Il n'aime pas le terme de redresseur d'entreprise mais préfère celui de développeur. Pourtant, partout où il passe, Pascal Labrue organise et rentabilise, et annonce ses résultats avec fierté. «Intrum Justicia France est passée de 5M€ de chiffre d'affaires en 2000 avec 50 collaborateurs à 47M€ en 2010 pour une équipe de 450 personnes sur la France. Cette zone est devenue la plus grosse région du groupe suédois alors qu'elle avait la part la plus petite il y a dix ans. Avec une équipe de management stabilisée depuis cinq ans, c'est une vraie réussite.» Le regard bleu acier accroche celui de son interlocuteur quand il évoque ses performances. L'homme veut convaincre.
À l'écoute
Ses méthodes pour faire exploser tous les business plan? Le management. Dans un métier de services comme celui d'Intrum Justicia, qui évolue dans le recouvrement de créances auprès des particuliers et la gestion du poste client, les hommes sont la recette du succès. Le manager accepte l'échec, «l'expérience se forge sur sa capacité d'échec», emmène ses hommes sur des stratégies, des leviers et des axes prioritaires forts. Il manage ses équipes comme sur un terrain de foot, un sport qu'il pratique encore entre deux déplacements à l'étranger. «Ce n'est pas facile de le faire changer d'avis mais il écoute et est en attente de propositions, analyse une de ses proches collaboratrices. Mieux vaut bien préparer son dossier et son argumentaire car il dispose d'une large connaissance de notre métier.» Le dirigeant s'appuie sur son expérience de 20 ans dans la gestion du poste client. Cette capacité d'analyse l'a porté jusqu'au comité de direction du groupe Intrum Justicia.
De réelles capacités opérationnelles
Pascal Labrue commence sa carrière chez Merlin Gérin, ex-Schneider Electric, au contrôle de gestion. Soucieux de rendre son service militaire utile, obligatoire à l'époque, il part trois ans pour le compte de cette entreprise en Grande-Bretagne. «J'ai perfectionné mon anglais qui n'avait rien à voir avec celui appris à l'école, affirme le dirigeant. J'ai aussi constaté que les formations françaises nous donnaient de réelles capacités opérationnelles.» S'il trouve Londres à son goût, il rentre toutefois en France et quitte le contrôle de gestion qui le «frustre car on tire juste des chiffres sans avoir d'impact sur les actions à mener». Une rencontre avec le dirigeant de GRC, spécialisée dans l'information financière et le recouvrement de créances, l'amène à toucher du doigt la partie commerciale et à passer à l'action. «Il avait un discours dynamique et m'a convaincu que pour progresser, je devais découvrir le commercial et le terrain.» Il frappe aux portes, notamment des banques, pendant un an. Le temps d'apprendre mais aussi de s'ennuyer dans cette fonction. Il décroche un poste de management et dirige rapidement une équipe de 50 personnes. L'impatient se tourne finalement vers d'autres horizons.
Réorienter les produits et les équipes
Avec Anne Williart, aujourd'hui directrice générale adjointe d'Intrum Justicia France, il crée BCI à Bron, spécialisée dans les enquêtes financières. «Nos objectifs à cinq ans ont été réalisés en deux ans, évoque-t-il dans un sourire de vainqueur. On ne s'amusait plus. On a revendu l'entreprise en juin1997 alors qu'elle faisait 2M€ de chiffre d'affaires et employait quinze personnes, à BIL.» Il restera trois ans chez BIL où il réoriente les produits et les équipes. Partagé entre Paris et Lyon, il accepte alors le challenge que lui fixe Intrum Justicia en 2000: redresser une entreprise qui perdait de l'argent, avec des perspectives d'évolution de carrière, à l'étranger notamment. Voilà dix ans qu'il s'épanouit dans le déploiement du groupe suédois.
Depuis le nouveau site d'Intrum Justicia, sur le parc technologique de Saint-Priest, Pascal Labrue fait prospérer le leader de la gestion du poste client. Le meneur d'hommes déploie son énergieet emmène avec lui l'entrepriseet ses équipes.
Stéphanie Polette