Corinne Versini, dirigeante de Genes'Ink, candidate dans la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône : "J'ai découvert que tous les coups sont permis"
Référente du mouvement En Marche ! pour les Bouches-du-Rhône depuis octobre 2016, Corinne Versini n'envisageait pas de se lancer dans la campagne des Législatives. « Je pensais rester référent, mais tout a basculé avec la décision de Jean-Luc Mélenchon de se positionner à Marseille, dans la 4e circonscription. Nous n'avions personne sur cette zone et je me suis donc engagée. C'était un challenge difficile, mais c'était mon devoir. J'avais participé à l'élaboration du programme du président et je maîtrisais les sujets ». En revanche, la campagne des Législatives a davantage mobilisé la dirigeante. « À ce moment-là, je travaillais encore deux à trois heures par jour pour l'entreprise et le reste pour les élections. J'ai pris des vacances et un directeur général délégué a été nommé pour me remplacer début juin. Heureusement, la campagne a été courte. C'est une aventure extraordinaire. À l'image de ce que l'on vit en tant que chef d'entreprise quand on crée sa start-up. Mais il est plus rare de participer à une élection... »
En revanche, une campagne électorale ne ressemble pas forcément à ce qu'un chef d'entreprise peut imaginer. « Dans le business, nous nous battons tous les jours contre des concurrents, mais nous respectons une certaine éthique. Les attaques ne sont jamais personnelles. Là, j'ai découvert que tous les coups sont permis. Ce n'est pas possible. Si l'on doit moraliser la vie politique, voilà quelque chose que nous devrions changer. Patrick Menucci est même jusqu'à aller m'accuser d'usurper mes diplômes. Le problème, c'est que les gens ne vérifient pas et le croient. Dans une campagne on est obligé de se justifier sur des faits, comme celui-là, qui sont pourtant totalement publics. Ceux qui font courir tous ces bruits devraient pouvoir être punis. Il n'est pas possible de traîner ainsi les gens dans la boue. On ne peut plus laisser dire de telles choses. C'est de la diffamation. En 1940, on sait où de telles pratiques nous ont menés... »
Si elle avait été élue, Corinne Versini aurait démissionné de son entreprise. « C'est une décision qui inquiétait mes enfants. J'ai monté ma start-up à 48 ans, j'ai le goût du risque. Mais il est vrai que les élus de la société civile doivent pouvoir y retourner leurs mandats effectués. Il n'est pas forcément possible d'abandonner une carrière. Il y a des entreprises, à l'image du groupe Michelin, qui permettent à leurs salariés de prendre un mandat électoral et de retrouver ensuite leurs postes dans l'entreprise ».
Mohamed Laqhila, expert-comptable, élu dans la 11e circonscription des Bouches-du-Rhône : "Je me suis engagé dans les Législatives comme dans un projet d'entreprise"
Mohamed Laqhila s'était déjà engagé en politique bien avant d'intégrer la majorité présidentielle. « Je me suis engagé à la création du Modem. François Bayrou était alors en avance. Une idée, qu'elle soit de droite ou de gauche, peut être bonne. Ce qui doit passer avant tout, c'est faire avancer le pays. Je me suis engagé dans les Législatives comme dans un projet d'entreprise. Je suis allé à l'essentiel et j'ai rapidement recruté une équipe. Connaître le monde de l'entreprise est un plus qui a notamment fait la différence avec mon concurrent (Christian Kert, ndlr) qui était présent sur la circonscription depuis trente ans ».
Pour Mohamed Laqhila, être député c'est être à la tête d'une TPE. « Nous gérons jusqu'à cinq collaborateurs, plus des bénévoles. J'ai déjà mis en place une comptabilité réelle de mon activité de député et je proposerai la même chose pour tous les élus. Il faut pouvoir justifier jusqu'au dernier centime dépensé. Que cela puisse être validé par un expert-comptable. J'ai vraiment abordé la campagne avec comme éthique le respect de la loi. Je n'ai ni attaqué, ni critiqué les autres. Nous n'avons par exemple utilisé que les panneaux d'affichage officiels comme la loi l'impose, à la différence de beaucoup d'autres candidats ». Pour le nouvel élu, il n'est pas impossible de concilier son métier de chef d'entreprises et celui d'homme politique. « Il faut avoir été organisé par le passé. Je dirige six cabinets d'expertise comptable (à Marseille, Lille, Toulon, Montpellier, Avignon et Aix-en-Provence) avec six associés. Il est important de conserver un pied dans l'entreprise. Un mandat électoral, ça ne peut plus être un métier. C'est un CDD. Il ne faut pas penser à sa réélection mais savoir prendre les mesures nécessaires ».
Valérie Gomez-Bassac avocate associée, élue dans la 6e circonscription du Var : "La politique ne s'apprend pas, elle se vit"
Avocate spécialisée en droit des affaires et maître de conférences à l'université de droit de Toulon, Valérie Gomez-Bassac n'avait jamais fait de politique avant la naissance du mouvement En Marche !. En revanche, elle est convaincue que « la politique ne s'apprend pas mais se vit ». C'est lorsqu'elle a commencé à se demander pour quel candidat elle allait voter aux prochaines élections présidentielles qu'elle confie « ne pas avoir trouvé d'offre politique pour me représenter ». En revanche, elle se retrouvait en phase avec le programme économique d'Emmanuel Macron. « Au même moment, j'avais le sentiment d'être arrivée au bout de mon parcours professionnel », confie la députée, avant de préciser : « j'avais occupé différents mandats à l'université de Toulon. En qualité d'avocate, je traitais ces dernières années un nombre important de dépôts de bilan d'entreprises. J'avais besoin d'autre chose ».
Elle candidate en ligne au mois de février, elle a un entretien téléphonique au mois d'avril, « un entretien vécu comme un entretien d'embauche, au cours duquel ils ont apprécié mes compétences et mon investissement dans la vie civile ». Quelques semaines plus tard, elle est investie dans la 6e circonscription du Var. Désormais élue, elle n'est plus avocate depuis le 1e r juillet, elle a mis fin à toutes ses responsabilités pédagogiques à l'Université, elle a abandonné son mandat d'élue au conseil d'administration de la faculté de droit. « Je conserve seulement 60 heures de cours l'année prochaine pour terminer le parcours commencé avec mes étudiants. Mais dans un an, j'aurai tout quitté, conformément aux engagements pris auprès de mes électeurs pendant la campagne ». Car Valérie Gomez-Bassac tient à s'engager à fond dans sa vie de députée et à être proche du terrain et de ses électeurs.
Au-delà des cinq ans, elle ne s'est pas encore projetée. « Si je conserve toute mon indépendance, si je participe réellement à l'intérêt général, si je me sens à ma place, pourquoi pas continuer... Mais pour le moment, je fais mes premiers pas et c'est difficile de se projeter à cinq ans ».
Cédric Roussel, conseil en gestion de patrimoine, élu dans la 3e circonscription des Alpes-Maritimes : "En campagne, on est dans une logique de mission à court terme"
« Je suis certes neuf en politique mais je ne suis pas né pour autant à 44 ans ». Ainsi répond Cédric Roussel à ceux qui doutent des compétences de ces nouveaux élus issus de la société civile dont le fondateur de la SARL niçoise Quantum Partner, cabinet de conseil en gestion de patrimoine, fait partie. Le dirigeant azuréen revendique au contraire « une vision plus concise, plus pragmatique du rôle de député, dans la forme comme sur le fond».
Cédric Roussel a rejoint le mouvement En Marche ! à l'automne 2016 poussé, dit-il, par le vote du Brexit et l'arrivée de Trump à la Maison Blanche. « Des signes qui posent question sur l'avenir de la politique en général et la nécessité de faire autrement en regardant le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide ». Après avoir créé un comité EM ! dans son quartier, animé nombre d'ateliers de réflexion sur des mesures programmatiques, il s'est porté candidat dans la 3e circonscription des Alpes-Maritimes « sur décision collégiale ». « En campagne, on est dans une logique de mission de court terme, donc dans l'action, avec des équipes à gérer, des objectifs à tenir et un leader qui porte le message et manage dans le sens d'encourager, car il y a de la fatigue, des hauts et des bas... Après, si je pousse l'analogie par rapport à mes premiers jours de mandat, on est plutôt dans l'intégration d'une nouvelle entité au sein d'une entreprise. »
L'entreprise, justement, « c'est un sujet qui m'intéresse, et notamment les mesures du programme qui visent à gommer tout clivage entre les employeurs et les employés, c'est-à-dire faciliter l'envie d'entreprendre des uns et donner les moyens de s'adapter au changement aux autres », explique celui qui vient de rejoindre la Commission des Affaires Économiques. Membre de l'UPE06 - « je dois voir avec le déontologue si le renouvellement de mon adhésion pourrait poser problème » - Cédric Roussel accorde encore un jour par semaine à la conduite de son cabinet. « Je m'organise pour faciliter auprès de mes clients l'introduction d'un nouveau gérant qui prendra ses fonctions courant de l'été. L'objectif étant de me libérer de tout rôle opérationnel de gérance pour la rentrée. »