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"On va vers un crash de l’industrie automobile" : le Sénat avance des pistes pour sauver la filière française
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"On va vers un crash de l’industrie automobile" : le Sénat avance des pistes pour sauver la filière française

Dans un rapport d’information sur l’avenir de la filière automobile, trois sénateurs de la commission des affaires économiques alertent sur l’état du secteur. Pour sauver la filière, menacée de disparaître selon les élus, 18 recommandations sont formulées.

Un rapport d'information du Sénat sur l'avenir de la filière automobile a été présenté le 15 octobre — Photo : Stellantis

800 000 emplois "en grand danger", "risque de crash de l’industrie automobile", un secteur "dépassé par l’avance prise par la Chine"… Alain Cadec, sénateur Les Républicains des Côtes-d’Armor, ne mâche pas ses mots à l’occasion de la présentation d’un rapport d’information sur l’avenir de la filière automobile le 15 octobre.

Avec deux collègues, Rémi Cardon, sénateur socialiste, écologiste et républicain de la Somme et Annick Jacquemet, sénatrice Union centriste du Doubs, les élus ont présenté 18 recommandations pour sauver la filière sur la base d’un constat alarmant.

Reporter l’interdiction de la vente de véhicules thermiques neufs

D’après le rapport, les ventes de véhicules particuliers ont baissé de 20 % en moyenne après la crise sanitaire et la part de la France dans la production automobile européenne a chuté de 12 points entre 2000 et 2020. Dans le même temps les voitures sont de moins en moins accessibles : les prix des véhicules neufs ont augmenté de 24 % entre 2020 et 2024.

Pour Alain Cadec, "le problème c’est la décision de l’Union européenne d’imposer une date pour l’interdiction de la vente des voitures thermiques en 2035". Les sénateurs proposent donc de repousser cette date, ce qui permettra à la filière de se mettre à niveau sur l’électrique. Ce report devrait être annoncé prochainement. La Commission européenne a récemment assuré que la mesure va être revue avant la fin de l’année.

Imposer 80 % de pièces made in Europe dans chaque véhicule

Pour contrer la concurrence déloyale de la Chine, les sénateurs recommandent "d’imposer des droits de douane massifs et temporaires sur les véhicules chinois et certains composants clés", explique Annick Jacquemet.

Cette mesure doit être complétée par une autre protection du marché européen. "Nous souhaitons imposer un contenu local européen de 80 % pour les véhicules vendus et de 40 % pour les batteries [pour les voitures vendues sur le continent]", précise la sénatrice. Selon elle, entre 2009 et 2024, il y a eu plus de 5 000 politiques favorables au contenu local sur tous les marchés mondiaux mais moins de 1 % a été mis en place en Europe.

Assurer la souveraineté de la production

La problématique principale reste l’appareil industriel. Lors d’une visite de l’usine Stellantis de Sochaux, les sénateurs ont constaté que le site était incapable de migrer sa production vers de l’électrique par manque de rentabilité.

Selon Alain Cadec, "un certain nombre d’entreprises françaises sont en chômage partiel en ce moment parce que notre industrie automobile est complètement dépassée par l’avance prise par la Chine sur notre technologie, notamment sur les batteries".

"Si on a la même ligne sur l’industrie automobile que dans la sidérurgie, une grande partie de ces emplois aura disparu dans les années à venir"

Pour franchir un cap sur la production de batteries, les sénateurs appellent à soutenir le développement et le passage à l’échelle des gigafactories européennes et à contraindre les acteurs extra-européens qui souhaitent s’implanter en Europe à des transferts de technologies.

"Si on a la même ligne sur l’industrie automobile que dans la sidérurgie, une grande partie de ces emplois aura disparu dans les années à venir", prévient Alain Cadec. Une comparaison inquiétante alors que l’industrie sidérurgique européenne a perdu 100 000 emplois depuis 2007.

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