Le 8novembre 2011, Photowatt, entreprise pionnière dans la fabrication de panneaux photovoltaïques, était placée en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Vienne. Il s'est écoulé trois mois avant que le président de la République en personne ne vienne à Bourgoin-Jallieu présenter son repreneur, EDF énergies nouvelles. Le 21février dernier, le tribunal de commerce a donc examiné la proposition d'EDF, dernier candidat en lice, qui prévoit la reprise de l'entreprise au 1ermars. La décision définitive devait être prise le 27février. Les deux autres repreneurs n'avaient de toute façon pu lever les conditions suspensives, à savoir honorer un carnet de commandes à quatre ans. Les salariés l'assurent: ils ont eu chaud. Au-delà de l'exercice électoral qui consiste à sauver les PME par gros temps, l'opération recouvre de multiples enjeux.
Des offres crédibles
L'offre de reprise déposée le 10mars dernier par EDF était sans nul doute la plus complète comparée aux deux autres propositions jugées elles aussi tout à fait crédibles: celle du fabricant de fours grenoblois ECM et celle de MPO international associé au Lyonnais Solarenzo. Mais voilà, Photowatt est une industrie fortement capitalistique et lorsque ATS, son propriétaire canadien depuis 1997, a décidé de s'en séparer, il avait déjà perdu 100M€. Depuis quelques années, les effectifs étaient passés de 800 à 442personnes et le dernier plan social, à l'été 2011, avait vu le départ de 115salariés. L'usine ne fonctionnait plus qu'à un tiers de sa capacité. La faute au dumping asiatique sur le marché des panneaux photovoltaïques écoulés à perte? À la surproduction mondiale? Au moratoire qui a tétanisé la filière? À la crise économique? Les problèmes de Photowatt n'étaient pas nouveaux.
Trois ans
Pour autant, Vincent Bes, qui dirige l'entreprise depuis octobre dernier, était plus que satisfait que se présente un nouvel actionnaire capable de supporter les 10 à 20M€ annuels d'investissements que réclame Photowatt. EDF s'est engagé à reprendre l'ensemble des salariés tout en redéployant 75d'entre-deux sur d'autres entités, dans un périmètre de 60km à la ronde. Mais surtout, il s'est engagé à absorber la capacité annuelle de production de 80MW de l'entreprise, et ce pendant trois ans, le temps du passage de la technologie à homojonction sur silicium à celle de l'hétérojonction, qui offre des cellules de meilleur rendement. Celle-ci est mise au point par PV Alliance, le pôle de recherche berjallien jusqu'alors soutenu par le CEA (20%) Photowatt (40%) et EDF (40%), où plus de 50M€ ont déjà été investis. L'engagement d'EDF porte d'ailleurs sur la reprise à 100% du consortium avec les brevets assortis, le CEA ne conservant que des liens non capitalistiques. Lors de la visite présidentielle, Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'Écologie et du développement durable a annoncé le principe d'une tarification sur le rachat de l'électricité photovoltaïque abondée de 10%, à la condition que la composition des panneaux soit à 60% issue d'une production française.
Photovoltaïque. Le fabricant de panneaux photovoltaïques s'achemine vers une sortie de crise qui, sans échéance électorale, aurait pu lui être fatale.