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Paragon Mobility réduit coûts et délais du passage à l’électrique pour les entreprises
Interview Sophia Antipolis # French Tech # Transition énergétique

Paragon Mobility réduit coûts et délais du passage à l’électrique pour les entreprises

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Paragon Mobility s’est donné pour mission de simplifier le passage à l’électrique pour les entreprises. La start-up de Sophia Antipolis tient une solution qui devrait lui permettre de lever 50 à 60 millions d’euros début 2026. Les explications de son fondateur et dirigeant, Jean Lemaire.

Jean Lemaire a cofondé Paragon Mobility en 2019 — Photo : Olivia Oreggia

Vous avez présenté votre Nano Pod T à Sophia Antipolis. En quoi est-ce innovant ?

Depuis 2019, Paragon Mobility développe de nouvelles infrastructures de recharge. Ces stations ou "pods" sont mobiles et simples d’installation. On met tout dans une boîte ! Dans notre gamme historique, nous utilisons des containers maritimes que l’on recycle. Le Nano Pod T est encore plus compact et transportable facilement sur une remorque. On simplifie encore le déploiement : nous venons, installons, sans avoir de travaux à réaliser, de tranchées à creuser. C’est du "plug & play".

Vous évoluez depuis 20 ans dans les énergies renouvelables. Quels sont les blocages restant qui limitent leur développement ?

Un frein majeur demeure la connexion au réseau électrique. Car un projet de production d’énergie propre devra passer par le raccordement au réseau électrique qui a ses propres procédures. C’est un projet à l’intérieur du projet, ça ne dépend pas de l’usager ! Cela implique des délais et des coûts importants que l’usager de maîtrise pas.

Pendant une semaine début octobre, Paragon Mobility a fait découvrir sa dernière innovation, le Nano Pod T, au Village by CA à Sophia Antipolis — Photo : O. Oreggia

Comment parvenez-vous à les réduire ?

Il s’agit avant tout de réduire l’empreinte de l’infrastructure de recharge sur le réseau qui fonctionne par seuil. La très grande majorité des entreprises est raccordée au seuil de la basse tension, autour de 250 kW. Mais dès qu’elles déploient des infrastructures de recharge de qualité, des superchargeurs ou qu’elles multiplient le nombre de bornes plus lentes, elles vont très souvent être au-dessus de cette limite. Le délai de raccordement est alors de 12 à 24 mois pour un coût de plusieurs centaines de milliers d’euros. Si elles restent en dessous, le délai est de 3 et 6 mois et le coût de quelques dizaines de milliers d’euros.

Comment les maintenir sous ce seuil fatidique ?

On met une batterie ou plusieurs à l’intérieur de notre boîte. On utilise un petit tuyau pour les alimenter en continu et avoir ainsi un stock d’énergie libérable sur une période très courte, pour satisfaire des besoins.

Quels sont les cas d’usage ?

Nos stations sont très adaptées à des événements court terme. Par exemple, Volkswagen a amené 50 voitures au Futuroscope de Poitiers pour former son réseau commercial pendant dix jours. Or, ils n’avaient pas de borne de recharge sur place et ont fait appel à nous. Nous avons aussi été sollicités sur l’Ultra-trail du Mont-Blanc à Chamonix. Plus largement, les stations de ski s’intéressent à nos produits pour des demandes très saisonnières. Les stations d’autoroutes peuvent être intéressées, comme les petits aérodromes pour l’aviation électrique. Le BTP également. Le Nano Pod T peut être très facilement déposé sur un chantier.

Et il a une fonction groupée électrogène qui se déploie très simplement. On s’adapte peu à peu aux usages de nos clients qui ont aussi des objectifs RSE à atteindre.

Quand on parle de recharge, on ne parle pas que de voiture ?

Nous visons surtout des clients industriels dans la maintenance, la logistique, le transport. Nous avons, par exemple, travaillé sur la première ligne de bus électrifié du Var, entre Brignoles et Toulon. Le client avait remporté le marché des bus électriques mais était bloqué faute de bornes. Il n’y avait pas de réseau dans leur dépôt.

C’est vraiment l’histoire d’une niche qui va se généraliser : je pense que dans 5 ans, plus aucun projet de borne de recharge ne se fera sans batterie. Nous avons pris très tôt ce parti-là, c’est une vraie stratégie d’entreprise et aujourd’hui, nous sommes un acteur assez unique sur le marché européen.

Comment vous financez-vous ?

Au début, sur fonds propres, pour fabriquer la première station, trouver un premier client, etc. Ensuite, nous avons changé d’échelle. Entre 2021 et 2024, nous avons levé près de 5 millions d’euros en série A. Comme nous vendons un service, par abonnement, nous avons une lisibilité très intéressante pour nos investisseurs. Notre modèle est rentable. Nous sommes actuellement sur une levée de fonds beaucoup plus ambitieuse, de l’ordre de 50-60 millions qui devrait aboutir début 2026.

Quelles sont vos ambitions ?

Nous avons aujourd’hui 20 sites déployés sur toute la France et on pense pouvoir en déployer 1 500 sur les dix ans qui viennent, car nous sommes désormais dépassés par la demande ! La levée va nous permettre d’accélérer, de recruter — pour passer d’une douzaine de profils haut niveau aujourd’hui à 55-60 d'ici 5-6 ans — de faire des investissements considérables et de continuer la R & D pour préparer la deuxième génération de produits. On ne communique notre chiffre d’affaires mais nous avons déjà dépassé le million d’euros.

Et puis c’est une nouvelle brique d’infrastructure et pas juste une borne de recharge. On pourra utiliser les batteries là pour les connecter à des centrales solaires qui sont présentes sur site et aider à optimiser tout ça, Ou fournir de l’énergie au réseau, même dans des périodes où il en a besoin. On peut réinjecter dans l’autre sens. Aujourd’hui, nous sommes vraiment concentrés sur le service automobile électrique. Mais l’avenir, c’est une brique multiservicielle qui s’activera par logiciel.

Visez-vous l’international ? Les besoins sont-ils identiques à l’étranger ?

Nous sommes déjà présents en Suisse. Les besoins sont les mêmes et parfois plus aigus puisque les réseaux chez nos voisins européens peuvent être plus complexes et l’énergie plus chère comme au Benelux. En Belgique, une tarification heure par heure vient d’être imposée aux professionnels donc, si vous n’avez pas de batterie pour gérer et optimiser vos flux, c’est très compliqué. Les États-Unis sont également intéressés. Malgré tout ce qu’on dit, le véhicule électrique s’y développe beaucoup. Et puis l’électrification est en cours partout. Ce n’est que le début d’une transformation massive.

Est-ce accessible aux petites entreprises ?

Les clients y ont accès sous une formule d’abonnement tout compris, même sur des courtes périodes. Donc, le client qui veut tester le Pod, peut louer la solution sur un week-end, une semaine. Après nous avons des clients qui s’engagent sur cinq ans. Les tarifs démarrent autour de 800 euros par mois pour aller autour de 3 000 euros sur des briques très performantes. Et nous traitons de gros volumes, des flottes de 10 ou 15 véhicules sur un site. Si le réseau est suffisant et que cela coûte moins cher au client, on ne met pas de batterie, on lui optimise son cas d’investissement. Nous ne sommes pas des vendeurs de matériel. Notre but est d’apporter à l’entreprise une solution et un service qui optimisent son équation économique.

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