France
Législatives : sans prendre directement parti, le patronat fait la liste de ses priorités
France # Politique économique

Législatives : sans prendre directement parti, le patronat fait la liste de ses priorités

S'abonner

Dans la foulée des résultats aux élections européennes, où Jordan Bardella (RN) est arrivé en tête en France, et de l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale, le Medef, la CPME, Croissance Plus, le Centre des Jeunes Dirigeants ou encore l’U2P ont réagi au contexte politique.

Les élections législatives anticipées ont lieu le 30 juin et le 7 juillet — Photo : Dimitrios

Des réactions pour la plupart prudentes. Sans approuver ou condamner directement un parti ou une tendance politique, les organisations patronales ont adopté plusieurs positions après le résultat des élections européennes et l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale.

Pas de positionnement politique direct

Bruno Le Maire, ministre de l’Économie en campagne pour la majorité présidentielle, avait pourtant appelé les chefs d’entreprise à se "mouiller". Interrogé sur BFMTV le 11 juin, le ministre qui a confirmé ne pas être candidat aux législatives, a invité "la CPME, le Medef et l’Association française des grandes entreprises à dire clairement ce qu’elles pensent des programmes économiques des uns et des autres".

Du côté de la CPME, l’organisation était déjà convaincue "de la nécessité d’aller voter aux élections européennes, c’est encore plus le cas pour les législatives", explique Jean-Eudes du Mesnil, secrétaire général de l’organisation patronale, sans prendre parti. Même choix pour Croissance Plus, qui "ne se positionne pas politiquement parlant", indique sa présidente Audrey Louail.

Chez les commerçants, artisans et professions libérales, Michel Picon, le président de l’U2P, a estimé sur BFMTV qu’il "faut éclairer les sujets" car les déclarations autour de "l’arc républicain ne marchent pas avec un Rassemblement National à 31 %".

Le Medef soutiendra "les projets favorables […] à la démocratie sociale"

Au Medef, on ne sous-estime pas l’importance de la prochaine échéance électorale : "Le résultat des élections législatives sera déterminant pour assurer un avenir économique dans lequel les entreprises pourront continuer à se développer et à créer de l’emploi". L’organisation patronale, qui ne cite aucune tendance politique, rappelle sa position et soutiendra "les projets favorables aux réformes économiques et à l’ambition européenne dans le respect de la démocratie sociale".

Au Centre des Jeunes Dirigeants (CJD), le message est encore plus clair. Le vote aux élections législatives sera "décisif, à l’heure où les partis d’extrême droite atteignent des niveaux de suffrages historiques". Pour l’association qui réunit 6 000 chefs d’entreprise, la dissolution de l’Assemblée nationale "nous place dans une situation de danger pour nos démocraties, nos entreprises, et nos concitoyens". Rappelant ses valeurs - "responsabilité, respect de la dignité humaine, solidarité et loyauté" -, le mouvement appelle les entreprises "à s’exprimer par le vote, en leur libre conscience pour défendre ces valeurs".

Un contexte politique qui inquiète

Au-delà des enjeux idéologiques, le contexte de la dissolution inquiète. "La période immédiate, dans l’attente des élections législatives crée de l’attentisme et de l’inquiétude. Une France ingouvernable risque d’être bloquée", selon Jean-Eudes du Mesnil.

Avec la suspension de l’examen des projets et propositions de loi, "certains seront sûrement jetés à la poubelle". Le texte sur la simplification de la vie économique en a déjà fait les frais. Le vote solennel du texte au Sénat a ainsi été suspendu.

"Le contexte engendre de la fragilité pour les entreprises", analyse Audrey Louial. "On relève tout juste la tête et on se retrouve avec une nouvelle difficulté", ajoute la présidente de Croissance Plus pour qui "le calendrier restreint ne laisse pas de place à la discussion". Le réseau présentera prochainement quelques points clés essentiels en mettant en avant "la croissance générée par les entreprises".

Pour le Medef, la France doit rester dans "le jeu européen"

Pour la CPME et le Medef, la majorité qui sera élue à l’issue des élections législatives devra poursuivre et consolider les réformes engagées. Le Medef plaide pour augmenter le taux d’emploi, confirmer la baisse des impôts de production, réduire la dette. Pour l’organisation patronale, certains partis politiques "proposent des mesures économiques contraires à ces objectifs". Sans les nommer, le Medef pointe du doigt des propositions principalement portées par LFI et le RN : le retour de la retraite à 60 ou 62 ans, l’indexation des salaires sur l’inflation, la nationalisation des autoroutes, la sortie du nucléaire ou de l’éolien.

Autre point défendu par le Medef : l’inscription de la France dans le "jeu européen" autour du marché unique. "Certains s’opposaient à ce projet, à la liberté de circulation, à la mobilisation de capitaux européens, au principe même de l’échange libre avec nos partenaires commerciaux. Cela serait contraire à l’intérêt économique de la France", ajoute le syndicat patronal présidé par Patrick Martin.

Rappel des priorités à la CPME

À la CPME, les priorités sont la poursuite du soutien aux entreprises, la valeur travail qu’il faut "remettre au centre de l’échiquier politique avec le coût du travail", précise Jean-Eudes du Mesnil. "Il faut aussi une réforme de l’action publique", en limitant son poids et ses effectifs.

La CPME cite également la poursuite de la décarbonation de l’économie tout en "retrouvant une démarche de bon sens" autour des calendriers d’application et de l’accompagnement. L’organisation attend aussi du futur gouvernement "la poursuite et l’accélération du travail engagé sur la simplification administrative".

À l’échelle locale, les unions territoriales de la CPME qui en ont la capacité, vont auditionner les candidats aux législatives qui seront déclarés très prochainement.

France # Politique économique