"Nous avons rarement vu ça ! C’est un peu la catastrophe !" Pour Isabelle Lonchampt, présidente de la Fédération régionale du bâtiment Paca (FFB), aucun doute : la crise du bâtiment est loin d’être terminée en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. L’activité a baissé de 7,9 % en 2024. Fait notable, "pour la première fois depuis 2015" dit-elle, l’entretien-rénovation est devenu majoritaire (53 % du chiffre d’affaires total) devant la construction neuve. Ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle détaille la responsable : "Cette hausse ne compense pas du tout la chute de la construction neuve, nous ne sommes pas sur la même échelle".
Les permis redémarrent à Marseille
Concrètement, la construction de logements neufs a diminué de 18 % en 2024. La réalisation de locaux neufs (magasins, hangars…) décroît de 11 % tandis que l’entretien-rénovation reste stable (+ 0,3 %). Paca est l’une des régions les plus impactées en France par la mauvaise santé du bâtiment (derrière la Normandie et le Centre-Val-de-Loire), particulièrement dans le Vaucluse et les Alpes-Maritimes. "On a un foncier très cher et moins de capacité de construire en termes d’autorisation. Dans les Bouches-du-Rhône, Marseille n’a pas délivré de permis pendant deux-trois ans, là ça redémarre à peine", nuance-t-elle.
Le béton dans le dur
Si le bilan global de 2025 n'est pas connu avant l’an prochain, quelques indices ne présagent rien de bon. D’autant que l’instabilité politique depuis la dissolution de 2024 n’a pas arrangé les choses. En juin dernier (sur douze mois glissants), l’emploi dans le bâtiment était en difficulté : -3,7 % pour les intérimaires et -2,4 % pour les salariés. Encore plus inquiétants, les chiffres de ventes de béton prêt à l’emploi (-7 %) et de granulats, reculent durant cette même période. "Des baisses sur des baisses. Et ce n’est pas le bois qui a remplacé le béton", ironise la présidente de la FFB pour qui ces mauvais chiffres sont la conséquence du passé. En particulier la crise du Covid-19 et l’absence de volonté gouvernementale de faire du logement une priorité. "Nous sommes sur du temps long. Ce qui se passe aujourd’hui aura des effets plus tard", ajoute-t-elle, citant en exemple la promotion immobilière mise en berne lorsque les taux d’intérêt étaient hauts et dont on mesure les effets actuellement.
Entreprises en danger
Petite éclaircie, les autorisations accordées pour construire des logements neufs ont néanmoins augmenté de + 2,5 % et les mises en chantier de + 9 % à fin juillet (sur 12 mois glissants). Un redémarrage pérenne ? Pas vraiment. Les chiffres repartent de très bas et les clients ne se précipitent pas dans l’achat, préférant épargner face aux incertitudes. "On peut espérer qu’on touche le fond à un moment donné. Mais c’est timide. Il y a des "stop-and-go" en permanence. On est dans le rouge de partout. Nous allons perdre des PME-TPE et quand viendra le moment d’une reprise nous aurons moins de capacité de production. Il faut dix ans pour rétablir une filière dans nos métiers. Nous sommes en train d’aliéner notre capacité à construire à l’avenir à construire", estime Isabelle Lonchampt qui constate également une chute de la commande publique, à la fois en montants et en nombre d’appels d’offres. Quand ça ne veut pas…