Vendée
"Nous voulons chasser Bosch sur ses terres, sur le secteur du vélo électrique"
Interview Vendée # Industrie # Innovation

Arnaud Malrin cofondateur d’Anod "Nous voulons chasser Bosch sur ses terres, sur le secteur du vélo électrique"

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La start-up vendéenne du vélo électrique Anod vient de boucler un nouveau tour de table de 320 000 euros et ouvre une nouvelle levée via le crowdfunding. Son objectif : industrialiser sa technologie de chaîne de traction pour vélo électrique, entièrement développée dans son usine en Vendée. Son dirigeant Arnaud Malrin détaille les enjeux d’un projet qui veut titiller le leader du secteur, l’allemand Bosch.

Arnaud Malrin sur le nouveau site de Fontenay-le-Comte, en Vendée, où sont produits les vélos électriques — Photo : Anod

Vous venez de finaliser une nouvelle levée de fonds. Quelle en est la nature ?

Nous avons récemment bouclé un tour de 320 000 euros, avec le soutien du fonds Kimaventures, de business angels comme les fondateurs de The Plug ou de Fifty Partners. Cette levée s’inscrit dans une stratégie plus large de financement mixte. En parallèle, nous lançons une nouvelle campagne de crowdfunding via Raizers, avec l’objectif de lever au moins 300 000 euros supplémentaires. L’enjeu : continuer à investir dans la R & D tout en accélérant notre montée en production.

Pourquoi avoir recours au crowdfunding à plusieurs reprises ?

D’abord, par nécessité : l’industrie et le hardware attirent peu de fonds traditionnels en France, et BPI France finance peu de start-up industrielles. Ensuite, par stratégie : le crowdfunding permet d’embarquer une communauté d’investisseurs. Ce sont souvent des gens convaincus par notre projet, qui deviennent des relais d’image, des prescripteurs. Enfin, notre statut de Jeune Entreprise Innovante de Rupture (JEIR) permet aux particuliers de bénéficier de 50 % de réduction d’impôt, ce qui facilite leur engagement.

Qu’est-ce qui convainc vos investisseurs de vous suivre dans un projet aussi industriel et technique ?
Aujourd’hui, 90 % de nos investisseurs sont eux-mêmes des entrepreneurs. Ce ne sont pas des fonds classiques, mais des personnes qui ont créé, dirigé ou revendu leur entreprise. Ce qui les a convaincus, c’est notre capacité à exécuter : en deux ans et demi, avec peu de moyens, nous avons développé une technologie complète, un produit, une ligne de production, construit une usine, et commencé à le commercialiser en ligne et bientôt au sein de distributeurs. Dans un univers où le hardware industriel est difficile à financer, cela compte énormément. Ils savent ce que représente ce type de travail, et reconnaissent la qualité de l’équipe et du projet.

Anod est une start-up industrielle du vélo électrique. Quelle est votre technologie ?

Nous développons notre propre chaîne de traction pour vélo électrique : moteur, électronique, logiciel, système de récupération d’énergie. Notre produit phare, le vélo Anod Hybrid, embarque une batterie ultralégère de 550 grammes, qui se recharge en USB en 1 h 20, et offre 15 à 30 km d’autonomie. Grâce à une architecture électronique inédite et des supercondensateurs, nous avons conçu un vélo adapté à la mobilité urbaine réelle à vélo électrique — en moyenne 11 km par jour-, avec une récupération d’énergie au freinage.

Qu’est-ce qui vous différencie dans l’univers du vélo électrique ?

Le vélo hybride Anod est équipé d’une batterie miniature de 550 g, conçue et produite par GCK, en Auvergne — Photo : Anod

Nous sommes les seuls en France à produire intégralement notre technologie : une chaîne de traction pour vélo électrique. Cela va comprendre le moteur, la batterie et l’électronique. Le moteur est fabriqué dans notre atelier en Vendée, l’électronique dans les Pays de la Loire, la batterie en Auvergne. 75 % de la valeur du vélo est produite en France. Ce n’est pas un assemblage de pièces asiatiques : nous partons du fil de cuivre, et un moteur sort de notre ligne.

Combien êtes-vous aujourd’hui chez Anod ?

Nous sommes une douzaine. L’avenir dépendra de nos financements et de notre capacité à transformer l’essai industriel. Mais les bases sont solides : nous avons créé nos propres outils industriels, levé plus de 1,3 million d’euros, et obtenu 1,7 million d’euros dans le cadre du concours i-Nov. Les régions Île-de-France et Pays de la Loire nous ont aussi apporté un soutien financier important. Aujourd’hui, nous voulons passer à l’échelle supérieure, tout en gardant notre ADN de sobriété de moyens.

Votre objectif est-il de devenir une marque de vélo ?

Notre ambition n’est pas de seulement vendre des vélos. Le modèle économique d’Anod repose sur le fait de devenir également un fournisseur de systèmes complets pour d’autres marques de vélo, comme Bosch ou Shimano le font aujourd’hui. D’ailleurs, Bosch détient 70 % du marché européen des chaînes de traction pour vélos. Nous voulons chasser Bosch sur ses terres, mais en axant le développement de technologies qui s’appuient sur l’expérience utilisateur.

Quelles sont vos prochaines étapes de développement ?

À court terme, nous voulons déployer notre technologie dans d’autres marques de vélo françaises, et consolider notre outil industriel. À horizon cinq ans, nous visons une internationalisation, notamment en Europe, là où se trouvent des fabricants de cycles sensibles à l’innovation. Nos technologies sont aussi adaptables à d’autres formes de mobilité urbaine légère en plein développement : triporteurs, vélos-cargos, voire micro-voitures. C’est un marché potentiel que nous regardons de près.

Vendée # Industrie # Innovation # Levée de fonds # Start-up