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Nouveaux investisseurs, nouveaux contrats : le ciel s’éclaircit pour le droniste Reflet du Monde
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Nouveaux investisseurs, nouveaux contrats : le ciel s’éclaircit pour le droniste Reflet du Monde

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Le ciel s’éclaircit pour le droniste girondin Reflet du monde, après des mois d’incertitude. Deux nouveaux investisseurs lui permettent d’aborder sereinement les contrats majeurs qu’il vient de signer avec l’État, devenu client omniprésent. Toujours en quête de nouveaux actionnaires pour accélérer, son dirigeant Patrice Rosier revient sur cette période d’angoisse et les belles perspectives qui se dessinent.

Patrice Rosier, cogérant et coassocié de Reflet du monde : "On vit de plein fouet la montée en puissance de la Défense." — Photo : Caroline Ansart

Le carnet de commandes de Reflet du monde n’a jamais désempli. Pourtant, le fabricant de drones girondin a frôlé le crash ces derniers mois. "On n’est pas passé loin de la catastrophe, comme d’autres dronistes", résume Patrice Rosier, co-gérant. "La part des contrats étatiques, auparavant infime, est devenue majeure, en civil comme en Défense, explique-t-il. Nous en sommes contents, ce sont de belles reconnaissances, mais cela nous met quasiment en danger. L’État ne fait jamais d’avance et les délais de paiement sont plus longs. On s’est retrouvé avec des factures en attente de paiement énormes." Dans le même temps, des projets de R & D — dans lesquels l’entreprise investit tous ses excédents — arrivaient en fin de cycle. L’entreprise manquait de fonds.

Point de blocage

"C’est ce que l’on appelle une crise de croissance, c’est courant, estime le dirigeant. Normalement, les banques assurent le financement. Nous pensions que les contrats étatiques allaient les rassurer, cela n’a pas été le cas. Pour les banques, nous sommes toujours une start-up, et d’ailleurs nous nous considérons comme telle (nous sommes une équipe de sept personnes), à la différence que nous sommes une start-up sécurisée. Investir dans l’innovation nous permet d’obtenir le soutien de financeurs comme la Région ou la BPE, mais pas des banques", déplore-t-il.

Lilian Marolleau et Patrice Rosier, cogérant de Reflet du monde, restent pour l’instant dans leurs locaux de Saint-Aubin-de-Médoc, dans l’agglomération bordelaise — Photo : Caroline Ansart

Ce qui a plombé la trésorerie, détaille Patrice Rosier, est le délai entre les commandes de pièces nécessaires à la fabrication et le paiement des drones après livraison. "Il peut s’écouler plusieurs mois et aucun dispositif d’aide ne couvre cette période. Bpifrance par exemple, ne gère que les semaines entre la livraison au client et le paiement."

Le dirigeant a dû réinjecter des fonds "pour enclencher un mouvement". Lui et son associé Lilian Marolleau ont consenti à se porter caution personnellement pour obtenir le soutien d’un banquier. "Nous avions choisi d’être en SARL pour nous protéger et on en vient à risquer nos finances personnelles pour garantir des contrats de l’État !"

Ouverture du capital et gros contrats

Le dirigeant a aussi démarché des investisseurs. "Pour un chef d’entreprise dans l’opérationnel, c’est beaucoup de temps", constate-t-il. Pour beaucoup de refus. "Pour eux, nous ne sommes plus une start-up, nous avons 10 ans, nous ne rentrons plus dans leurs critères." Patrice Rosier a été jusqu’à jouer les infiltrés. "Je me suis fait passer pour un investisseur afin d’intégrer un club francophone. Je voulais comprendre leurs attentes : j’y ai entendu qu’il fallait miser sur les entreprises américaines."

"On souffle, cela fait des mois qu’on surveille les comptes."

Pour autant, les démarches ont fini par payer. "Nous avons convaincu un chef d’entreprise bordelais de l’aéronautique, puis un second investisseur." L’entreprise visait idéalement 500 000 euros. Elle en obtient 100 000. Mais souffle. "Cela vaut de l’or, ça fait des mois qu’on surveille les comptes, et cela envoie des signaux aux banques". Des signaux encore plus visibles depuis la signature toute fraîche d’une commande publique de 50 drones (livraison au premier trimestre 2026) "qui pourrait déboucher sur des milliers", et une autre pour un appareil sur-mesure destiné potentiellement à une série.

Recentrage et vitesse supérieure

De quoi conforter Reflet du monde (1 M€ de CA 2025) dans ses projections : passer la vitesse supérieure, lâcher le BtoC, se concentrer sur le BtoB et l’étatique. "Nous passons d’artisans du drone à industriel, l’un des investisseurs est là pour nous aider à imaginer notre outil industriel, en conservant notre ADN qui comprend aussi la formation." L’entreprise se félicite de l’acquisition en propre de sa zone de test, l’an dernier dans le Médoc. "C’est hyper stratégique pour les essais, la formation, la Défense."

Le marché du drone change. "Il y a eu le déclic. Mais la France manque de drones fabriqués sur son territoire — nous sommes une dizaine —. Le monde civil se rend compte qu’il est peut-être passé à côté de quelque chose, celui de la Défense se dit qu’il est en danger s’il n’est pas souverain."

Longtemps considéré comme un "ovni" parmi les dronistes en refusant de se spécialiser dans un secteur, Reflet du monde vient aussi de remporter un appel d’offres pour de la démoustication, pour le compte d’une agence de l’État en Région Sud. En parallèle, l’entreprise va livrer un premier ensemble de trois drones à la Direction générale de l’armement dans le cadre de son projet Dali (drone d’assistance et de lutte contre les incendies) et accélère la cadence de production de sa société sœur Agrodone, spécialisée dans l’agriculture.

De cette crise, le dirigeant estime que son entreprise en sort "plus forte, avec de nouveaux investisseurs et de nouveaux contrats". Pendant la tempête, elle a obtenu le soutien de fournisseurs dronistes, qui lui ont accordé des délais de paiements. "Eux aussi ont connu cette vallée de la mort. On saura s’en souvenir."

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