Au fil des heures, le journal le Monde égrène les noms des personnalités et organisations françaises ayant fait appel au cabinet panaméen Mossack Fonseca, spécialiste de la domiciliation de sociétés offshore. Ce gigantesque scandale d'évasion fiscale, révélé par un consortium de 108 médias à travers le monde, éclabousse jusqu'en Rhône-Alpes des dirigeants et des entreprises.
Pour l'instant, le Monde a révélé la présence de deux chefs d'entreprise rhônalpins, Gérard Autajon et Jacques Glénat ainsi que d'une entreprise GL Events, dans les archives du cabinet Mossack Fonseca.
GL Events : une société au Panama pour accélérer son internationalisation
Le groupe événementiel lyonnais GL Events, qui devrait dépasser le milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2016, a fait appel à une société offshore à la fin des années 90. Il s'agissait alors d'acquérir Eastern Exhibition Services Limited domiciliée dans les Iles Vierges Britanniques, une société créée quelques années auparavant par un Anglais installé à Dubai. "Elle avait la licence d'exploitation pour travailler à Dubaï", a expliqué au journal le Monde, Erik Rostagnat, directeur financier du groupe lyonnais. Une licence qui permettait ainsi à GL Events de s'implanter dans l'Emirat, opération compliquée pour un groupe étranger. Cette acquisition a ainsi permis à à GL Events de remporter plusieurs marchés sur place.
Erik Rostagnat a confié au Monde que GL Events s'était séparée de cette société "dès qu'elle a pu". Affirmation confirmée par les documents en possession du quotidien du soir, avec une liquidation en novembre 2014, 17 ans après son acquisition, grâce à une réorganisation du groupe qui se développe désormais grâce à trois filiales implantées directement à Dubaï.
Jacques Glénat et ses œuvres d'art
Le patron des éditions Glenat (photo) à Grenoble, poids-lourd de la Bande Dessinée en France (80 salariés ;49M€ de CA en 2013, dernier chiffre d'affaires publié) aurait, selon le Monde toujours, acquis Getway SA, une société domiciliée aux Seychelles. Celle-ci aurait notamment été utilisée pour acheter de nombreuses œuvres d'art.
Getway SA est finalement fermée en mai 2014, à l'occasion d'une réforme de la législation locale obligeant les actionnaires à échanger leurs actions au porteur contre des actions nominatives. Les œuvres d'art auraient ensuite été distribuées aux enfants du chef d'entreprise. Contacté par le Monde, Jacques Glénat nie : "Il n'y a aucun lien entre cette société et moi-même". Mais reconnait le don des œuvres à ses enfants.
Gérard Autajon
L'héritier du groupe familial d'emballage dromois (CA 15 : 540 M€; 3.600 salariés), Gérard Autajon, apparaît également dans ce scandale d'évasion fiscale. Selon Le Monde, il aurait détenu un compte en Suisse crédité de quelque 25 millions de francs suisses, par l'intermédiaire d'une fondation domiciliée au Liechtenstein. Face à l'assouplissement du secret bancaire suisse, le dirigeant aurait transféré ces fonds vers deux sociétés à Hong Kong début 2014. Objectif : accéder discrètement à un fonds luxembourgeois pour une rentabilité espérée d'un million d'euros par an. Opération délicate qui nécessitera de nombreux montages offshores.
Le groupe Autajon possède une trentaine de sites en France et en Europe, 4 en Auvergne-Rhône-Alpes dont l'imprimerie Haubtmann, à Andrézieux-Bouthéon (31,3 M€ de chiffre d'affaires en 2014 ; 204 salariés) .
L'avocate de Gérard Autajon a indiqué au Monde : " les faits évoqués sont anciens. Mon client regrette ces investissements; c'est pourquoi il a souhaité les régulariser auprès de l'administration fiscale". Régularisation effectivement faite début 2015.