi des jeunes et pourtant déshabille ces structures, alors qu’on sait à quel point le retour à l’emploi est vertueux pour l’économie".

Le secteur compte pour 10 % du PIB

L’Udes espère que ces échanges permettront d’envisager çà et là des actions correctives afin d’atténuer les effets de la crise. Pour preuve, toutes les collectivités n’ont pas appliqué les restrictions de la même manière. "La Bourgogne Franche-Comté a réduit son budget de 68 millions d’euros mais a sanctuarisé ses aides aux demandeurs d’emploi à la culture et au sport", cite le président.

L’Udes ne manque pas d’arguments, qu’elle répétera. "Oui, l’État nous achète des prestations, mais pas plus pas moins qu’une entreprise qui construit une route. Nous dépendons en partie de la ressource publique mais parce que nos activités sont nécessaires au fonctionnement de la société (crèches, aide à domicile, aide sociale à l’enfance, formation, centres médico-sociaux, etc.)", plaide David Cluzeau, qui regrette une certaine inégalité de traitement. "Le Crédit impôt recherche, qui n’est pas ouvert à l’ESS, a été maintenu (7,6 milliards d’euros pour 2024), tandis qu’il est extrêmement contesté".

L’enjeu des mois à venir sera de "garantir la continuité des services essentiels à la cohésion sociale, territoriale et économique, notamment pour les publics fragiles". L’ESS au niveau national compte 220 000 entreprises, 2,7 millions de salariés, soit 14 % de l’emploi privé, et compte pour 10 % du PIB.

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